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    Les médecins qui quittent le Québec doivent rembourser l’État, dit Legault

    Le chef de la CAQ serait prêt à avoir recours à la clause dérogatoire

    29 août 2012 |Kathleen Lévesque | Québec
    Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, au cours de l’entretien éditorial qu’il a accordé au Devoir mardi.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, au cours de l’entretien éditorial qu’il a accordé au Devoir mardi.
    Un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) serait prêt à recourir à la clause dérogatoire pour forcer les médecins qui quittent la province au terme de leurs études à rembourser le coût de leur formation.

    En entretien éditorial au Devoir, mardi, le chef caquiste François Legault s’est dit prêt à s’attaquer au problème de l’exode des médecins. Il a pointé du doigt, en particulier, l’Université McGill, dont une large proportion des diplômés en médecine déserte le Québec, année après année, pour aller pratiquer notamment en Ontario et aux États-Unis. François Legault a qualifié la situation d'« inacceptable ».


    « Je n’exclus pas, si c’est nécessaire, d’utiliser la clause nonobstant pour s’assurer de garder plus de médecins qui étudient à McGill. Ça n’a pas de bon sens qu’à McGill, après cinq ans, il y a la moitié des médecins qui ont quitté le Québec », a affirmé le chef de la CAQ.


    François Legault mentionne qu’il ne s’agit pas d’une préoccupation récente. Lorsqu’il était ministre de l’Éducation dans le gouvernement du Parti québécois, il avait abordé la question avec la principale de McGill, Heather Munroe-Blum, conscient qu’« il y a une course aux médecins à travers le monde ».


    Selon les statistiques de l’Association des facultés de médecine du Canada, 52 % des nouveaux médecins formés à McGill, en 2008, avaient choisi de pratiquer ailleurs qu’au Québec. L’année suivante, 45 % des diplômés en médecine empruntaient la même voie. Or, la formation d’un médecin coûterait quelque 160 000 $.


    Un gouvernement caquiste pourrait ainsi recourir à l’article 33 de la Charte canadienne des droits et libertés, communément appelé la clause nonobstant, pour mettre en place une mesure de remboursement des coûts de formation en médecine. « Il ne faut pas l’exclure », a répété M. Legault, qui n’a toutefois pas donné plus de détails.


    Lors des élections de 2008, un médecin de l’Outaouais, candidat pour le Parti québécois, avait proposé qu’à leur sortie de l’université, les médecins signent un « contrat d’engagement social » les forçant à pratiquer la médecine au Québec pendant au moins cinq ans.

     

    Ottawa fortement sollicité


    Outre le recours à la clause dérogatoire, François Legault, engagerait des négociations avec Ottawa afin de soumettre les organismes fédéraux à la loi 101. « C’est une des demandes qu’on va faire à Ottawa. Ça fait partie de l’esprit de la loi 101 qu’on devrait appliquer à toutes les entreprises au Québec, y compris celles sous juridiction fédérale », a-t-il indiqué.


    Pour François Legault, il ne s’agirait toutefois pas d’une priorité de son gouvernement, puisque plusieurs autres dossiers devraient nécessiter des discussions avec le gouvernement fédéral : rapatriement de pouvoirs, transfert de points d’impôt, modification de la Charte canadienne des droits et libertés pour mettre un terme aux écoles passerelles. Pour parvenir à ses fins, le chef caquiste table d’abord sur ses talents de « vulgarisateur » auprès de la population pour expliquer sa démarche. Puis il présente sa bonne foi comme arme pour forcer Ottawa à l’écouter. Contrairement au Parti québécois, « on n’a pas d’agenda caché ». « Notre objectif, ce n’est pas d’avoir un échec avec le gouvernement fédéral pour mousser la souveraineté du Québec, c’est que ça fonctionne », affirme M. Legault.


    Mais ce sont les « points en commun importants » avec le gouvernement de Stephen Harper sur les dossiers économiques et de finances publiques (diminution de la taille de l’État, réduction des impôts) qui pourraient permettre d’établir une base de négociations. Selon François Legault, il y a là une possibilité de faire des échanges de bons procédés pour améliorer ce qui fait problème pour les Québécois, selon lui, soit les dossiers sociaux et culturels : mariage entre conjoints du même sexe, avortement, registre des armes à feu, par exemple. « On pourrait échanger ça et ainsi s’assurer de faire des gains en matière sociale, culturelle et environnementale. […] C’est envisageable d’avoir une ouverture du côté de M. Harper », croit-il. « Je ne m’en vais pas là pour signer la Constitution canadienne. J’y vais pour régler nos problèmes, faire le ménage, être sûr qu’on réduise le taux de décrochage dans nos écoles, qu’on donne un médecin de famille à tout le monde et un réseau de la santé qui fonctionne, et qu’on élimine l’écart de richesse avec le reste du Canada », souligne le chef caquiste.


    Ces éventuelles discussions avec Ottawa seront également colorées par le déséquilibre fiscal qui risque de s’accentuer, souligne M. Legault. Alors que les besoins en santé augmentent de 5 % par année à cause de l’inflation, des nouvelles technologies et du vieillissement de la population, le gouvernement Harper veut plafonner à 3 % les transferts aux provinces en santé. « Si M. Harper ne veut pas financer sa part des dépenses de santé, il devrait au moins nous transférer les points d’impôt équivalents […] surtout que ses propres revenus augmentent de 4 à 6 %. Si on fait une projection sur 25 ans, c’est clair qu’on va recreuser un déséquilibre fiscal », soutient François Legault.

     

    L’éducation, priorité des priorités


    Malgré des relations fédérales-provinciales qui s’annoncent nourries, si la CAQ devait être portée au pouvoir le 4 septembre, François Legault insiste sur le fait que l’éducation demeure sa « priorité absolue ». Il en parle d’ailleurs avec emphase, s’enflammant même au détour des questions sur la faisabilité de ses solutions. Vraisemblablement, l’éducation est plus qu’un thème de campagne. C’est là, pour lui, l’élément incarnant le changement qu’il propose.


    Pour y parvenir, M. Legault martèle son discours sur la nécessité de faire du ménage sans toutefois « s’éparpiller ». Il rappelle ainsi que les compressions à Hydro-Québec, les améliorations en santé (un médecin de famille pour tous) et la lutte contre la corruption serviront à remettre le Québec sur les rails. Le chef caquiste souhaite donner un nouvel élan à l’entreprenariat au Québec, affirmant même que le Québec deviendra « le paradis des entrepreneurs ».


    Et s’il fallait faire un choix à travers ce programme touffu ? Entre investir un milliard en éducation et baisser les impôts des familles, François Legault montre du doigt l’éducation, sans hésitation. Mais il s’empresse d’ajouter que faire les deux est possible. « On va livrer la marchandise. Faites-nous confiance. Il faut arrêter de baisser les bras comme le font les deux vieux partis », insiste-t-il.


    Avec la même conviction, le chef caquiste plaide que son cadre financier ne chancellera pas une fois au gouvernement, comme ce fut le cas lorsque les libéraux ont été élus en 2003. « Je vous garantis qu’il n’y aura pas de surprises », tranche-t-il.


    Naïf, François Legault ? Le chef de la CAQ s’en défend bien. Mais lorsqu’il est question de la mise sur pied d’un comité de transition qui prendrait le relais du gouvernement libéral, François Legault affirme n’avoir rien planifié pour l’instant. « On ne veut pas, contrairement à Mme Marois, vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué », laisse-t-il tomber avant de préciser qu’il a tout de même une dizaine de personnes clés en tête.

     
     
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