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Médias - Vox pop

1 septembre 2012 | Stéphane Baillargeon | Québec

Le peuple va bientôt trancher. Oui, mais comment ? Aura-t-on un gouvernement majoritaire ou minoritaire ? Quel parti le dirigera ? Et si le PLQ s’effondre, dans quelle mesure ? Et quels scores atteindront Québec solidaire ou Option nationale ?


L’instabilité de l’électorat fait même germer des « votes stratégiques » dans certains comtés. Un bon tiers des électeurs serait discret ou indécis, ce qui ajoute au stress, au suspense, aux possibilités de surprises, comme celles produites récemment aux élections albertaines et fédérales. Qui peut se vanter d’avoir vu venir le tsunami orange et l’engloutissement du Bloc ?


Mais bon, chacun cherche encore à lire l’avenir électoral rapproché à la lumière des signes laissés dans les médias par la population. Les sondages offrent le meilleur outil de mesure, non pas de l’opinion publique, mais des intentions de vote. Comme le disait le père Gallup, géniteur de cette technique prolifique, il suffit de goûter une gorgée de vin pour évaluer toute la bouteille. Vendredi, La Presse prenait sa lampée. Aujourd’hui, Le Journal de Montréal porte la coupe aux lèvres.


La pratique a ses effets euphorisants. L’observation elle-même finit par teinter le jeu électoral. Toutes les enquêtes ne se valent pas, évidemment. On l’a à nouveau compris avec l’enquête automatisée de Forum Research, publiée dans le National Post il y a deux semaines, donnant les libéraux de Jean Charest en tête des favoris avec 35 % des électeurs acquis. Aberrant, en français comme en anglais. En plus, bonnes ou mauvaises, sérieuses ou pas, toutes les enquêtes renforcent l’impression d’assister à un concours de popularité de quelques « produits politiques » et « images de marque » auprès des électeurs-citoyens-consommateurs.


La prétention de sonder l’« opinion publique » devient beaucoup plus troublante avec les vox pop. La « voix du peuple » serait un antidote au cynisme ambiant par rapport à la politique. Elle permettrait aussi d’entendre la voix de ceux d’en bas, dans un langage non codé, une langue verte, par opposition à la langue de bois ou de coton des pros de la politique, y compris les journalistes, chroniqueurs et autres éditorialistes.


Cette pratique médiatique n’a franchement aucune valeur « scientifique » et devrait toujours être présentée comme telle. Au mieux, ses défenseurs font preuve d’une navrante naïveté, au pire, d’une pernicieuse prétention. Dans la plus pardonnable des fautes, les manipulateurs relaient quelques commentaires glanés sur un trottoir sans expliquer l’insignifiance de la cueillette. Dans la pire des situations, ils se croient vraiment capables de saisir le sens du vent et de le résumer en quelques exemples tirés d’une courte sortie sur le terrain.


Deux anciens journalistes devenus candidats (Bernard Drainville et Pierre Duchesne) ont ainsi reproché la semaine dernière au commentateur Jean Lapierre d’avoir diffusé à TVA un micro-trottoir entièrement fabriqué avec des pro-CAQ et des indécis. On a parlé à propos de ce reportage de « biais » et d’« insulte à l’intelligence ».


En fait, comme tout le monde, les reporters jugent le monde à partir de leurs préjugés, de leurs idées, de leurs opinions toutes faites. Les vox pop, comme les lettres d’opinion des lecteurs, semblent des reflets bruts d’une portion du public, alors qu’ils transposent surtout ce que pensent le pro de l’info et son patron.


Une étude réalisée aux États-Unis et en Grande-Bretagne il y a une décennie montrait qu’à peine 4 % des références médiatiques à l’« opinion publique » s’appuient sur des sondages blindés. Ces sérieux coups de sonde jouissent d’un regain d’intérêt pendant les campagnes électorales, mais bon, en gros, la tendance globale demeure à l’estimation très approximative de l’opinion et on ne voit pas pourquoi ce serait différent ici. Les vox pop totaliseraient 40 % du lot, soit à peu près autant que les « évaluations » personnelles, les sentiments des professionnels de la communication, selon le modèle du « je pense que le peuple pense que… ».


Les temps changent, la voix du peuple mue. À la Première Chaîne de Radio-Canada, la mutation se traduit par le remplacement de l’émission Maisonneuve en direct (la tribune pancanadienne) par Pas de midi sans info. Une maudite bonne affaire. La radio à l’ancienne proposait des tribunes téléphoniques pour sonder le coeur et les reins de son auditoire. La nouvelle transforme la production radiophonique en création mutlimédia avec des commentaires, des entrevues, mais aussi des interactions incessantes avec les commentaires relayés par les médias sociaux et ce que diffuse Internet de pertinent en fait. La direction assure en plus que la bonne vieille tribune pourra reprendre du service de temps en temps. Bravo.


Seulement, ce n’est probablement pas en écoutant seulement la Première Chaîne qu’on aura senti la montée de la CAQ, si elle se confirme aux urnes mardi. Comme les vox pop du 91,9 FM, la nouvelle radio X de Montréal semble un peu manquer d’opinions de QS, mettons. Vendredi dans Le Devoir, la collègue Josée « Jojo » Blanchette proposait de démêler tout ça en votant « astro-logique », carte du ciel des candidats à l’appui. Le zodiaque au service de la démocratie. Pourquoi pas. Au point où on en est…

 
 
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