Lettre - Un discours et un projet inachevés
Le soir de sa victoire au Métropolis, Pauline Marois a servi au Canada anglais le message suivant : « En tant que nation, nous voulons prendre nous-mêmes les décisions qui nous concernent. Alors, oui, nous établirons des relations, nous le ferons en tout respect, mais avec la volonté ferme de faire avancer les intérêts du Québec. Je vous invite à accueillir ces aspirations qui sont les nôtres. C’est ce que je dis à nos voisins du Canada. Je vous invite à accueillir ces aspirations qui sont les nôtres avec ouverture. » Elle enchaîna aussitôt en disant : « Maintenant, je l’ai dit pendant la campagne. Je l’ai dit avant la campagne. Je vous le redis ce soir : j’ai la conviction que l’avenir du Québec, c’est de devenir un pays souverain. » C’est pendant l’ovation que lui ont réservée ses militants que, pour les raisons que l’on sait, la première ministre élue a été précipitamment sortie de scène par ses gardes du corps. Étant juste devant elle au parterre de la salle au milieu d’une foule interloquée, je me suis aussitôt retourné vers l’arrière, à la recherche d’une explication. Au-dessus de nos têtes, j’ai alors vu le télésouffleur s’éteindre, s’allumer, avancer et reculer confusément, à l’image de l’atmosphère qui devait régner à l’arrière-scène. J’ai tout de même pu photographier la suite du discours de la chef péquiste, que la mort d’un homme a interrompu. Il se lisait comme suit : « Nous sommes très nombreux à partager cette conviction et cet espoir. Comme première ministre, je travaillerai avec mon équipe à convaincre une majorité de Québécois. D’ici là, il faut faire avancer nos intérêts et promouvoir nos valeurs communes au maximum de nos possibilités. »
La fin du discours restera dans les limbes. Mais ces quelques mots supplémentaires sont infiniment plus mobilisateurs que la rengaine d’un Lucien Bouchard qui prend son air le plus renfrogné pour se dire toujours souverainiste, et même péquiste, mais qui invite son ancien parti à mettre au rancart sa principale raison d’être au profit d’autres « priorités ». Était-il donc sincère lorsqu’il disait jadis que tout progrès significatif en éducation, en santé ou en création de la richesse était tributaire de notre sortie du carcan fédéral canadien ? Comment peut-il tourner en ridicule la nouvelle neutralité de François Legault sur la question nationale et néanmoins vouer la souveraineté « aux calendes grecques » ? Personnellement, à la renonciation bouchardo-caquiste, je préfère d’emblée le combat paulino-péquiste.
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Christian Gagnon - Montréal, le 13 septembre 2012








