Parti libéral du Québec - Enfin une course
Le Parti libéral sait retomber rapidement sur ses pieds. Il l’a montré ce mercredi en se donnant sans attendre un chef par intérim en Jean-Marc Fournier. Reste à convenir des modalités de la course à la chefferie et de la date du congrès qui élira le nouveau chef. Bonne nouvelle pour ce parti, la succession de Jean Charest sera vivement disputée.
L'atmosphère qui régnait hier dans la salle du caucus libéral était tout sauf morose. Les 50 députés nouvellement élus n’ont pas le sentiment d’avoir perdu tout à fait le pouvoir. Ils ne sont plus au gouvernement, mais ils savent qu’ils pourraient, s’ils font bien leur travail, y revenir rapidement. Cette perspective a de quoi créer un esprit de corps solide qui les a fait se tourner vers Jean-Marc Fournier comme chef intérimaire. Il a l’expérience parlementaire nécessaire, mais surtout, il répondait à l’exigence de neutralité indispensable pour arbitrer la course au leadership.
Le choix d’un nouveau chef se fera dans les meilleures conditions possible dans la mesure où rien n’est joué d’avance. Pendant qu’il a été premier ministre, Jean Charest a fait en sorte d’écarter de son cabinet les députés et ministres qui avaient des ambitions trop affirmées de devenir calife à la place du calife. C’est ainsi que, un à un, furent écartés les Pierre Paradis, Yves Séguin, Thomas Mulcair, Philippe Couillard. Il n’y avait personne qui, au pied levé, aurait pu chausser les souliers de premier ministre, ce qui a sans doute contribué à sa décision de rester en poste pour une dernière campagne électorale. Cela a pour effet de donner une chance égale à tous aujourd’hui.
Les prétendants au poste de chef sont nombreux. Sont en réflexion active Raymond Bachand, Philippe Couillard, Pierre Moreau. D’autres noms pourraient s’ajouter. Tous ne seront pas sur les rangs, mais l’intérêt du parti est qu’il y ait au moins trois solides candidats capables d’animer autour de leur personne un débat d’idées afin de renouveler le programme du parti, ce qui n’a pas été fait depuis longtemps.
Le dernier congrès de ce parti a eu lieu en octobre dernier. L’objet était de mettre à jour le programme qui n’a été que retouché ici et là. Ce congrès a été dominé par un seul débat, soit l’octroi par le gouvernement de réels pouvoirs d’enquête à la commission Charbonneau auquel a finalement consenti le premier ministre. Les congressistes ont bien sûr voté résolution sur résolution, mais les plus audacieuses, comme l’abolition du monopole syndical de l’UPA ou l’adoption d’un nouveau régime de redevances sur les ressources non renouvelables, étaient aussitôt mises de côté par les ministres concernés.
Une course à la chefferie crée une dynamique nouvelle. Les candidats sont obligés de se définir par plus que leurs seules qualités personnelles. Il leur faudra mettre de l’avant des idées et des projets qu’ils exposeront aux militants à l’occasion de tournées et de débats publics. Pendant quelques mois, les militants redeviendront rois et maîtres de leur parti. Ils seront écoutés, ce qui ne leur est pas arrivé depuis 1983, année où a eu lieu la dernière course au leadership.
Cette campagne à la chefferie donnera beaucoup de visibilité au Parti libéral, qui devra toutefois se garder de mettre de côté cet effort de réflexion pour à la place se concentrer sur l’objectif de défaire le gouvernement minoritaire de Pauline Marois le plus rapidement possible. C’est un peu ce que recherchent les apparatchiks du parti qui prônent une course rapide au leadership. Le Parti libéral étant avant tout un parti de pouvoir, il pourrait être de fait céder à une telle tentation. Ce serait là une décision à courte vue, car une fois que le gouvernement Marois défait en Chambre, il faudra pouvoir présenter aux électeurs un Parti libéral différent de celui que dirigeait Jean Charest. Même si le 4 septembre 50 députés libéraux ont été élus, le Parti libéral a tout de même été désavoué.








