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Twitter sous la loupe

La campagne électorale 2.0 s’est jouée en vase clos

12 septembre 2012 | Fabien Deglise | Québec
Photo : Source Boussole électorale
La campagne québécoise 2012 vue de la twittosphère
La campagne électorale s’est bel et bien transportée dans les réseaux sociaux à l’occasion du dernier scrutin provincial. Elle s’y est toutefois jouée en vase clos, entre très peu de personnes prêchant pour leur paroisse sans se soucier des autres autour, et a fait la part belle aux idées de gauche et aux commentateurs humoristiques de la chose publique. Enfin, Jean-Martin Aussant, chef non élu du parti Option nationale, a laissé la plus grosse empreinte dans la twittosphère. C’est en tout cas ce qu’indique une analyse inédite des réseaux d’échanges et des conversations sur Twitter pilotée par l’équipe de la Boussole électorale, dont Le Devoir a obtenu copie.

Cette radiographie de l’activité humaine sur Twitter, réalisée au début et à la fin de cette campagne, indique également une stabilité des influences et des réseaux de partage d’idées qui, malgré 33 jours de campagne, sont restés fermement campés sur leur position. Le portrait repose sur une analyse par algorithme des micromessages produits entre le 1er août et le 4 septembre par des milliers d’abonnés de ce réseau et portant les marqueurs de contenus - mots-clics - liés à la campagne : #qc2012, #assnat, #ggi ou encore #plq, #qs ou #opnat, notamment. Il permet d’appréhender les réseaux par la production de twitts, mais également de «retweets», soit l’art de partager avec ses abonnés des twitts écrits par d’autres.


Dans l’ensemble, en format 2.0, cette campagne a été alimentée par un nombre restreint d’individus ou d’organisations qui ont occupé une place importante dans la twittosphère. C’est le cas de Jean-Martin Aussant, mais également de Québec solidaire ou d’Amir Khadir, « des partis ou des représentants de partis avec peu de moyens qui ont investi sans surprise les réseaux pour se faire entendre », résume Yannick Dufresne, doctorant en science politique à l’Université de Toronto et membre de l’équipe de la Boussole. Le Parti québécois, Pierre Duchesne, Bernard Drainville ou encore Léo Bureau-Blouin ont également laissé de grosses traces dans des constellations d’abonnés partageant les mêmes croyances.

 

Idéologie de gauche


L’analyse confirme une surreprésentation de l’idéologie de gauche sur le réseau, portée ici en partie par QS, Jean-Martin Aussant, Manon Massé, la CLASSE d’un côté, par l’équipe et les sympathisants du PQ de l’autre. Ces deux constellations ont eu très peu d’échanges entre elles. Dans ce tout numérique, le Parti libéral tranche avec une présence plus que minuscule, alimentée par une poignée de ministres (Pierre Arcand, Pierre Moreau) ou encore Michel Rochette, directeur des communications du parti. Sans plus. L’univers de la Coalition avenir Québec (CAQ) se dévoile tout proche du parti destitué de Jean Charest, avec des volumes d’échanges un peu plus élevés autour des comptes de François Legault, Pierre Morin ou Antagoniste.net.


Les commentateurs comiques semblent avoir réussi à faire leur marque. C’est le cas des scripteurs Paco Lebel ou Daniel Thibeault, ou encore de Rita Bougon, compte censé donner la parole au personnage de la célèbre série télé Les Bougon, dont l’analyse fait ressortir le poids et l’influence. Des commentateurs sérieux se distinguent aussi, comme Josée Legault, le compte du Devoir, du Huffington Post Québec ou encore l’étudiante Vicki Fragasso, qui se placent même, chose rare, à un point de convergence entre les chapelles représentées. « Ce sont eux qui ont tracé des ponts entre tous les réseaux idéologiques qui n’en avaient pas et avaient tendance à se parler entre eux », dit M. Dufresne.


Tout en mettant en lumière un écosystème propre à Twitter, la mise en perspective des tweets à saveur électorale fait aussi ressortir la logique de « starification » d’une poignée d’abonnés sur le réseau dont les propos entraînent des « phénomènes de contagion », ajoute-t-il. Contagion qui alimente non pas des conversations, comme on aurait pu le croire, mais plutôt des monologues, précise l’étude.

 
 
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