Tunnel Ville-Marie - Moreau annule l’appel d’offres
Le ministre refuse que CIMA+, poursuivie après la chute d’un paralume, puisse obtenir le contrat de réfection
Québec a décidé d’annuler l’appel d’offres remporté par la firme de génie-conseil CIMA+ pour la préparation des plans et devis des travaux de réfection du tunnel Ville-Marie. Le ministre des Transports, Pierre Moreau, a indiqué lundi au Devoir que le gouvernement serait malvenu d’accorder un contrat à une entreprise qu’il tient pour responsable de la chute d’un paralume dans le tunnel Ville-Marie en 2011 et qu’il s’apprête à poursuivre devant les tribunaux.
CIMA+ est membre, avec Dessau et SNC-Lavalin, du consortium que le ministère des Transports du Québec (MTQ) a montré du doigt à la suite de l’effondrement d’une poutre de béton dans le tunnel Ville-Marie. Le mois dernier, le MTQ a d’ailleurs fait parvenir une mise en demeure au consortium, ainsi qu’à l’entreprise Laco Construction en leur réclamant une somme de 3,45 millions de dollars pour les préjudices subis.
Or, jusqu’à lundi, le MTQ avait l’intention d’accorder un contrat à CIMA+ pour la réalisation de travaux semblables sur la même infrastructure. Lorsqu’il a appris, lundi, que cette firme avait remporté l’appel d’offres, le ministre Moreau a décidé d’intervenir. « Je me verrais mal, comme ministre des Transports, octroyer un contrat à CIMA+ pour faire des travaux pour lesquels on les poursuit à la hauteur de 4 millions de dollars, a-t-il expliqué au Devoir. D’une main, je ne poursuivrai pas une entreprise, alors que de l’autre main, je lui donnerais le contrat. »
Rappelons qu’en mars dernier, un appel d’offres avait été lancé pour la préparation de plans et devis dans le cadre de travaux de réfection de murs de soutènement et de ponts d’étagement du tunnel Ville-Marie. Dès le mois de mai, les soumissionnaires ont été avisés que la firme CIMA+ s’était classée au premier rang au terme du processus de sélection. Mais le MTQ a tardé à octroyer le contrat en raison d’une mise en demeure expédiée par le soumissionnaire ayant obtenu la 2e meilleure note. Celui-ci exigeait d’obtenir le contrat.
« Comme le contrat n’est pas octroyé, le ministre a le pouvoir de demander à ce qu’on annule l’appel d’offres. J’ai demandé aux officiers du ministère de faire un certain nombre de vérifications sur le plan juridique », a expliqué Pierre Moreau. Si un nouvel appel d’offres était lancé pour des travaux semblables dans le tunnel Ville-Marie, les firmes Dessau et SNC-Lavalin seraient elles aussi écartées d’emblée, a précisé le ministre. Signalons que Dessau et SNC-Lavalin étaient aussi en lice pour le nouveau contrat que le MTQ s’apprêtait à octroyer.
Mais le fait que ces trois entreprises aient été blâmées dans le dossier du tunnel ne les empêche pas de décrocher d’importants contrats du MTQ pour d’autres structures, notamment pour l’échangeur Turcot. À ce sujet, le ministre Moreau a rappelé que les trois firmes ont reçu un rapport de « rendement insatisfaisant » du MTQ à la suite de l’incident du tunnel Viger, mais qu’elles ont été réhabilitées par la suite après que les correctifs réclamés par le ministère eurent été apportés.
L’annulation de l’appel d’offres retardera encore davantage l’exécution des travaux dans le tunnel Ville-Marie, mais ce délai supplémentaire ne met pas la sécurité des automobilistes en péril, assure Pierre Moreau. « L’état des lieux est sécuritaire. Si l’état des lieux n’était pas sécuritaire, il ne serait pas accessible pour les voitures », affirme-t-il.
Quand on signale au ministre que ses propos ressemblent aux déclarations faites par son prédécesseur Sam Hamad au lendemain de la chute du paralume, il tempère : « Je n’ai pas hésité à fermer le pont-tunnel Louis-Hippolyte Lafontaine lorsque les ingénieurs m’ont dit qu’il y avait un risque avec les paralumes. Depuis l’effondrement du tunnel Viger, il y a eu des travaux de sécurisation des lieux qui ont été faits. Les travaux qui sont demandés ne sont pas des travaux de structures, mais des travaux sur le béton de la paroi des murs. […] En ce sens-là, je pense me distinguer un peu de mon prédécesseur. »
Au cours des prochains jours, une poursuite contre le consortium Cima+/Dessau/SNC-Lavalin sera déposée en Cour supérieure, puisque le délai de 30 jours accordé aux entreprises visées par une mise en demeure est écoulé, a indiqué le ministre Moreau.








