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Silence, on vote!

Jérémie Battaglia dépose sa caméra, son devoir de documentariste fait. Et bien fait !

1 septembre 2012 | Nancy Caouette | Québec
Jérémie Battaglia
Photo : Élizabeth Delage Jérémie Battaglia
LE POIDS D'UNE VOIX
30 électeurs
pour raconter
la démocratie



À trois jours des élections, Jérémie Battaglia, le documentariste derrière l’essai interactif Le poids d’une voix : 30 électeurs pour raconter la démocratie réalisé en collaboration avec l’ONF et publié sur le site du Devoir, pose sa caméra après avoir exploré le Québec aux quatre vents.


Le cinéaste et photographe d’origine française a tracé, en parcourant plus de 3600 km en solitaire, le portrait de 30 électeurs qui, par leurs engagements, leurs valeurs et leurs convictions, témoignent de la diversité identitaire de la société québécoise.


« Je me suis rendu compte que la géographie du pays influence la façon dont les gens se sentent intégrés dans la société. Les gens du nord du Québec ont l’impression que l’on ne parle jamais d’eux et se sentent parfois isolés », constate-t-il.


Celui qui a réalisé des portraits similaires d’électeurs lors des récentes élections présidentielles, en France, voit émerger une constante forte au fil des rencontres qu’il a faites aux quatre coins du Québec : les citoyens souhaitent que leur voix soit mieux entendue et comprise par les élus.


« Même si les réalités que vivent les électeurs sont parfois très différentes, ils portent tous en eux un désir de changement. Ils veulent être mieux représentés et mieux informés par rapport aux enjeux qui les concernent », soutient le documentariste.


Selon le responsable des productions interactives à l’Office national du Film (ONF) Hugues Sweeney, l’oeuvre de Jérémie Battaglia tombait à point nommé au Québec, alors que les élections se déroulent dans le sillage du printemps érable, qui a soulevé plusieurs questions sur l’exercice d’une démocratie par-delà les allégeances politiques et les scrutins tous les quatre ans.


« On s’est bien rendu compte, avec les manifestations étudiantes, qu’il y avait quelque chose qui bouillait sous le couvercle de la marmite au Québec. En sortant du cadre traditionnel de la campagne électorale, on a pu savoir dans quel esprit les gens allaient aller voter le 4 septembre et s’ils sentaient, tout comme ces étudiants, qu’un changement devait s’opérer dans notre démocratie. Avec les portraits, on découvre ce que représente au quotidien, pour un électeur, l’exercice de la démocratie », dit-il.


Le Devoir vous présente, en quelques lignes, quatre des 30 portraits d’électeurs de l’oeuvre interactive de Jérémie Battaglia. Par leur vécu, leurs actions et leurs valeurs, ces électeurs témoignent de la pluralité de sens que revêt le mot « démocratie » pour un Québécois.


***
 

Salade pour salade…

Evan, 23 ans, de Berthierville
 

Une maxime guide les actions quotidiennes d’Evan : Acheter, c’est voter. Pour l’électeur de 23 ans, marquer d’une croix un bulletin de vote constitue la fin d’une série de choix que l’on doit poser et assumer tous les jours.
 

« La démocratie se vit au quotidien par des choix et par une sélection d’informations que l’on fait au quotidien, juge-t-il. Pour moi, le vote, c’est la matérialisation de tout ce que je fais. Je vote pour une orientation que je veux donner à mon Québec. »
 

L’étudiant en gestion des coopératives exerce d’abord et avant tout sa démocratie dans sa manière de consommer. La discussion qu’il entretient, tant au travail qu’avec ses amis et à l’épicerie, constitue, à ses yeux, un autre pan important de son action démocratique au quotidien.


« En m’investissant dans le milieu des coopératives, j’ai fait le choix d’articuler mes valeurs au quotidien, parce que je vais aider à développer des entreprises qui vont travailler pour le bien commun, pas simplement pour enrichir ou créer de la valeur. »
 

Optant pour ses valeurs plutôt que pour la stratégie, son vote à Berthierville ira à Québec solidaire.



***
 

Les leçons d’Haïti

Yolette, 74 ans, de Val-d’Or
 

Arrivée à Val-d’Or en 1969, Yolette, 74 ans, n’a jamais quitté depuis sa ville d’adoption. C’est en s’impliquant dans le syndicat de l’école où elle travaillait et en devenant, par la suite, conseillère municipale que cette féministe d’origine haïtienne a cultivé son engagement politique et social au Québec.
 

« Nous avons presque tous été élevés à exercer la démocratie en votant aux quatre ans au Canada et au Québec. La vie démocratique devrait nous accompagner et nous permettre de faire des choix tous les jours », juge-t-elle, enrobant ses mots d’un joli accent créole.
 

Aujourd’hui retraitée, Yolette a tiré plusieurs leçons démocratiques d’Haïti, son pays d’origine, qu’elle a quitté alors que Duvalier père était au pouvoir.
 

« C’est un pays où le peuple descend à la rue lorsqu’il se rend compte qu’il est laissé de côté, quitte à y mourir. Le jour où le peuple ne sera plus dans la rue, je n’aurai plus de pays, car c’est la rébellion qui le garde en vie », croit-elle.
 

Toujours fidèle aux engagements qu’elle a entretenus tout au long de sa vie auprès des femmes, elle votera pour la candidate du Parti québécois, Élizabeth Larouche, aux élections prochaines.

***
 

Quand on est du nord…

Fanny, 40 ans, de Lebel-sur-Quévillon
 

Frappée de plein fouet par la crise forestière qui lui a dérobé son emploi à Lebel-sur-Quévillon, Fanny est devenue, en 2008, préposée à l’entretien ménager dans un centre hospitalier. Le Plan Nord mis de l’avant par le gouvernement Charest est, selon l’électrice âgée de 40 ans, très important pour l’économie de sa région.
 

« Les gens disent beaucoup de choses sans trop savoir. Le Plan Nord, pour quelqu’un qui est dans une tour à bureaux à Montréal et le Plan Nord pour quelqu’un qui y vit depuis sa naissance, ça n’a pas du tout le même sens », juge-t-elle.
 

Celle qui votera dans la circonscription d’Ungava encourage ses enfants à voter et à exprimer, notamment autour de la table à manger, leurs opinions politiques tant par rapport à la crise étudiante qu’aux élections et au Plan Nord.


« En politique municipale, on se sent très écoutés et entendus. Par contre, au niveau provincial, ça fait trop longtemps qu’on est dans l’opposition, c’est assez, on veut être au pouvoir », tranche-t-elle. Le maire de sa ville se présentant « heureusement ou malheureusement » pour le Parti libéral, elle pourrait voter pour l’homme qu’elle connaît, mais reste encore indécise quant à son choix final.


***

À chacun son gouvernement
Kenneth, 64 ans, de Kahnawake

Kenneth, 64 ans, ne votera pas aux élections du 4 septembre. Pas plus qu’il ne vote aux élections fédérales. Secrétaire de la nation mohawk à Kahnawake, il juge inapproprié d’élire les représentants des citoyens du Québec et du Canada.
 
« Nous avons une relation nation à nation avec le gouvernement canadien, à laquelle nous croyons. Nous ne sommes pas contre le Québec ni contre le Canada, mais nous nous définissons seulement comme des Mohawks. Nous sommes un peuple distinct, avec notre propre histoire et notre propre constitution », explique-t-il.
 
De l’avis de Kenneth, la démocratie existait chez les Mohawks avant même que n’arrivent les premiers Européens. « Traditionnellement, nous cherchons toujours à nous entendre. Notre vision de la démocratie est en ce sens holistique », déclare le secrétaire.
 
La société mohawk est divisée en trois clans — les clans de l’Ours, du Loup et de la Tortue — qui cherchent toujours un consensus avant d’imposer une décision à l’ensemble de la population « Ici, nous enterrons les armes de guerre et nous utilisons plutôt les bons mots pour convaincre », soutient-il.
Jérémie Battaglia Evan Yolette Fanny Kenneth
 
 
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