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La parole aux électeurs - Charest : l’obsession de la «question de l’urne»

4 septembre 2012 | Antoine Robitaille | Québec
Jean Charest signant des autographes à l’occasion d’une cérémonie marquant le lancement symbolique des travaux du nouvel amphithéâtre, hier, à Québec.
Photo : La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Jean Charest signant des autographes à l’occasion d’une cérémonie marquant le lancement symbolique des travaux du nouvel amphithéâtre, hier, à Québec.
Québec - L’autre phénomène non prévu fut l’intérêt de voix fortes de la communauté anglophone pour la Coalition avenir Québec. Les sorties de l’ancien chef et fondateur du défunt Parti Égalité, Robert Libman, et du milliardaire Stephen Jarislowsky firent mouche. Rapidement, les sondages indiquèrent un certain effet dans l’opinion publique. Pour désamorcer le plus rapidement possible celui-ci, Jean Charest entama très tôt, peu avant les débats, sa rhétorique du vote stratégique : « Un vote pour la CAQ est un vote pour le PQ. »

Retour à la « question de l’urne » : voilà comment on peut qualifier la fin de campagne de Jean Charest. Cette question - choisir entre les « perturbations du PQ » et la « stabilité économique libérale » -, qu’il avait martelée dès sa première conférence de presse du déclenchement des élections, avait vite semblé caduque. La raison : l’irruption de Jacques Duchesneau dans la campagne. L’ex-policier se portait candidat pour la Coalition avenir Québec. Cette CAQ que les « vieux partis » prenaient presque pour absente de cette campagne, une sorte d’ADQ 2.0 qui s’écraserait comme la précédente en 2003 et en 2008, selon ce qu’avaient indiqué les sondages.


Autre inconvénient : avec Duchesneau, le thème de la corruption revenait à l’avant-plan. Le thème libéral préféré, celui du conflit étudiant - sur lequel la « question de l’urne » (QdU) était bâtie - se trouvait soudain occulté. Or, la corruption renvoyait non seulement aux manquements éthiques (réels ou fantasmés) du gouvernement Charest, mais aussi au thème de l’« usure » des neuf ans de pouvoir. Jean Charest évita d’ailleurs autant que possible de parler de ces « neuf ans », se concentrant toujours, autant que possible, sur le mandat obtenu en 2008.


Le début de campagne s’avéra donc très différent de ce qui avait été scénarisé dans les arcanes libéraux. Le Parti québécois n’était plus l’unique adversaire. La CAQ était bien là - non seulement avec Duchesneau, mais aussi avec Gaétan Barrette - et risquait de déclencher en sa faveur un de ces tsunamis électoraux imprévisibles, comme en 2007 au Québec et en 2011 au niveau fédéral.


Plusieurs des premiers coups d’éclat planifiés par les libéraux tombèrent finalement à plat. L’effet Duchesneau masqua en effet l’annonce de la candidature d’un trio de policiers pour le PLQ : le candidat-vedette Robert Poëti (Marguerite-Bourgeoys), ex-relationniste de la Sûreté du Québec ; l’ancien « agent de la paix » de Laval Jean Rousselle (Vimont) qui allait rejoindre le déjà député Guy Ouellette (Chomedey), autrefois de la SQ. L’annonce d’un autre candidat-vedette, Gilles Ouimet, avocat et ancien bâtonnier, fut aussi pratiquement éclipsée. Autre difficulté : l’annonce économique cardinale, « bourassienne », de la campagne de Jean Charest, la création de 250 000 emplois en cinq ans, fut accueillie avec perplexité. Certains l’ont qualifiée de peu ambitieuse. D’autres, d’équivalente à ce qui devrait de toute façon se créer dans les prochaines cinq années, selon l’Institut de la statistique du Québec.


Rompu à l’exercice des débats, Jean Charest traversa l’exercice avec aisance et pugnacité (parfois même excessive) sans toutefois réussir à terrasser quelque adversaire que ce soit. Sa « question de l’urne », qu’il répéta inlassablement, parut nettement insuffisante face à des adversaires qui l’amenaient sur d’autres terrains.


Cette fameuse « question » aurait pu être relancée par une rentrée scolaire profondément troublée par « l’intimidation et la violence ». Or, ni la grande manifestation du 22 août ni les troubles à l’Université de Montréal et à l’UQAM ne donnèrent à Jean Charest l’occasion de marquer des points.


Toutefois, le débat Marois-Legault lui permet de ramener à l’avant-plan un des aspects de la fameuse « QdU » : la menace d’un référendum ! Le lendemain du face-à-face, avec humour, le chef libéral s’en déclare le « grand gagnant » !


Mais sans doute inquiet de ses scores faibles chez les francophones, Jean Charest répond, dans l’entrevue éditoriale au Devoir, qu’il serait prêt à amener la loi 101 plus loin ; qu’il réclamerait son application aux institutions, organismes et entreprises à charte fédérale. Quelques jours après l’entrevue, il confirme ses intentions et ajoute qu’il compte même entamer des négociations avec Ottawa. La communauté anglophone désapprouve. Proche de la CAQ, l’ancienne députée libérale fédérale Marlene Jennings le lui reproche. Il recule, se rétracte : pas question de modifier la loi 101 ni la loi sur les langues officielles.


Inquiet de la montée de la CAQ à Montréal et à Québec, il mettra beaucoup l’accent sur ces deux grands centres en fin de parcours. Mais pour être plus à l’aise d’accuser la CAQ de « négliger les régions », il effectue une tournée à vive allure sur la Côte-Nord, en Gaspésie et aux îles de la Madeleine.


C’est à Québec que Jean Charest termine sa campagne (et peut-être sa dernière campagne électorale comme chef du PLQ). En reprenant sa fameuse « question de l’urne » afin de convaincre les habitants de la capitale - où les sondages le placent derrière la CAQ - que leur flirt avec François Legault risque d’aider le PQ.


« La ville de Québec va faire la différence dans l’élection actuelle », déclare-t-il. Sans doute en croisant les doigts pour que ce parti qu’il dirige depuis le siècle dernier (1998) n’aboutisse pas en troisième place pour la première fois depuis sa fondation, il y a 145 ans.     

 

Jean Charest signant des autographes à l’occasion d’une cérémonie marquant le lancement symbolique des travaux du nouvel amphithéâtre, hier, à Québec. <div>
	Jean Charest a mis l’accent sur les grands centres en fin de parcours.</div>
 
 
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