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Une défaite aux allures de victoire morale

Jean Charest est battu, mais le PLQ formera l’opposition officielle

5 septembre 2012 | Antoine Robitaille | Québec
Des manifestants venus accueillir Jean Charest à Laval, mardi.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Des manifestants venus accueillir Jean Charest à Laval, mardi.

Évoquant du « travail à terminer » et « d’autres rendez-vous » à venir, Jean Charest n’a pas donné de signe qu’il souhaitait quitter la vie politique hier, bien que son gouvernement ait été chassé du pouvoir et qu’il ait été battu dans sa propre circonscription, Sherbrooke. Au contraire, lorsqu’il a pris la parole vers 23 h 15, la voix éraillée, il a fait l’éloge du Parti libéral, de ses « valeurs », du fait qu’il est « enraciné dans le présent » comme il le sera « dans l’avenir ». Semblant rassuré par les résultats, il a souligné que le PLQ n’avait perdu que par 1 % du vote populaire, qu’il avait des élus dans « chaque région du Québec » et a félicité ses militants « qui ont une fois encore ce soir fait mentir les sondages ». Même s’il n’aura plus de siège à l’Assemblée nationale, il a promis que le PLQ travaillerait en cohabitation avec le gouvernement péquiste minoritaire.


Bien qu’elle soit moins sévère que les pires scénarios évoqués, la défaite du Parti libéral s’avère tout de même historique puisque, avec quelque 31 % des voix, il obtient le pire score de ses 145 ans d’histoire, descendant sous le plancher historique de 33,1 % des voix, obtenu en 2007. Mais il demeure l’opposition officielle grâce aux 48 sièges obtenus (au moment de mettre sous presse), ce que plusieurs sondeurs et analystes n’avaient pas prévu.


Au Centre des congrès de Sherbrooke, la soirée avait commencé dans l’espoir pour les quelques militants présents (tout au plus une vingtaine) puisque, vers 20 h 30, les premiers résultats, teintés par les bureaux de vote par anticipation (une spécialité libérale), avaient placé jusqu’à six libéraux en tête. « Je vous l’avais dit qu’on allait faire mieux que ce que [la firme de sondage] Léger disait », se réjouissait un attaché de presse libéral. Mais l’atmosphère s’est considérablement refroidie à 20 h 42, alors que CTV annonçait une victoire péquiste. Pis encore, lorsque, à 20 h 49, TVA annonçait la formation d’un gouvernement du PQ. Vers 22 h, les libéraux ont rompu l’atmosphère mortuaire en applaudissant à l’annonce réitérée par Radio-Canada que le gouvernement de Pauline Marois serait minoritaire.


Au moins quatre ministres ont mordu la poussière : Alain Paquet (Laval-des-Rapides), Pierre Corbeil (Abitibi-Ouest), Serge Simard (Dubuc) et Clément Gignac (Marguerite-Bourgeoys). L’ancien ministre Henri-François Gautrin a perdu sa circonscription de Verdun, qu’il détenait depuis 1989.


Les libéraux se consolaient en soulignant qu’un grand nombre de ministres du gouvernement ont réussi à conserver leur siège : les détenteurs des portefeuilles de la Santé, Yves Bolduc (Jean-Talon), des Finances, Raymond Bachand (Outremont), de la Justice, Jean-Marc Fournier (Saint-Laurent), des Transports, Julie Boulet (Laviolette), de la Famille, Yolande James (Nelligan), de la Culture, Christine St-Pierre (Acadie), du Travail, Lise Thériault (Anjou), du développement économique, Sam Hamad (Louis-Hébert), des aînés, Marguerite Blais (Saint-Henri -Sainte-Anne), de l’Environnement, Pierre Arcand (Mont-Royal). Ils siégeront désormais dans l’opposition.


D’autres personnages clés du Parti libéral seront aussi de retour au Salon bleu. Le président de l’Assemblée nationale, le libéral Jacques Chagnon, et l’ancien ministre Pierre Paradis (Brome-Missisquoi), Pierre Reid (Orford), Jean-Paul Diamond (Maskinongé). Le PLQ n’a pas réussi à reprendre le bastion d’Argenteuil, perdu au mois de juin.


Jean Charest n’avait jamais joui d’une grande majorité dans sa circonscription. En 1998, il l’avait emporté par une mince marge de 907 votes devant la candidate péquiste Marie Malavoy. En 2003, sa majorité avait été plus confortable, à 2597 voix. Quatre ans plus tard, il avait presque été battu et Radio-Canada l’avait même déclaré tel pendant une heure, ce qui avait suscité l’ire des libéraux. Malgré la vague adéquiste, M. Charest avait dégagé une majorité de 1332 voix. L’élection de 2008 l’avait pratiquement ramené à son score de 2003, où il avait obtenu 2314 votes de plus que son plus proche adversaire.


 
 
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