Le parcours étonnant de la députée de Montmorency, Michelyne St-Laurent

Michelyne St-Laurent<br />
Photo: CAQ Michelyne St-Laurent

La nouvelle députée de la CAQ dans Montmorency a passé les huit dernières années de sa vie au Tribunal pénal international d’Arusha à défendre la cause d’un ministre rwandais accusé de génocide et de crimes contre l’humanité.

«Ça a été la bataille d’une vie. C’est du 15 heures semaine, sept jours par semaine», raconte la criminaliste Michelyne St-Laurent. «Les premiers mois du procès, j’avais perdu 25 livres, et je ne suis pas grosse !»

Avocate spécialisée en droit criminel, Mme St-Laurent défendait la cause du ministre rwandais de la Santé, Casimir Bizimungu. Le procès, qui a débuté en 2003, a duré cinq ans. À la fin de l’année 2011, M. Bizimungu a été acquitté.

«Ça a été une des plus grosses causes. C’était dans tous les journaux d’Europe et d’Afrique, sauf au Canada», raconte l’avocate.

Les juristes québécois sont très convoités au TPIR parce qu’ils ont l’avantage de maîtriser les règles britanniques du droit international (la «common law»), tout en parlant le français.

De son client, elle dit qu’il s’agit d’une «bonne personne», un «démocrate» qui manifestait de l’ouverture envers les Tutsis. L’histoire de la guerre au Rwanda n’est pas «ce que l’on croit», souligne-t-elle.

Lorsqu’elle a soumis sa candidature aux Nations Unies en 2000, Mme St-Laurent n’était jamais allée en Afrique. «La première fois que j’ai mis les pieds là, je me suis dit : “il fait trop chaud, il y a plein de bibittes, je ne reviens plus !”»

Élue dans une circonscription de la banlieue de Québec occupée par les libéraux, Mme St-Laurent a fait une campagne plutôt discrète ces dernières semaines. Une attitude qui n’est pas sans trancher avec ses habitudes.

Le quotidien britannique The Guardian faisait état en 2010 de la plainte qu’elle a déposée contre le procureur du TPIR, Luis Moreno-Ocampo. Mandatée pour répliquer aux victimes dans le dossier du président du Soudan, Omar al-Bashir, elle reprochait au procureur ses commentaires dans les médias sur le dossier.

«St-Laurent a aussi accusé Moreno-Ocampo de briser son serment d’impartialité et de menacer les efforts de paix au Soudan tout en minant la crédibilité de la Cour», racontait le journal.

À Québec aussi, l’avocate a travaillé sur des causes controversées. Au début des années 90, c’est elle qui avait porté en appel la condamnation de l’assassin dans l’affaire très médiatisée du meurtre de la comédienne France Lachapelle.

«Je l’ai encore dans la tête, mon Christian Gagnon», dit-elle. «Je me demande s’il ne faudrait pas rouvrir le procès avec des nouvelles preuves, et si on ne pourrait pas aller chercher une preuve d’ADN.»

Mme St-Laurent n’en est pas non plus à ses premiers pas en politique. En 1994, elle a affronté Jean Rochon à l’investiture du Parti québécois dans Charlesbourg. Puis, quatre ans plus tard, on la retrouvait dans l’organisation du Reform Party au Québec, sous Preston Manning.

Dans le programme de la CAQ, elle dit tenir surtout à la lutte à la corruption et à la réduction de la dette. «Pour moi, le défi, c’est défendre les gens. J’ai fait ça toute ma vie et c’est pour ça que je suis allée en politique, d’ailleurs.»

5 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 7 septembre 2012 11 h 26

    Intéressant

    Merci Mme Porter de nous renseigner ainsi sur celle pour qui j'ai voté et qu'avec mes concitoyens nous avons choisi comme député.

  • Gwenn Scheppler - Inscrit 7 septembre 2012 13 h 48

    Un ministre responsable mais pas coupable

    Comment un ministre de la santé peut-il ne pas être impliqué dans les actions de son gouvernement ?

    Mme St-Laurent a réussi à faire acquiter, par manque de preuves, un haut responsable d'un gouvernement qui a organisé un génocide qui a fait 800 000 morts en 3 mois.

    Je ne suis pas certain que ce soit une lettre de noblesse.

    Les élus de la CAQ sont décidément pleins de surprises.

  • Marc Bégin - Inscrit 7 septembre 2012 16 h 18

    Parcours tortueux

    Il est vrai que c'est un parcours politique curieux mais il en est de même de bien des votants,qui votent pour un parti socialiste à Ottawa et caquiste â Québec.Essayez d'y comprendre quelque chose.De grâce par contre ne faite pas le procès par association de l'avocate qui doit défendre même les criminels.

    • Philippe Morin - Inscrit 7 septembre 2012 21 h 51

      Quelle sagesse. Les gens cheminent effectivement en politique. Il ne faut jamais juger trop rapidement et parfois garder nos commentaires pour nous-mêmes.

  • Gabriel Hakizimana - Inscrit 7 septembre 2012 16 h 36

    L’histoire de la guerre au Rwanda n’est pas «ce que l’on croit»...

    L'histoire de la guerre au Rwanda, madame la députée, est aussi une histoire d'un génocide. Un génocide est un génocide, qu'il soit commis contre les rwandais, les arméniens ou les juifs. Qualifier celui du Rwanda autrement signifierait un « négationnisme ». Pour une éminente juriste que vous semblez être, et pour une députée élue au Québec, je ne pense pas que vous pouvez aller jusque-là !

    Gabriel Hakizimana