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La réplique — division du vote - L’exode de la gauche silencieuse

13 septembre 2012 | Paul St-Pierre Plamondon et Jean-François Gingras - Membres de Génération d’idées | Québec
Le déclencheur – 
Les rangs dispersés

« Les forces souverainistes se sont lancées dans la campagne électorale en rangs dispersés. La démarche du Front uni a échoué. Le Parti québécois, Québec solidaire et Option nationale ont tous trois opté pour une stratégie du tout ou rien. Cette division du vote s’est traduite le 4 septembre par cette victoire en demi-teinte. Un pouvoir majoritaire était possible, mais c’est d’un gouvernement minoritaire dont les forces souverainistes devront se contenter. »

Danic Parenteau, professeur au Collège militaire royal de Saint-Jean, Le Devoir, 7 septembre 2012

Au cours des deux dernières années, une partie substantielle de l’espace médiatique québécois a été occupée par les revendications de la gauche. Les indignés ont d’abord dénoncé le fait que l’écart entre les riches et les pauvres se creuse de plus en plus et que certains acteurs du secteur privé, notamment du milieu de la finance, se servent de leur influence auprès des décideurs politiques pour pallier leurs dérapages à même les fonds publics.


Les carrés rouges ont, peu de temps après, investi la place publique au nom de l’accessibilité à l’éducation et du caractère inéquitable d’une augmentation des droits de scolarité dans un contexte où la corruption fait perdre à l’État des sommes substantielles et où les coûts du système de santé et des régimes de retraite publics (sous-capitalisés) grugent une part importante du budget au détriment de la relève.


La marche du 22 mars de même que celle du Jour de la Terre du 22 avril, ont démontré que la gauche québécoise est très vivante et pouvait laisser présager un retour du balancier vers la gauche lors des prochaines élections.

 

Rejet des carrés rouges


Comme souligné par Danic Parenteau dans une lettre ouverte dans les pages du Devoir du 7 septembre portant sur la division du vote à gauche, ce retour a manqué cruellement de force. Les dernières élections nous placent devant un constat amer : les partis se situant à gauche ont recueilli en tout 56 sièges. La CAQ et le PLQ, deux partis favorables à la hausse des droits de scolarité et prônant une cure d’amaigrissement dans la fonction publique et dans les dépenses étatiques, ont pour leur part raflé les sièges restants, soit 69, et recueilli plus de 60 % des voix.


Selon M. Parenteau, cette situation est attribuable au fait que les trois partis souverainistes et progressistes n’ont pas réussi à unir leurs forces. Bien que nous soyons d’accord avec cette analyse, nous croyons par ailleurs qu’elle élude deux autres phénomènes importants : le rejet de l’approche contestataire des carrés rouges et l’exclusion des progressistes qui ne veulent pas d’un référendum à courte échéance.

 

Gauche constructive et modérée


D’une part, la gauche incarnée par les carrés rouges est une gauche à saveur très contestataire, dans la tradition du syndicalisme de combat, caractérisée par une vision de la lutte des classes et par l’idéal de la prise du pouvoir par le peuple, par des moyens coercitifs si nécessaire. Cette approche, largement endossée par Québec solidaire, a rejailli également sur le Parti québécois en raison de son association avec les carrés rouges durant la grève et par la candidature de Léo Bureau-Blouin, même si celui-ci n’est en fait pas vraiment de l’école de pensée de la gauche radicale.


Il est possible que la gauche silencieuse ne soit pas en accord avec l’approche du syndicalisme de lutte et qu’elle soit plutôt à la recherche d’une gauche constructive et modérée, à l’image des gouvernements sociaux-démocrates que l’on a connus à plusieurs reprises au Québec depuis la Révolution tranquille, ou de l’approche scandinave en social-démocratie qui mise davantage sur la compétence et l’efficacité dans l’intervention et la redistribution de la richesse par l’État que sur les manifestations à grand déploiement.


Serait-il possible que la gauche actuelle ne réussisse pas à incarner l’efficacité dans la gestion de l’État, ce dont se targuent le PLQ et la CAQ ? Est-il possible que certains progressistes, exaspérés par le conflit étudiant, aient décidé de se tourner à droite ? Nous croyons qu’une partie de la gauche silencieuse a fini par voter à droite lors des dernières élections, car elle n’endossait pas complètement la conduite du mouvement étudiant et recherchait de la stabilité.

 

Une division qui peut continuer


D’autre part, à la lumière de l’offre de partis, il semble implicite au Québec que toute personne « progressiste » est forcément « souverainiste », à un point tel que les partis de gauche sont presque tous souverainistes, alors que les partis de droite sont fédéralistes.


Or, le sujet de la souveraineté a toujours divisé le vote québécois en deux et il est faux de penser que la gauche silencieuse souhaite nécessairement la tenue d’un troisième référendum au cours des prochaines années. Le spectre du référendum, qui a été amplement exploité par le PLQ (également par la CAQ) lors de la dernière campagne, aura sûrement favorisé l’exode d’une partie de cette gauche silencieuse vers des partis plus à droite.


En misant sur le syndicalisme de lutte et sur le souverainisme « pressé », la gauche québécoise court le risque de poursuivre la division des troupes et d’éloigner une frange de la population québécoise, pourtant réceptive au progressisme, vers des partis de droite qui leur garantissent la stabilité et l’efficacité dans la gestion de l’État. Ce risque est réel et, comme le matin du 5 septembre dernier, la gauche québécoise pourrait voir son mal de tête se transformer en migraine.


***

Paul St-Pierre Plamondon et Jean-François Gingras - Membres de Génération d’idées

 
 
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