Loi 101: Charest corrige le tir
Le chef libéral fait l’apologie du bilinguisme, un jour après avoir dit vouloir étendre la loi 101 aux organismes fédéraux
Sainte-Justine, Bellechasse, et Sainte-Marie-de-Beauce – Jean Charest a effectué hier une volte-face au sujet de la loi 101. Alors que lundi il affirmait clairement vouloir engager des négociations avec Ottawa pour faire appliquer la loi 101 aux entreprises à charte fédérale et aux organismes fédéraux, M. Charest soutient maintenant qu’il voudrait simplement s’entretenir avec « tous ceux qui touchent à la langue française, qui l’aiment, cette langue-là, qui ont une responsabilité envers son rayonnement », pour voir comment on peut renforcer la langue française non seulement au Québec, mais partout au Canada. C’est ce qu’il a soutenu mardi matin en conférence de presse dans la circonscription de Bellechasse.
La veille, à Québec, à la question « en entrevue au Devoir, vous avez dit que vous seriez prêt à considérer la possibilité d’appliquer la loi 101 aux organismes et aux entreprises qui sont à charte fédérale sur le territoire du Québec. En faites-vous un engagement ? », il avait répondu : « Moi, je suis prêt à avoir cette discussion-là avec le fédéral. Je pense que la protection de la langue au Québec, ça déborde les frontières des compétences. Dans la mesure où la langue, c’est la langue. Elle est parlée, elle est également pour nous une partie de notre identité, et je pense qu’on peut très bien s’asseoir avec le fédéral pour voir de quelle façon le gouvernement fédéral devrait participer à ce consensus québécois sur la façon dont nous voulons traiter notre langue au Québec. »
En sous-question, Le Devoir avait insisté : « Donc, cela ferait partie d’une ronde de négociation avec le fédéral ? » La réponse de M. Charest avait été : « Oui ! Et on n’a pas besoin d’amender la Constitution pour faire ça non plus. On peut très bien faire ces changements-là. On a eu de beaux succès dans les dernières années. Quand même, le Parlement fédéral… le Parlement fédéral - je choisis… je fais exprès pour préciser parce que ça déborde les partis, là - a quand même reconnu le Québec comme nation. Bon ! Donnons un sens au mot, alors. »
Cette réponse précisait ce qu’il avait répondu en entrevue éditoriale au Devoir, le jeudi 23 août : « C’est une question que le fédéral a abordée déjà à quelques reprises. […] C’est une chose qu’on pourrait très bien envisager avec le fédéral. »
En somme, M. Charest affirmait que, pour atteindre l’objectif d’appliquer la loi 101 aux entreprises et organismes de compétence fédérale - banques, ports, fonction publique, etc. -, il n’était pas nécessaire de « modifier la Constitution », qu’une entente administrative suffisait. Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique ont tenté ces dernières années d’arriver à un résultat apparenté, par voie législative, mais en vain. On estime que de 250 000 à 300 000 personnes échappent à la loi 101 dans leur milieu de travail. Ainsi, dans le projet de loi bloquiste de 2009 (C-307), par exemple, il s’agissait de modifier le préambule de la Loi sur les langues officielles afin d’y inclure ce principe suivant : « Le gouvernement fédéral s’engage à ne pas entraver l’application de la Charte de la langue française, L.R.Q., ch. C-11, sur l’ensemble du territoire du Québec. »
Or, mardi matin, M. Charest a changé de discours, vanté la dualité linguistique de la fédération, laissant même entendre qu’au Québec il y avait deux langues officielles : « Je vois ça comme un atout et une richesse pour la société québécoise et canadienne, le fait que nous ayons au Canada deux langues officielles. » En 1974, le gouvernement libéral de Robert Bourassa a fait du français la seule langue officielle du Québec.
En après-midi à Sainte-Marie-de-Beauce, Jean Charest a précisé que lui, comme premier ministre du Québec, souhaitait qu’on « pose tous les gestes possibles […] pour protéger la langue et la culture françaises. Est-ce que ça exige qu’on ouvre la loi 101 ? Non. […] Est-ce que ça exige qu’on ouvre la Loi sur les langues officielles ? Non. Il faut travailler sur tout ce qui peut être fait pour renforcer l’usage de la langue française au Québec et ailleurs au Canada. C’est ce à quoi je crois. » Le chef libéral n’a toutefois pas précisé ce qu’il entendait faire pour atteindre cet objectif.
En entrevue au Devoir lundi soir, l’ancienne députée libérale fédérale Marlene Jennings avait très mal réagi aux propos de Jean Charest de lundi sur la loi 101 : « Avec cette déclaration de M. Charest, je pense que les anglophones ont maintenant encore plus de raisons pour regarder la Coalition [avenir Québec] comme une option valable », avait dit l’ancienne représentante de Notre-Dame-de-Grâce -Lachine.
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Charest retournera à Sherbrooke
Pour les derniers jours de campagne précédant le scrutin du 4 septembre, Jean Charest n’aura pas de « lapin sorti du chapeau », martelant son message habituel selon lequel le Parti québécois et la Coalition avenir Québec représentent un « risque » pour les Québécois.
Il s’en est pris particulièrement à François Legault, qui ne cherche à son avis qu’à se quereller. Selon M. Charest, ces « chicanes au Québec » se traduiront en « chômage au Québec ».
Le chef libéral a profité de son séjour en Beauce pour rendre visite à une série d’entreprises où il a vanté sa plateforme économique aux patrons et employés.
Il prendra mercredi la route pour sa circonscription de Sherbrooke, soit une cinquième fois depuis la veille du déclenchement de la campagne électorale, signe qu’il sent son siège menacé. Les sondages donnent son adversaire péquiste Serge Cardin en avance.
« On visite autant de régions que possible au Québec », a expliqué M. Charest, rappelant qu’il était né, avait grandi et avait rencontré son épouse dans cette ville.
« Je ne tiens pas pour acquis mon élection à Sherbrooke pas plus qu’ailleurs au Québec, pas plus qu’ici dans le comté de Bellechasse. Il faut gagner la confiance des gens partout. »
La Presse canadienne








