La réplique › Démission de Jean Charest - « Je rentre maintenant à la maison »
C’est le nombre de voix qu’a récolté mardi le premier ministre sortant Jean Charest, député de Sherbrooke depuis le 4 septembre 1984 (au fédéral d’abord, au provincial ensuite). Ce n’était pas assez. C’était 2871 voix de moins que son adversaire péquiste Serge Cardin, ce qui lui a fait perdre ce bastion libéral au terme de l’élection de mardi. M. Charest a récolté 34,60 % des voix, contre 42,42 % pour l’ancien bloquiste Serge Cardin.
Mardi, alors que nous vivions un moment très fort de notre démocratie, le Québec a été frappé en plein coeur. Un geste de folie que rien ne justifie et que rien n’explique. Aujourd’hui, mes premiers mots sont pour offrir aux familles des victimes nos plus sincères condoléances.
[…] Il y a une leçon à tirer de cet épisode-là de notre histoire : alors que nous vivions un des moments les plus forts de notre vie démocratique, nous avons été témoins d’un événement qui nous rappelle la fragilité de nos vies.
Page d’histoire
Vous le savez déjà, mais je tiens à vous le redire, j’aime profondément le Québec. Je crois en nos valeurs, je crois en notre nation, dans ses rêves, dans ses élans, autant que dans ses tiraillements et ses entêtements. […]
Hier, les Québécois se sont exprimés. Ils ont élu un gouvernement du Parti québécois tout en accordant un fort appui au Parti libéral du Québec.
Ils ont écrit une page d’histoire en élisant pour la première fois une femme au poste de première ministre. Ils ont fait preuve de prudence en plaçant le gouvernement dans un cadre de cohabitation. Je souhaite au gouvernement de Mme Marois le succès que le Québec peut espérer en formulant aussi le voeu que les partis représentés à l’Assemblée nationale sachent emprunter le chemin de la coopération. À l’heure où l’économie mondiale est menaçante, les leaders politiques du Québec partagent la responsabilité de conduire le Québec avec fermeté et sagesse. […]
Une décision unanime
La grande famille québécoise s’est réunie hier, le 4 septembre, pour choisir un gouvernement. Et dans la foulée de cette décision, ma famille immédiate s’est également réunie pour une consultation sur notre avenir.
Je vous annonce une décision unanime. Je quitterai mes fonctions de chef du Parti libéral du Québec dans quelques jours, dès que le prochain gouvernement sera formé.
Après 28 ans de service public, le temps est venu pour moi et ma famille de faire un nouveau pas, de tourner une page. Jamais la vie ne m’aura fait plus grand honneur que celui d’agir d’abord à titre de député du comté de Sherbrooke, ce qui a rendu possible pour moi de devenir premier ministre du Québec.
J’ai aimé chaque jour que j’ai passé à occuper mes fonctions, incluant les jours les plus difficiles. Pendant plus de neuf ans, j’aurai brûlé d’un feu constant et j’aurai bataillé pour le succès du Québec. Je l’aurai fait dans le respect de mes convictions. Je n’ai pas tout réussi. Il n’est pas un jour où les décisions que j’ai prises n’ont eu d’autre motivation que l’intérêt supérieur du Québec.
J’annonce mon départ sans aucun regret. Les résultats que nous avons obtenus [mardi] ne sont pas à la hauteur de ce que nous aurions souhaité. Néanmoins, nous avons fait une forte campagne, basée sur des idées, et nous l’avons faite dans le respect. Nous avons fait mentir les analystes et… devinez qui ? Les sondeurs. Ah, les sondeurs ! En terminant à moins de 1 % de nos principaux adversaires.
Nos accomplissements
[…] Je suis fier de ce que nous avons réalisé pour les familles québécoises, en particulier pour les familles, parce qu’en agissant pour les familles, ce sont les femmes qui ont pu faire le choix de travailler, nous avons réduit la pauvreté, nous avons permis aux familles de faire davantage le choix d’avoir des enfants. Dans le domaine de la santé, nous avons fait des progrès importants, dans le domaine de l’éducation, nous avons également réussi à réduire le taux de décrochage scolaire, à encourager davantage nos jeunes à fréquenter l’école.
Je suis fier de ce que notre gouvernement a fait pour faire avancer la cause des femmes en donnant au Québec son premier gouvernement paritaire et en assurant la représentation des femmes sur les conseils d’administration des sociétés d’État. Nous avons fait la démonstration qu’aucun sommet ne sera trop haut pour les jeunes femmes du Québec. […]
Confiance des électeurs
Comme père de famille qui sera aussi bientôt grand-père, comme si la vie m’envoyait un signal, je veux dire aux miens qu’ils ont été une grande source d’inspiration. Sans mon épouse Michelle, je n’aurais jamais été premier ministre du Québec. Et ils m’ont accompagné dans tout ce que j’ai fait avec beaucoup d’amour et de patience.
Je dis à tous les Québécois un grand merci du fond du coeur, vous êtes merveilleux. Les plus grandes choses et les plus grands rêves vous sont accessibles. Nous allons continuer à défier toutes les tendances et à réaliser les plus belles choses ensemble. Parce que nous sommes nous, les Québécois, un peuple de rêveurs, mais un peuple de bâtisseurs.
Je rentre maintenant à la maison et je vous remercie de ce privilège de m’avoir permis d’être votre premier ministre.








