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    Promotion de la langue française - Stratégie incitative plutôt que coercitive

    8 septembre 2012 |Louis Balthazar - Professeur émérite de science politique à l’Université Laval | Québec
    Le nouveau gouvernement du Parti québécois sera-t-il en mesure de mettre en oeuvre son programme en matière identitaire ? Il semble bien que les partis d’opposition feront obstacle aux aspects coercitifs des politiques envisagées : limitation de l’accès aux cégeps anglophones, tests de citoyenneté, Charte de la laïcité.

    Ce pourrait être l’occasion pour le gouvernement de Pauline Marois de recourir à des moyens moins radicaux, plus incitatifs dans la poursuite des mêmes objectifs. En matière de langue, notamment, il n’y a aucune raison de renoncer à entraver l’érosion du français à Montréal. À cet égard, l’objectif fondamental, c’est l’intégration harmonieuse des immigrants, leur utilisation du français sur la place publique et leur adhésion à la culture québécoise.

     

    Meilleur climat civique


    Des lois peuvent contribuer à l’atteinte de cet objectif, mais le meilleur moyen demeure l’instauration d’un climat d’amitié civique. Ce sont les interactions fréquentes entre immigrants et citoyens établis qui favorisent le mieux l’intégration. Dans la mesure où les immigrants se retrouvent entre eux dans des ghettos ou des quartiers ethniques, il y a bien peu de chances qu’ils s’intègrent à la culture publique commune.


    Il est bien regrettable que des quartiers montréalais autrefois francophones se soient transformés aussi rapidement. Non pas qu’il faille déplorer l’apparition de la multiethnicité dans plusieurs secteurs de la ville. C’est là au contraire un enrichissement. Le grand mal, c’est plutôt l’exode des francophones vers les banlieues. Comment voulez-vous que les immigrants s’intègrent à la majorité, si cette majorité n’est plus visible autour d’eux ?


    On comprend bien les raisons qui poussent les jeunes Québécois à s’installer dans la couronne du 450. Le prix des maisons y est plus abordable, les taxes moins élevées et, semble-t-il, aux yeux de plusieurs, la qualité de vie meilleure. Dans une dynamique bien nord-américaine, on se retrouve dans des agglomérations passablement homogènes, loin des bruits et transformations de la ville. On échappe ainsi au devoir d’accueil des immigrants et à la véritable vie urbaine. Sans compter le désastre écologique produit par l’incessante circulation entre la métropole et les banlieues qui l’entourent et l’étouffent.


    Garder les francophones à Montréal


    Il est impossible de contrer directement cette tendance. Mais un gouvernement peut déployer plusieurs moyens incitatifs pour encourager les francophones à demeurer sur l’île de Montréal. Par des politiques d’urbanisme, de subventions, d’aides diverses à l’habitation en milieu urbain. On peut aussi lancer des campagnes de promotion du bonheur de vivre en ville, quand ce ne serait que pour se rapprocher de son milieu de travail au point de s’y rendre à pied ou à vélo.


    On fait bien des campagnes publicitaires contre l’usage du tabac ou la vitesse en automobile. Pourquoi pas une grande campagne de valorisation de la vie urbaine, pour des motifs écologiques, esthétiques, historiques et combien d’autres ?


    Je demande peut-être l’impossible à un gouvernement qui vient de se faire élire pour une très grande part par des électeurs de banlieues. Mais ce gouvernement s’est aussi engagé à promouvoir la langue française. Cela veut dire concrètement stimuler l’usage de la langue française dans la métropole de Montréal. Comment le visage de cette ville demeurera-t-il français si les francophones s’en éloignent ?













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