Faillites - Legault défend ses candidats
Le PQ et le PLQ ont aussi des candidats ayant déjà fait faillite
Trois-Rivières et Bécancour — François Legault n'était pas au courant que 11 de ses candidats ont fait des faillites personnelles dans le passé, mais il assure que son équipe l'était et avait jugé la situation correcte. Il accuse par ailleurs le Parti québécois d'être derrière les révélations qui ont touché sa campagne hier.
Un tract anonyme circulant depuis samedi soir sur le réseau Twitter a dévoilé que 14 candidats de la Coalition avenir Québec (CAQ) ont déjà fait faillite. Le document vient d'un pseudonyme (@PoutinePierre) dont le compte est très critique envers la Coalition avenir Québec et le Parti libéral.
Dimanche, des documents officiels relatifs à ces faillites ont été mis en ligne. La liste comprend les candidats Richard Savoie, Christian Lévesque, Denis Leftakis, Marielle Potvin, François Lagacé, Mike Halloran, Jean-François Gagné, Stéphane Le Bouyonnec (dans le dossier Metaforia, où la Société générale de Financement avait perdu 12 millions), Martin Caron, Christian Gauthier, Philippe Boileau, Guy Boutin, Jean-Paul Carrier et Alain Hamel.
La plus vieille faillite date de 1988, et la plus récente de 2011. Cette dernière — enregistrée au nom de Jean-Paul Carrier — est la seule à être toujours active. Il s'agirait selon la CAQ d'un solde de carte de crédit pour lequel sa proposition de créance a été acceptée. Pour les 13 autres, une «date de libération du syndic» apparaît sur les documents.
Les données proviennent du Bureau du surintendant des faillites du Canada (BSFC). Pour savoir si quelqu'un a fait faillite, il faut consulter le Registre des dossiers de faillite et d'insolvabilité du BSFC. Chaque recherche coûte 8 $ pour le public. C'est donc dire que la recherche effectuée autour des candidats de la CAQ a pu coûter jusqu'à 1000 $.
À l'aise avec la situation
En matinée, François Legault avait reconnu que certains de ses candidats ont fait faillite dans le passé. «Je ne confirme pas qu'il y en a 14», a-t-il toutefois affirmé à Bécancour. «Je ne pense pas qu'on a à dire publiquement les noms de ces personnes, étant donné qu'elles ont été réhabilitées».
Quelques heures plus tard, à l'Épiphanie, M. Legault a confirmé qu'il y avait finalement bel et bien 14 candidats concernés. «Je faisais allusion [ce matin] à ceux qui ont fait faillite dans des entreprises, a-t-il justifié. Je connaissais trois candidats [dans cette situation]. Les autres, ce sont des faillites personnelles, je n'étais pas au courant.»
François Legault a précisé que la directrice de la campagne de la CAQ connaissait ces informations — la CAQ a dit en début de campagne avoir fait enquête sur tous ses candidats. «Elle le savait mais ne m'a pas mis au courant. Mais je suis d'accord avec sa décision d'accepter des gens qui ont été réhabilités [dont le dossier de faillite est clos]. Ce sont des gens qui ont pu avoir des problèmes de divorce qui ont pu créer des faillites», a suggéré le chef de la CAQ.
«Quand un entrepreneur prend des risques en affaires, parfois c'est positif, parfois c'est négatif. [...] Moi je vis très bien avec ça.»
Quant à savoir de qui vient la fuite, M. Legault n'a pas de doute: c'est le Parti québécois. Sur Twitter, il s'est demandé «après les faillites, que nous réserve le PQ comme salissage avant le vote?». En point de presse, il a fait remarquer que c'est une histoire «qui a été spinnée beaucoup par Stéphane Gobeil [un conseiller de Mme Marois] et compagnie».
Ces révélations sur des candidats ayant fait faillite surviennent dans un contexte où M. Legault vante sans relâche la qualité de l'équipe entrepreneuriale de la CAQ depuis le début de la campagne. La promotion de l'entrepreneuriat est au coeur du programme de la CAQ — et le parti compte la plus forte proportion de gens d'affaires parmi ses candidats (49 sur 125).
Les autres?
À ce jour, de telles enquêtes n'ont pas été menées auprès des candidats du PQ et du PLQ. Interrogée sur la question dimanche midi, Pauline Marois a toutefois indiqué que «quatre ou cinq» des 125 candidats du PQ ont fait faillite dans le passé. Jean Charest a de son côté affirmé qu'il y en a moins que 14 au sein du PLQ.
Sekib Mme Marois, «ça ne devrait pas disqualifier les personnes en cause, parce qu'on peut parfois dans la vie vivre un événement comme celui-là. Mais par contre, quand on se présente comme un bon gestionnaire comme M. Legault le fait, je pense qu'il pourrait se garder une petite gêne». M. Charest a tenu des propos semblables.
Référendum
François Legault a par ailleurs défendu dimanche sa stratégie de fin de campagne de marteler sans cesse que l'élection du Parti québécois signifierait la tenue d'un troisième référendum (lire le compte-rendu du Devoir ici http://www.ledevoir.com/politique/elections-2012/358340/legault-denonce-le-ministre-du-referendum). Lui qui soutient que les Québécois ne veulent pas entendre parler d'un référendum y fait maintenant constamment référence.
«Les Québécois doivent voter en connaissant tous les faits et tout ce qui les attend, a-t-il expliqué dimanche. C'est certain qu'avec Mme Marois au pouvoir, il y aurait un référendum [à cause de la présence dans le programme du PQ des référendums d'initiative populaire]. C'est important que les Québécois le sachent, même si Mme Marois essaie de la cacher.»
M. Legault estime tout de même avoir «fait une campagne sur les idées». Et il soutient que de parler du référendum ne revient pas à aborder le dossier constitutionnel, qu'il s'est promis de mettre de côté pour 10 ans. «Ce dont j'ai parlé [dans les derniers jours], c'est du référendum et du fait que Mme Marois a donné le contrôle de la date du référendum à des radicaux. Je n'ai pas parlé des avantages ou désavantages du fédéralisme ou de la souveraineté.»
Sondage
Autrement, François Legault s'est montré à la fois encouragé et agacé des résultats d'un sondage Léger Marketing-QMI publié dimanche. Très semblable au sondage Crop de vendredi, le Léger donne 33 % d'appuis au PQ, 28 % à la CAQ et 27 % aux libéraux.
D'une part, M. Legault estime qu'avec 18 % d'appuis chez les francophones, les libéraux ne sont plus dans la course. «Aucun analyste ne va me convaincre que le PLQ peut finir autrement que troisième».
Mais le chef de la CAQ refuse de considérer les autres résultats du sondage — notamment le fait que les appuis de son parti stagnent depuis une semaine. «Il faut être prudent avec les sondages de Jean-Marc Léger. On a vu qu'ils déjà menti dans d'autres élections», a-t-il dit.
M. Legault a parcouru dimanche Trois-Rivières, Bécancour, L'Assomption, Laval et Lavaltrie, multipliant les bains de foule.
Avec Robert Dutrisac et Antoine Robitaille
Le Devoir








