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Pauline Marois au Devoir - Pour un gouvernement des différences

Le PQ garderait les deux pieds ancrés dans le Conseil de la fédération

1 septembre 2012 | Kathleen Lévesque | Québec
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	«Je veux développer une vision qui permettrait de mieux intégrer la participation citoyenne et ainsi écouter ce que les régions, la métropole et la Capitale nationale ont à dire afin d’adapter les programmes gouvernementaux», dit Pauline Marois.</div>
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
«Je veux développer une vision qui permettrait de mieux intégrer la participation citoyenne et ainsi écouter ce que les régions, la métropole et la Capitale nationale ont à dire afin d’adapter les programmes gouvernementaux», dit Pauline Marois.
Un éventuel gouvernement du Parti québécois nommerait un ministre de la Gouvernance démocratique afin d’instaurer des élections à date fixe, de mettre en place la mécanique des référendums d’initiative populaire et, surtout, de stopper le mur-à-mur dans les politiques gouvernementales en les adaptant aux différences régionales.

En entrevue avec l’équipe éditoriale du Devoir, la chef Pauline Marois a dit souhaiter que les citoyens aient un impact plus direct sur la gestion des choses de l’État si elle est élue mardi prochain. Elle a donc donné certaines indications à son comité de transition afin de mettre la machine gouvernementale à l’écoute de la population, au lendemain d’une victoire péquiste. Le poste de ministre de la Gouvernance démocratique en serait la porte d’entrée.


« Je veux développer une vision qui permettrait de mieux intégrer la participation citoyenne et ainsi écouter ce que les régions, la métropole et la Capitale nationale ont à dire afin d’adapter les programmes gouvernementaux. Une de mes grandes préoccupations, c’est que l’État n’agisse pas en appliquant les mêmes politiques de la même façon, partout à travers le Québec », a affirmé Pauline Marois.


Celui ou celle qui hériterait de ce nouveau mandat devrait tenir compte des points de vue exprimés aux quatre coins du Québec lorsque le gouvernement propose une nouvelle politique, établit des règles, instaure des programmes ou offre un service. Le modèle reste à préciser. Mais il est clair pour la chef péquiste que la voie du partenariat pourra être empruntée pour la gestion des services, leur organisation et leur prestation. Les milieux économique, communautaire (organismes à but non lucratif) et institutionnel (municipalités, MRC) pourraient être sollicités.


« Évidemment, notre objectif est que tout cela reste équitable et que chacun puisse avoir accès à la même qualité de services », a précisé Pauline Marois.

 

Réforme des institutions


La réforme des institutions relèvera également de ce nouveau portefeuille ministériel. Au cours de la campagne électorale, le PQ s’est engagé à mettre fin au pouvoir absolu du premier ministre de déclencher des élections quand bon lui semble et, donc, à instaurer des élections à date fixe. La responsabilité de la Gouvernance démocratique entraînera également des modifications au financement le financement des partis politiques. L’État prendrait le relais des électeurs, qui ne pourraient plus verser plus de 100 $ à une caisse électorale.


Des changements au mode de scrutin ne sont toutefois pas dans la mire de Pauline Marois. Malgré la grogne dans la population devant les écueils du système uninominal à un tour qui entraîne les débats autour du vote stratégique, le PQ se limite à proposer que le Directeur général des élections analyse la situation. « On se réengagera dans une réflexion », s’est bornée à dire la chef péquiste.


Les référendums d’initiative populaire seront également sous la responsabilité d’un éventuel ministre de la Gouvernance démocratique.


Ce poste ministériel s’apparente à ce qui a été fait sous le gouvernement de Bernard Landry. Des consultations populaires avaient alors été menées, suivies d’États généraux sur la réforme des institutions démocratiques, mais le tout était resté lettre morte. Même le Parti québécois n’avait pas cru bon de déposer de mémoire. À l’inverse, l’Action démocratique du Québec avait été particulièrement dynamique dans ce dossier.


Concernant la participation citoyenne, Mme Marois a indiqué que des forums de consultation populaire pourraient être créés. La structure, qui reste à définir, pourrait notamment être utile lors de la préparation de projets de loi. « On a parfois l’impression que c’est un peu frustrant qu’il y ait seulement en commission parlementaire où l’on peut donner son point de vue », a commenté la chef péquiste.

 

Accession à la souveraineté


Pauline Marois a précisé, par ailleurs, que ce poste ne peut pas être assimilé à la promotion de la souveraineté. Elle entend conserver « la main haute sur cette question ». « Je ne crois pas que je puisse me départir de cette responsabilité. Mais on peut imaginer un ministre délégué qui aurait les responsabilités de la souveraineté et des affaires intergouvernementales canadiennes, puisque les deux se conjuguent », a-t-elle expliqué.


Cette dernière s’est bien défendue de souffler le chaud et le froid sur la question de la souveraineté. La chef du Parti québécois prévoit réclamer rapidement d’Ottawa le transfert de certains pouvoirs, si elle devient première ministre. Entre-temps, son ministre délégué devra préparer « l’appui à la souveraineté », a-t-elle souligné au Devoir.


Il n’est toutefois pas question d’adopter une attitude de confrontation face au gouvernement de Stephen Harper, a affirmé Marois lors de son passage, vendredi, en Outaouais. Aux journalistes qui la suivent jour après jour, elle a justifié ses éventuelles revendications, notamment pour rapatrier le programme d’assurance-emploi. « D’ici à ce que nous choisissions de devenir souverains, je crois que le Québec doit progresser, doit avancer », a-t-elle dit, ajoutant qu’elle serait « polie » mais « ferme ».


Mme Marois garderait toutefois les deux pieds ancrés dans le Conseil de la fédération, symbole pourtant honni des troupes souverainistes. Un gouvernement du Parti québécois continuerait de jouer un rôle dans la structure de renforcement de la fédération canadienne mise en place par Jean Charest. « On ne pratiquera jamais la politique de la chaise vide », a-t-elle déclaré.


Au moment de la création du Conseil de la fédération, en 2003, quelques mois après l’accession au pouvoir des libéraux, le Parti québécois jugeait sévèrement l’initiative, y voyant une façon de ramener le Québec au même rang que les autres provinces et, surtout, de l’intégrer dans la dynamique canadienne. De fait, le Conseil de la fédération, qui regroupe les 13 premiers ministres des provinces et territoires canadiens, vise « l’édification d’un régime fédéral plus constructif et coopératif ».


Bien que Mme Marois se montre critique à l’endroit de cette structure, « un instrument qui n’a donné aucun résultat », elle entend y participer, perpétuant ainsi la façon de faire adoptée par ses prédécesseurs péquistes face aux voisins provinciaux. « Je m’en suis payé en maudit des rencontres fédérales-provinciales et interprovinciales quand j’étais ministre », a-t-elle rappelé avant d’insister sur sa volonté d’avoir des relations directes avec le premier ministre du Canada.

 

Comprendre les messages


Dans la perspective de l’élection de Mme Marois, le président de la Caisse de dépôt et placement, Michael Sabia, devra épouser les orientations d’un éventuel gouvernement souverainiste. La chef péquiste a toutefois précisé qu’il n’y aurait pas d’interventions dans des dossiers spécifiques. « Ce sera clair sur ce que nous voulons faire. Je verrai avec M. Sabia s’il est confortable avec nos orientations. […] Derrière des portes closes, je poserai un certain nombre de questions », a-t-elle affirmé.


Lors du référendum de 1995, la Caisse de dépôt et placement avait été impliquée dans la préparation d’une éventuelle victoire en s’assurant qu’il n’y aurait pas de perturbations sur les marchés.


Mme Marois a également indiqué qu’elle évaluera la situation Hydro-Québec, y compris sa haute direction. « Je ne veux pas faire de chasse aux sorcières. Et je ne pense pas qu’en arrivant au gouvernement, on doit mettre tout le monde dehors. Mais il y a des règles claires qui seront établies. Je saurai prendre mes décisions. J’imagine que les chefs de ces sociétés d’État comprendront les messages et que nous serons capables de cheminer ensemble », a-t-elle tranché.

 
 
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