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Marois en terrain hostile

3 septembre 2012 16h04 | Robert Dutrisac | Québec
Québec — Pauline Marois s’est aventurée en terrain hostile lundi en prenant un bain de foule parmi les milliers de personnes amassées à la manifestation «J’ai ma pelle» qui marque la première pelletée de terre symbolique de l’amphithéâtre de Québec. Sa visite a tourné court après que des «Canada, Canada, Canada», scandés par des jeunes, et les huées ont commencé à fuser à son passage. La chef péquiste, et les gardes du corps qui l’accompagnaient, ont décidé qu’elle regagnait son autocar.

Le bain de foule avait pourtant commencé dans le calme et elle a pu serrer quelques mains. Mais plus elle avançait dans la foule compacte de partisans de laNordiques Nation» (prononcez à l’anglaise) — un mouvement promu par la Radio X - plus la situation se détériorait.
 
Cette dernière journée de la campagne avant l’élection, Pauline Marois a décidé à la consacrer à la région de Québec où le Parti québécois est confiné à la troisième place dans les sondages. La député sortante de Taschereau, Agnès Maltais, serait toutefois en avance, selon un sondage effectué par Segma Recherche et publié dans le quotidien Le Soleil. Un autre candidat, Pierre Châteauvert, dans Jean-Lesage, qui s’appuie sur un sondage interne réalisé il y a trois semaines, croit en ses chances. Ailleurs, les courses à trois pourraient créer des surprises, espèrent les péquistes.
 
En point de presse, Pauline Marois ne s’expliquait pas les difficultés que le PQ éprouve dans la capitale, d’autant plus les gouvernements péquistes ont appuyé « la renaissance de Québec ». Elle-même, à titre de ministre de l’Éducation, a contribué à l’essor de la basse-ville de Québec, en faisant du quartier Saint-Roch le siège d’établissements universitaires, a-t-elle mentionné. « Nous avons été un atout pour faire en sorte que la capitale nationale devienne le joyau que nous connaissons aujourd’hui. »
 
Position controversée

C’est Agnès Maltais qui présenté le projet de loi 204 qui permettait à la Ville de Québec de déroger aux règles habituelles pour la construction de l’amphithéâtre. Cette position, dont on peut douter qu’elle a renforcé les appuis du parti à Québec, a engendré au sein de sa députation une crise qui a failli emporter le leadership de Pauline Marois. «Nous avons agi selon nos convictions. Nous avons été cohérents avec ce que nous sommes même si ça nous a coûté cher», a-t-elle dit.
 
La chef péquiste a aussi reconnu que sous sa gouverne, le PQ s’est positionné plus à gauche, ce qui correspond à ses convictions. «On peut être progressiste et avoir des politiques plus à gauche mais être très responsable et très rigoureux. Et c’est ce que nous avons été dans le passé et c’est ce que nous serons demain matin», a-t-elle fait valoir.
 
Une fois encore, Pauline Marois a plaidé pour que le PQ forme un gouvernement majoritaire. Et même si le parti ne récoltait que le tiers des voix mardi, on ne pourra pas contester sa légitimité. «Nous sommes dans un système multipartite. Normalement, le système parlementaire britannique, c’est le bipartisme qui prévaut; ce n’est pas le cas maintenant. À partir du moment où j’ai un mandat de la population avec une élection de candidats d’un gouvernement majoritaire, […] je suis, je crois, légitimée parce que les propositions que j’ai faites, les engagements que j’ai pris, ils sont très clairs.

Dans son discours qui a précédé la pelletée de terre symbolique, le maire Régis Labeaume a remercié le premier ministre Charest d'avoir «sorti son chéquier» afin de payer l'amphithéâtre. Puis il a salué Pauline Marois pour avoir défendu la loi 204 (laquelle «bétonnait» l'entente entre Québécor de la ville de Québec), s'excusant pour le «trouble» que cela avait causé à la chef péquiste. À l'évocation du nom de cette dernière, plusieurs personnes ont alors lancé des hués. Le maire Labeaume les a alors enjoint à cesser, leur demandant de se montrer respectueux. Mme Marois était absente lors de la pelletée de terre alors que Jean Charest y a participé.

Avec Antoine Robitaille
 
Le Devoir
 
 
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