Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Élections québécoises - Odjiné, Monsieur Charest…

    31 août 2012 |Olivier D. Asselin - Étudiant et réalisateur d’une série Web sur le printemps québécois (poingdevues.wordpress.com) | Québec
    Des manifestations ont entouré le Salon du Plan Nord qui s’est déroulé au Palais des congrès de Montréal en avril dernier.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des manifestations ont entouré le Salon du Plan Nord qui s’est déroulé au Palais des congrès de Montréal en avril dernier.

    Lettre à Jean Charest

     

    l y a quelques mois, je croyais qu’il était sage de laisser l’histoire vous juger. Je me disais que devant l’implacable autorité du temps, vos magouilles, subterfuges et mesquineries n’auraient, en fin de compte, aucune prise. Je le crois encore, mais aujourd’hui, je crois que l’histoire à elle seule ne peut être garante de votre chute. L’humain doit encore y contribuer.



    Soyons clairs, Monsieur Charest. J’aimerais mieux ne pas vous cibler personnellement avec ces propos. Le problème est que vous représentez un système parlementaire si sclérosé par sa rigidité hiérarchique qu’on est obligé de voir en vous le responsable individuel de notre situation. Soyez beau joueur et rappelez-vous qu’il n’y a pas si longtemps, pendant la campagne « Destituons Patapouf », où une partie du Québec souhaitait votre départ, vous étiez bien content de détenir personnellement un pouvoir aussi centralisé.


    Cette concentration du pouvoir politique dans les mains d’un seul homme - ou exceptionnellement une femme - est si grande, dans le régime parlementaire canadien, qu’une fois élu, il est possible de conserver le pouvoir malgré un niveau d’opprobre extraordinaire de la part de la population. L’exemple de Stephen Harper à Ottawa est éloquent, lui qui bafoue l’une après l’autre les règles de la démocratie parlementaire sans que l’on puisse faire quoi que ce soit. Ce système parlementaire uninominal à un tour qui date d’une autre époque ne tient plus dans une société aussi complexe et diversifiée que le Québec du XXIe siècle.


    Souvenez-vous…


    À l’heure de votre défaite, Monsieur Charest, le 4 septembre prochain, souvenez-vous du mépris que vous avez manifesté devant des jeunes qui croyaient en la justesse de leur cause et en la grandeur de leurs idéaux. Souvenez-vous des membres brisés, des tympans blessés, des yeux crevés pour une plus grande justice sociale que vous leur avez toujours refusée.


    Rappelez-vous, M. Charest, que retranché dans le Palais des congrès avec votre petite bande de gens d’affaires, vous rigoliez pendant que le sang coulait dehors.


    « Grotesque » ? Que non, Monsieur Charest ! Vous avez sciemment instrumentalisé cette crise sociale pour tenter de faire oublier tous les scandales de corruption, de collusion, pour distraire les gens du vol des ressources naturelles qui avait cours. « Ben tiens ! » Quelques mois seulement après que vous avez donné, pour une bouchée de pain, les droits d’exploitation de l’île d’Anticosti, on découvrait par hasard qu’elle regorgeait de pétrole. Voilà ce qui est grotesque.


    J’en viens à me demander si la crise étudiante a été planifiée des mois d’avance pour diviser l’électorat québécois sur une question idéologique simpliste. Vous saviez que les étudiants n’accepteraient jamais cette mesure et réagiraient fort. Peut-être avez-vous sous-estimé votre adversaire, mais vous vous êtes servi des étudiants pour détourner l’attention précisément parce qu’ils ne constituaient pas votre électorat, et vous avez tout fait pour qu’on montre à la télévision des jeunes en colère et des policiers cassant du manifestant.


    Vous vouliez faire peur aux gens des régions où vous espériez faire des gains électoraux. C’est ce qu’on appelle en anglais de la wedge politics ou encore de la politique de la division. Ces tactiques pleines de mépris pour les citoyens, vous les avez empruntées à Stephen Harper, qui les maîtrise comme un robot sans éthique. Mais vous êtes visiblement moins bon que lui dans cette joute calculatrice, même si les intérêts que vous servez sont les mêmes : les minières du Plan Nord sont les pétrolières des sables bitumineux et des gaz de schiste.


    On récolte ce que l’on sème


    Comme M. Harper, Monsieur Charest, vous ne faites que travailler à la division de vos adversaires en vous réfugiant derrière des modalités procédurales à n’en plus finir pour échapper aux conséquences de vos actes. Vous êtes de ceux qui se gargarisent d’un pouvoir technocrate sans mérite. Mais le pire dans tout cela est que vous croyez probablement que si vous arrivez à sauver votre poste aux élections, alors vous aurez eu raison de rire, de mentir, de détruire.


    Il y a quelques années, j’ai croisé la route d’un Ancien amérindien de la nation anishnabe. Il m’a alors appris le sens d’un mot dans sa langue. « Odjiné » peut s’apparenter à l’expression anglaise « What goes around comes around ». Mais en prenant bien son temps, le vieil homme m’a fait comprendre que l’expression ne devait pas s’entendre simplement comme « Si tu donnes, tu recevras en retour », mais également — et surtout — comme : « Te seront retournées toutes les destructions que tu laisses derrière toi. » Bref, la fin ne justifie pas les moyens et tu recevras ce que tu sèmes. Belle leçon, n’est-ce pas, Monsieur Charest ?


    Quant à vous, les caquistes qui tournoyez autour de la dépouille libérale, vous m’avez l’air d’un beau ramassis d’opportunistes crasses ; vieilles formules, sourires forcés, hyperenthousiasme dégoulinant, sincérité nulle… En deux mots : recette fétide.


    À l’autre bout du spectre, merci, Madame Françoise David, d’avoir récemment donné un autre sens au concept de dette nationale en rappelant que la plus grande hypothèque que nous laissons à nos enfants est clairement celle d’un environnement mondial de plus en plus précaire.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.