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Le successeur

8 septembre 2012 | Michel David | Québec
Une course au leadership est devenue un événement rarissime au Québec. Quand il a fallu choisir un successeur à Bernard Landry, en juin 2005, il n’y en avait pas eu depuis 20 ans. Au PLQ, la dernière remonte à 1983.

Chaque fois, on vante les mérites d’une course, qui permet un nécessaire « brassage d’idées », pour aboutir au bout du compte à un couronnement. Certaines divas en font même une condition. Dans une récente entrevue à L’actualité, Pauline Marois racontait que Gilles Duceppe était tout disposé à lui succéder à la condition de n’avoir aucun opposant.


Cette fois-ci, tout indique que les libéraux auront bel et bien droit à une course. Jean-Marc Fournier a eu la bonne idée de s’exclure du groupe, mais le nombre de ceux qui sont actuellement « en réflexion » est assez rassurant.


Celui dont le nom revient le plus souvent est Pierre Moreau, dont les talents de politicien sont indéniables, même si on lui reproche une certaine arrogance. Depuis qu’il a été nommé en catastrophe aux Transports pour gérer les suites du rapport Duchesneau, il a fait grande impression sur le caucus et les militants libéraux. Dans la conjoncture particulièrement difficile de la dernière année, il a été presque le seul de son camp à marquer des points.


Plusieurs s’étonneront que son collègue du Développement économique, Sam Hamad, puisse se trouver l’étoffe d’un chef, mais on est généralement très mauvais juge de soi-même. Encensée pour avoir aboli le placement syndical dans la construction, Lise Thériault ne doit pas se faire trop d’illusions sur ses chances, mais il est clair que la direction du PLQ ne ménagera aucun effort pour susciter au moins une candidature féminine.


Le ministre des Finances, Raymond Bachand, peut légitimement faire valoir sa compétence en matière économique, mais certainement pas son charisme. Son collègue de la Santé, Yves Bolduc, qui adore le jeu politique, serait bien capable de se lancer dans la course simplement pour le plaisir.


Littéralement banni par Jean Charest, Pierre Paradis s’est voulu le gardien des « valeurs libérales ». Se dissocier de son parti au sujet de la vente du parc du Mont-Orford ou du projet de 78 était sans doute à son honneur, mais il y a un prix à payer pour vouloir jouer au mouton noir.

 

***


Le plus inspirant - et de loin - est cependant Philippe Couillard, qui s’était imposé d’entrée de jeu par son envergure et ses talents de communicateur, même si les promesses de désengorger les urgences et d’éliminer les listes d’attente faites durant la campagne de 2003 n’ont jamais été réalisées.


À peine nommé à la Santé, il avait déclaré avec une étonnante franchise qu’il avait de plus hautes ambitions. En général, on n’y renonce pas si facilement. Quand il a pris congé de la politique, en juin 2008, son départ se voulait définitif, mais il a déjà invoqué dans le passé son « droit de changer d’idée ».


S’il décidait de l’exercer encore une fois, il devrait toutefois clarifier les circonstances pour le moins troublantes dans lesquelles il s’est joint au plus gros fonds privé d’investissement en santé au Canada, Persistence Capital Partners (PCP).


Il a déjà expliqué que son association avec PCP s’était « concrétisée » seulement deux mois après sa démission, mais il a aussi confirmé aux enquêteurs du commissaire au lobbyisme qu’il avait rencontré ses dirigeants à plusieurs reprises dans les mois qui ont précédé son départ.


Au vu des résultats du scrutin de mardi dernier, force est cependant de constater que les électeurs ne sont pas très pointilleux sur les questions d’éthique. S’ils n’ont pas voulu sanctionner les libéraux, ils pardonneraient vraisemblablement à M. Couillard d’avoir tourné les coins un peu rond.

 

***
 

Jusqu’à tout récemment, tout indiquait que le successeur de Jean Charest allait devoir se contenter d’un long et frustrant intérim, en attendant que le PLQ se refasse une vertu qui lui permettrait d’aspirer à nouveau au pouvoir. Pour peu qu’il réussisse à marquer une rupture avec le passé récent, ce purgatoire pourrait cependant être abrégé.


Après s’être présenté comme un disciple de Mike Harris durant la campagne électorale de 1998, M. Charest avait dû commander à Claude Ryan un opuscule intitulé Les valeurs libérales et le Québec moderne dans l’espoir de redonner un semblant de direction intellectuelle à son parti, opuscule qui n’a pas semblé être une grande source d’inspiration.


En novembre 2010, l’ancien président du PLQ, Robert Benoît, avait accusé M. Charest de l’avoir transformé en « machine à ramasser de l’argent » où tout débat d’idées était désormais exclu. Au-delà de l’inévitable mantra du développement économique, M. Couillard serait sans doute le mieux à même de redéfinir la « vision » libérale et, qui sait, de revenir à une approche plus bourassiste du fédéralisme.


Il est vrai qu’il a indisposé l’establishment financier avec sa croisade victorieuse contre l’implantation du CHUM à Outremont. Cela lui épargnerait au moins d’être accusé de manger dans la main de la famille Desmarais.

 
 
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