Le SPVM et la SQ enquêtent sur l’attentat

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	L’enquête des policiers s’est poursuivie jusque dans l’après-midi de mercredi à l’arrière du Métropolis, au centre-ville de Montréal. </div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
L’enquête des policiers s’est poursuivie jusque dans l’après-midi de mercredi à l’arrière du Métropolis, au centre-ville de Montréal. 

Pauline Marois a échappé au pire, après qu’un forcené, Richard Henry Bain, eut tenté de s’introduire au Métropolis pour s’en prendre à elle.

Mme Marois est demeurée sur scène pour s’adresser à ses militants, pendant que des agents du Service de police de Montréal (SPVM) maîtrisaient Bain à l’extérieur, au terme d’une fusillade éclair qui a fait un mort et un blessé dans la nuit de mardi à mercredi.


« Je n’ai jamais pensé que je pouvais être en cause », a dit Mme Marois.


N’eût été la vigilance d’un technicien de scène qui a péri sous les balles, du sang-froid d’un organisateur péquiste et du hasard, le triomphe de Mme Marois aurait pu tourner en deuil national.


Denis Blanchette, 48 ans, se trouvait à l’arrière du Métropolis lorsque Bain aurait tenté de s’introduire à l’intérieur, avec une arme de poing et une arme d’assaut, vers minuit. Quand le technicien a interpellé Bain sur ses intentions, celui-ci aurait ouvert le feu, alors que 2 000 militants du PQ célébraient l’élection de Pauline Marois, inconscients du drame qui se jouait dehors.


M. Blanchette est mort sur le coup, tandis qu’un deuxième technicien dans la mi-vingtaine a été blessé. Le ramdam a alerté les gardes du corps de Pauline Marois, qui ont traîné le blessé à l’intérieur.


Les coups de feu ont aussi inquiété des militants du PQ dans les coulisses. Un membre de l’entourage de Pauline Marois s’est rendu à la porte arrière pour s’enquérir de l’origine du tapage. Harold Lebel s’est retrouvé face à face au tireur, qui l’a tenu en joue avec « une arme d’assaut ». Il doit sa vie au hasard : l’arme de Bain se serait enrayée, ce qui lui a donné le temps de refermer la porte.


Pris à l’extérieur, Bain aurait alors mis le feu à l’immeuble avant d’être rapidement maîtrisé. Contrairement aux premières informations véhiculées dans les médias, il n’a jamais réussi à entrer dans l’enceinte du Métropolis.


C’est un petit miracle que Mme Marois et les partisans du PQ n’aient pas été blessés ou même tués. Si Bain avait utilisé une autre porte, il se serait retrouvé directement au pied de la scène, à deux pas de la première ministre.

 

La SQ enquête


La Sûreté du Québec (SQ) a pris l’enquête en charge, puisque c’est son rôle d’assurer la sécurité des chefs d’État. Ses enquêteurs cherchent à établir si l’attentat avait bel et bien des motivations politiques, et si Mme Marois était l’ultime cible du tireur.


Les enquêteurs du SPVM et de la SQ ont érigé deux postes de commandement à l’angle de Maisonneuve et Saint-Dominique, où ils ont poursuivi l’analyse de la scène de crime, qui englobe tout le quadrilatère du Métropolis. Ils ont fouillé la camionnette du présumé tueur, garée dans le stationnement des Habitations Jeanne-Mance. Ils ont trouvé des liquides inflammables dans le véhicule.


Une quinzaine de témoins oculaires ont été rencontrés.


Pour l’heure, la SQ refuse de confirmer l’identité du tireur, mais Le Devoir et d’autres médias ont appris de source sûre qu’il s’agissait bel et bien de Richard Henry Bain, 61 ans.


Les policiers ont dû interrompre son interrogatoire quand il s’est plaint d’un malaise. Il était toujours à l’hôpital au moment de mettre sous presse, mais sa condition n’inspirait aucune crainte. Il comparaîtra aujourd’hui au palais de justice de Montréal.


Bien qu’ils refusent de tirer des conclusions définitives à cette étape de l’enquête, les policiers s’interrogent sérieusement sur son état de santé.


Lors de son arrestation, Bain a vociféré des insultes en anglais et en français, affirmant notamment : « Les Anglais se réveillent, les Anglais se réveillent. » Il portait une cagoule et une robe de chambre.


Le Journal de Montréal rapporte d’ailleurs de source sûre qu’il était suivi par un médecin pour des troubles de santé mentale, une information non corroborée par la police.


M. Bain est propriétaire d’un centre de plein air situé à La Conception (au sud de Labelle).


Il opère sous la raison sociale Les activités Rick, un petit centre de villégiature qui offre des forfaits de pêche et des randonnées équestres. La Fédération des pourvoiries du Québec a précisé par voie de communiqué qu’il ne fait pas partie de ses membres. Pour être reconnu comme un pourvoyeur à part entière, il aurait dû détenir un permis et offrir de l’hébergement.


Bain n’était pas connu des policiers. Il liste l’anglais et le français comme ses langues usuelles sur son profil Facebook, qui ne contient par ailleurs aucune revendication politique.


Le maire de La Conception, Maurice Plouffe, a déclaré sur les ondes du 98,5 que M. Bain était un homme opiniâtre et entêté, qui s’est adressé plusieurs fois à la municipalité pour obtenir un agrandissement de son centre de villégiature. Ses demandes étaient exagérées, impossibles à justifier en raison d’un moratoire du gouvernement sur les pourvoiries et du zonage municipal. Mais le maire n’aurait jamais cru qu’il était capable d’une telle violence.


On ignore pour le moment la nature et la provenance des armes de Bain. Les policiers se sont contentés de dire qu’il s’agissait « d’une arme de poing et d’une arme d’assaut ». Si l’on se fie aux images et vidéos de l’arrestation, il se pourrait qu’il ait eu en sa possession un CZ-858, une arme qui ressemble à un AK-47. Muni d’un chargeur de 30 balles, le CZ-858 est vendu comme une arme de chasse et il ne fait l’objet d’aucune restriction.


Lors de l’étude du projet de loi sur l’abolition du registre des armes à feu, à Ottawa, la Coalition pour le contrôle des armes à feu avait utilisé entre autres une photo d’un CZ-858 pour montrer l’absurdité de la définition d’une arme de chasse dans le Code criminel. Il n’est pas nécessaire d’enregistrer ce type d’arme.


L’arme de poing que Bain avait en sa possession est considérée en tout temps comme une arme à autorisation restreinte, et elle doit faire l’objet d’un enregistrement au registre.

19 commentaires
  • Marie-Josée Latour - Inscrite 6 septembre 2012 03 h 35

    Deuil national

    «N’eût été la vigilance d’un technicien de scène qui a péri sous les balles, du sang-froid d’un organisateur péquiste et du hasard, le triomphe de Mme Marois aurait pu tourner en deuil national.»

    Je considère personnellement que la mort de M. Blanchette constitue un deuil national.

  • Francois Parent - Inscrit 6 septembre 2012 08 h 44

    Un attentat terroriste

    C'est bien évident qu'il a tenté de s'en prendre à Pauline Marois. Mettre le feu au Métropolis parce qu'elle était là et pas ailleurs. Les policiers tentent de minimiser l'attentat terroriste.

  • Sylvain Auclair - Abonné 6 septembre 2012 09 h 40

    «C’est son rôle d’assurer la sécurité des chefs d’État.»

    Mme Marois n'est pas un chef d'État, mais bien un chef de gouvernement (en fait, elle le sera bientôt). Notre chef d'État est (malheureusement) S. M. Élisabeth II, et je crois que ce serait plutôt à la GRC de la protéger, le cas échéant.

  • Franklin Bernard - Inscrit 6 septembre 2012 09 h 43

    C'est ça, la sécurité offerte à une première ministre?

    La première ministre élue est sur la scène du Métropolis, et l'entrée des artistes n'est pas surveillée par la SQ? C'est incroyable. Un forcené abat un pauvre technicine qui se trouve là, ensuite un des se collègues. Les gardes du corps sont alertés par le bruit, ils vont voir, constatent la scène, et traînent le corps du blessé à l'intérieur. Personne n'essaie alors de maîtriser le tireur? Il a encore le temps de menacer et d'essayer de tirer sur une autre personne, puis de mettre le feu à une porte. Là seulement, on le maîtrise. Ensuite, on fait sortir Mme Marois qui, elle le dit elle-même, a vu du feu à l'extérieur quand la porte a été brièvement ouverte. Donc, le tireur a eu le temps d'aller mettre le feu avant qu'on fasse sortir la première ministre du Québec.

    On a vu la SQ plus alerte, notamment lorsqu'il s'agissait de matraquer et de passer les menottes à des manifestants pacifiques.

    Bien sûr, ces éléments d'enquête sont encore incomplets, mais il y a des faits très troublants, et comme tout le Québec, j'aimerais comprendre comment Mme Marois a été protégée, ou pas protégée, ce soir-là. J'espère que la SQ nous révélera tout très rapidement, et que nous n'aurons pas à nous contenter des félicitations adressées par Jean Charest aux forces de l'ordre lors de son discours d'adieu.

  • Pierre Schneider - Abonné 6 septembre 2012 10 h 15

    Un complot ?

    Sans pouvoir affirmer hors de tout doute qu'il y ait eu complut contre la vie de la première ministre, il n'en demeure pas moins qu'un citoyen, Stephen-Guy Sévigny, comédien de profession, avait alerté les corps policiers à deux reprises, ainsi que le PQ, au cours de la journée pour les prévenir qu'il avait eu vent d'un complot d'angryphones contre Mme Marois. J'espère que l'enquête policière nous dira la vérité, car il est pour le moins étonnant que, à la suite des avertissements, il n'y avait pas de policiers à l'arrière du Métropolis quand le forcené s'y est introduit.

    • Viviane Genest - Inscrite 6 septembre 2012 11 h 45

      Effectivement, comment est-ce possible que personne ne montait la garde derrière le metropolis ?

    • France Marcotte - Abonnée 6 septembre 2012 14 h 05

      Mais c'est la police qui fait l'enquête sur la police.

      Qu'en espérer pour connaître toute la vérité?

      Dans 50 ans peut-être?