Lettre - La rivalité nécessaire
Les Québécois francophones se sont récemment dotés, dans la foulée de l’attentat du Métropolis, d’un nouveau militantisme pacifiste exigeant l’adoucissement, voire la réinvention des rapports dialogiques entre anglophones et francophones du Québec. Postulant naïvement que les anglophones du Québec, contrairement à ceux des autres provinces, seraient majoritairement progressistes et que la langue française ne serait plus menacée grâce au niveau de bilinguisme élevé de nos concitoyens du West Island, plusieurs francophones clament qu’il est du devoir de la majorité québécoise d’éradiquer à tout jamais la traditionnelle acrimonie ayant contaminé les relations entre nos « bons Anglais » et « nous » depuis toujours, et ce, en créant de nouvelles attitudes susceptibles de réaménager favorablement notre grande dichotomie nationale.
Certes, il faut reconnaître à la tragédie du 4 septembre une certaine catharsis que je respecte, mais derrière ce type d’appel à la réconciliation tous azimuts se terre la menace de la dissolution identitaire. En effet, les hérauts d’une telle posture, parce qu’ils érigent en dogme l’urgence d’en finir avec une différenciation culturelle ségrégative imprégnant, selon eux, les rapports des collectivités québécoises, oublient que sans réelle praxis de la différence, les Québécois de toutes origines seront voués à l’inanité d’un dialogue vide. En effet, le renoncement à la rivalité culturelle qui sous-tend notre histoire commune ne peut immanquablement que rendre inaptes ceux qui le choisissent à incarner les particularismes culturels dont ils sont les dépositaires. Or, ces particularismes sont au degré zéro de la diversité culturelle et, malgré leur exclusivisme ontologique, constituent les seules véritables richesses culturelles intéressantes à faire connaître à l’autre.
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Nicolas Champagne - Montréal, le 12 septembre 2012








