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    «La souveraineté, c’est pour les calendes grecques»

    L’ex-chef péquiste Lucien Bouchard est d’avis que les Québécois ont tourné le dos au projet

    13 septembre 2012 |Alexandre Shields | Québec
    L'ancien premier ministre du Québec a affirmé en entrevue se considérer toujours souverainiste. Il croit pourtant qu'il serait «irresponsable» de tenir un troisième référendum. 
    Photo: La Presse canadienne (photo) Paul Chiasson L'ancien premier ministre du Québec a affirmé en entrevue se considérer toujours souverainiste. Il croit pourtant qu'il serait «irresponsable» de tenir un troisième référendum. 
    L’ancien premier péquiste Lucien Bouchard n’en démord pas : le Parti québécois doit laisser tomber l’idée de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec, d’autant plus que celle-ci est désormais repoussée « aux calendes grecques ». En entrevue à l’émission Les francs-tireurs, sur les ondes Télé-Québec, il s’est même emporté contre l’idée de tenir un référendum d’initiative populaire, allant même jusqu’à évoquer une implication politique active pour combattre cette promesse de Pauline Marois.


    « Quand je pense qu’on veut permettre à une minorité de 15 % de nous renvoyer à l’abattoir, je tombe des nues. C’est totalement irresponsable. Si je me réactive politiquement, ce sera pour combattre ça », a-t-il lancé, visiblement irrité, dans le cadre d’une longue entrevue diffusée mercredi soir.
     
    L’ancienne tête d’affiche du camp du Oui en 1995 a néanmoins laissé entendre qu’il est toujours souverainiste. M. Bouchard estime cependant qu’« il ne faut pas faire de référendum, parce qu’on va encore se faire battre et on va encore nous affaiblir. On n’a pas le droit d’en perdre un autre ». Un message qu’il répète dans Lettres à jeune politicien, un livre de 116 pages qu’il vient de lancer et qui l’amène à donner une série d’entrevues aux médias.

    Pour Lucien Bouchard, il ne fait aucun doute que les Québécois ont définitivement tourné le dos à l’indépendance. « La souveraineté, c’est pour les calendes grecques. Plus [les péquistes] en ont parlé durant la campagne, plus elle baissait. La population ne veut pas de référendum. Il y a un message clair. »

    Le président du lobby pétrolier et gazier au Québec estime que le Québec devrait plutôt se concentrer sur d’autres « priorités » : l’éducation, la santé, la création de richesse et le développement des ressources naturelles. Mais il juge que le PQ ne peut pas, à l’heure actuelle, affronter ces défis. « Le Parti québécois n’a pas de programme économique », a-t-il laissé tomber.
     
    Il s’en est également pris à ceux qui l’auraient accusé d’avoir « trahi » le rêve de l’indépendance. « Est-ce que j’ai trahi la cause ? C’est moi qui ai amené la cause le plus près du succès. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui a amené la souveraineté plus près de la Terre promise ? Je pense que c’est une chose qu’on ne me pardonne pas dans certains milieux du Parti québécois. Qu’ils rendent la souveraineté à 49 % et ils pourront me parler. En attendant, qu’ils se tiennent bien tranquilles. »
     
    « Personne ne va me dire que je n’ai pas mis ce que j’avais de mieux pour gagner, a-t-il ajouté. J’ai plongé dans une piscine sans eau, je travaillais sans filet, j’avais deux enfants à Montréal et une jeune femme, je courais les routes, je me vidais le cœur à parler du Québec de demain et j’ai tout fait pour convaincre les Québécois. »

    L’ami de Paul Desmarais

    « Ami » de longue date de Paul Desmarais, de Power Corporation, Lucien Bouchard s’est lancé dans un vibrant hommage au milliardaire fédéraliste. « On va reconnaître que c’est un homme parfaitement honorable, c’est homme d’une grande générosité, extrêmement cultivé, très intelligent, qui aime le Québec, qui aime aussi le Canada, et qui fait beaucoup pour les Québécois, souvent de façon anonyme, qui ne mérite pas qu’on le perçoive comme quelqu’un de sulfureux, au contraire. »
     
    M. Bouchard, qui a été vu dans une vidéo tournée dans la luxueuse résidence de M. Desmarais à Sagard, s’est emporté à l’évocation de cet événement. « Je vais également voir d’autres amis qui n’ont pas d’aussi belles maisons. Je suis très ami avec Gérald Larose, je suis ami avec plein de monde. Pourquoi je me priverais de rencontrer des gens parce qu’il y a des jaloux qui sont frustrés et qui lui envient son succès ? Je ne suis pas à la merci de ces gens-là. »

    Mais comment a-t-il pu développer une amitié avec quelqu’un d’aussi farouchement opposé à la souveraineté du Québec ? « Il a son rêve, moi j’ai le mien. C’est un affrontement politique. C’est une divergence d’opinions sur ce que devraient être le Québec et le Canada. Les gens ont parfaitement le droit de penser le contraire de moi. Ils restent mes amis quand même. Pour moi, la politique ce n’est pas une guerre. Je ne démonise pas les gens qui ne pensent pas comme moi. C’est malheureux que les gens ne fassent pas comme moi en général. Ça irait pas mal mieux au Québec si on respectait les opinions des autres. »
     
    Invité par l’animateur Richard Martineau à parler des distinctions entre la gauche et la droite économique, l’associé dans le cabinet d’avocats Davies Ward Phillips & Vineberg a raillé ceux qui se disent de gauche. « Dans le discours qu’on dit “ de gauche ”, on ne nous dit jamais comment on va financer ça. On fait rêver les gens, une société utopique, mais on ne dit jamais comment on va la payer. »

    Le projet souverainiste aurait d’ailleurs commis l’erreur de se définir comme un projet porté par idéaux progressistes. « La gauche, ce n’est pas le chemin pour arriver à la souveraineté. Il faut être inclusif. Si on veut faire bouger une société d’une façon aussi substantielle, il faut que tout le monde soit présent. On ne peut pas s’aliéner les décideurs économiques. »
     
    Lucien Bouchard croit qu’il est toutefois plus simple de se dire de gauche et de se croire « généreux ». Or, a-t-il insisté, un gouvernement doit savoir dire non. Il aurait ainsi refusé de reculer sur la question de la hausse des droits de scolarité, malgré le mouvement social du printemps dernier. « Tu n’as pas le droit de céder parce qu’il y a une pression. Ce n’est pas la pression qui doit te faire céder. Ce n’est pas parce qu’il y a des gens qui marchent dans la rue qu’ils ont raison », a-t-il affirmé.
     
    Quoi qu’il en soit, Lucien Bouchard juge que la question des droits de scolarité ne constitue pas « le vrai problème ». Il a ainsi réitéré le discours voulant que les universités du Québec soient plus que jamais en « compétition » directe avec d’autres établissements ailleurs dans le monde. Dans ce contexte, il juge qu’il est « équitable de demander aux étudiants de contribuer dans la mesure de leurs moyens » afin d’améliorer « la qualité de l’enseignement et les équipements ».
     
    Il estime par ailleurs avoir été « mal interprété » lorsque, avec le groupe des Lucides, il s’en est pris à la productivité des Québécois. M. Bouchard a dit s’être basé sur des statistiques qui démontreraient que les citoyens d’ici travaillent moins que ceux d’autres pays. « Mais les Québécois n’aiment pas se faire dire les choses qu’ils n’aiment pas, a-t-il poursuivi. Ils n’aiment pas se faire parler des finances publiques, ils n’aiment pas se faire rappeler qu’on a une dette qui n’a pas d’allure. »
     
     
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