Ouvrons le dialogue - La langue : pas le seul facteur identitaire
Six membres de la communauté anglophone expriment leur vision du Québec d’aujourd’hui
Nom : Nancy Neamtan
Âge : 61 ans
Profession : p.-d. g. du Chantier de l’économie sociale
Résidence : Plateau Mont-Royal
Comment réagissez-vous à la victoire du PQ ?
Personnellement, je n’ai aucun problème, au contraire. Comme anglophone au Québec, ça fait longtemps que j’ai accepté le fait que je vis dans une société francophone avec une minorité anglophone et que la langue de travail est le français. Il y a une reconnaissance du fait français avec lequel je vis depuis des années.
Est-ce que les tensions sont réelles ? Si oui, ont-elles été exacerbées par la campagne électorale ?
Personnellement, je suis restée un peu surprise de la réaction si forte dans les médias anglophones, ça me rappelait un peu l’ambiance au moment de la loi 101. Il a été dit récemment que, contrairement à ce que l’on attendait à l’époque, la loi 101 avait amené une paix sociale et linguistique. C’est souvent une question d’appréhensions qui sont tellement fortes par rapport à la réalité, et c’est pourquoi la réaction aux propositions du Parti québécois m’a surprise. Je suis à Vienne, présentement, et je parlais avec un Suisse qui soutenait que c’était un peu comme si nous avions élu le Front national ! Ça m’offense, ce genre de portrait qui ne représente pas du tout la réalité. On a le droit d’être en désaccord avec les propositions du PQ, mais de là à interpréter cela comme du racisme ou de la xénophobie, je trouve cela décevant et à la limite choquant. Sur le plan personnel, comme anglophone, j’ai passé ma vie dans les milieux francophones et je n’ai jamais senti de rejet.
Comment décririez-vous la communauté anglophone du Québec ?
On ne peut pas la décrire. La communauté anglophone est aussi diversifiée que la communauté francophone. Je vois de jeunes anglophones qui parlent français, il y a une intégration, mais il y a aussi des anglophones qui n’ont jamais eu de discussions avec des francophones… Ce n’est pas une communauté homogène, loin de là. C’est difficile de parler d’une seule voix et de la décrire dans son ensemble.
Est-ce que la communauté anglophone a besoin d’un porte-parole ?
Non, au contraire, je trouverais cela dangereux parce qu’il y a des anglophones de toutes sortes de milieux. On ne se définit pas juste par une langue. Les anglophones qui vivent au Québec sont des Québécois dont la langue maternelle est l’anglais. Certaines associations peuvent se mêler de certaines questions dans la communauté anglophone, mais moi, je me sentirais bien mal à l’aise que quelqu’un me représente juste parce que je suis d’origine anglophone.
Comment rétablir le dialogue ?
Est-ce que le dialogue est rompu à ce point-là ? Je ne sais pas. C’est évident qu’un gouvernement a la responsabilité d’entamer le dialogue, mais il faut que ce soit un dialogue qui s’appuie sur la reconnaissance de la bonne foi de part et d’autre. Si on part avec la prémisse que l’un est xénophobe et l’autre francophobe, il n’y a pas de dialogue possible. Il faudrait mettre en perspective l’ensemble de la question, parce que le problème, c’est de toujours se définir seulement par notre langue maternelle. Moi, j’ai de la misère avec cela.








