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    Point chaud - «C’est le début d’une jeunesse politique»

    Le mouvement étudiant du printemps va marquer la mémoire collective du Québec, dit le politologue Jean-Herman Guay

    27 août 2012 |Jessica Nadeau | Québec
    Manifestation étudiante en mai dernier. « La jeunesse, à nouveau, apparaît », dit Jean-Herman Guay.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Manifestation étudiante en mai dernier. « La jeunesse, à nouveau, apparaît », dit Jean-Herman Guay.
    Jean-Herman Guay en cinq dates

    6 juin 1959 : Naissance à Montréal.
    1987: Obtention d’un doctorat combinant sciences politiques et psychologie.
    1990: Premier professeur de sciences politiques à l’Université de Sherbrooke.
    1997: Publication du livre Avant, pendant et après le boom sur les générations politiques au Québec.
    2003: Lors du Conseil national du PQ, il provoque la colère de Bernard Landry en prédisant le déclin de la cause de la souveraineté.
    2006: Création de l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke dont il devient le premier directeur.
    Elles ont beau avoir un écho plutôt marginal dans la campagne électorale, les revendications étudiantes du printemps érable ont joué un rôle prépondérant dans la politique québécoise, estime le politologue Jean-Herman Guay.

    « Cette génération de jeunes ne pourra pas dire qu’elle n’a pas participé ou qu’elle n’a pas eu son mot à dire dans les débats publics, et ce, même s’ils sont peu présents dans la campagne électorale. »


    Pour ce professeur de l’Université de Sherbrooke, la politique va bien au-delà du vote. Et ce, quelle que soit l’issue.


    « C’est le début d’une jeunesse politique. Au-delà du vote du 4 septembre, il est peut-être plus important de regarder la portée générale de ces mois de lutte sur la jeunesse, l’opinion publique et le Québec. »


    Selon lui, la lutte des mouvements étudiants du printemps dernier va marquer « la mémoire collective » du Québec et devenir « un événement référentiel » pour la jeunesse québécoise.


    « Au-delà des gains ou des pertes, c’est, symboliquement, une appropriation de la place publique et du discours politique. Maintenant, comme cela va-t-il se traduire politiquement ? Il est encore trop tôt pour le dire. »


    Pour Jean-Herman Guay, qui s’est intéressé à la politique dès le plus jeune âge grâce à des parents très militants, cette effervescence étudiante lui rappelle l’époque où il était lui-même étudiant en politique dans les années 1970, une période où la jeunesse était très présente avec, notamment, la montée du Parti Québécois.


    « Lorsque l’on écoutait les jeunes pendant le conflit étudiant, il y avait une volonté de changer les choses, une conviction qu’en prenant la place, en prenant la rue, en prenant la parole… Il y avait cela à mon époque. On n’avait pas vu cela depuis fort longtemps. La jeunesse, à nouveau, apparaît. »

     

    Trêve démocratique


    Pour ce spécialiste de la politique, il n’est nullement surprenant de voir que le mouvement n’a pas pris plus d’envergure pendant la campagne électorale, ce qui pouvait néanmoins apparaître comme un thème imposé pour plusieurs.


    Il y a, dans un premier temps, le fait que les jeunes ont eux-mêmes relâché la pression. « Quant à moi, ils ont fait le bon choix dans la mesure où, s’il y avait eu des manifestations fortes et violentes, ça aurait pu outiller Jean Charest en ranimant le levier de départ de sa campagne, à savoir la loi et l’ordre. »


    Jean-Herman Guay constate également une forme de saturation dans l’opinion publique, les arguments ayant tous été entendus et les partis s’étant solidement positionnés bien avant les élections.


    Enfin, il évoque la « trêve démocratique » des étudiants, qui « ont accepté qu’ils avaient un rôle de citoyens à jouer qui les amènent à voter ».


    Le politologue rappelle que les partis politiques sont « des machines à gagner des votes » et qu’ils s’intéressent principalement aux enjeux qui concernent leur clientèle cible. Or, les jeunes de 18 à 34 ans ne représentaient, aux dernières élections générales, que 39 % de l’électorat, comparativement aux 75 % de taux de participation des 65 à 74 ans. D’où l’importance des thèmes reliés à la santé.

     

    Pour la suite des choses


    Est-ce que la mobilisation du printemps dernier fera augmenter le taux de participation chez les jeunes ? Jean-Herman Guay l’espère, mais il en doute. Une chose dont il est certain, cependant, c’est que, quelle que soit l’issue des élections, le mouvement étudiant ne reprendra jamais la vigueur qu’il a connue au plus fort de la crise, car « ce serait ne pas reconnaître que le peuple s’est prononcé ».


    Par ailleurs, la situation politique ne s’y prêtera tout simplement plus. « Au printemps, on était à la fin d’un mandat libéral, et l’augmentation mise de l’avant par le gouvernement n’avait pas fait l’objet d’un débat électoral en 2008. On pouvait donc douter de la légitimité des propositions gouvernementales. »


    La continuation du mouvement étudiant passe par Québec solidaire, le parti qui avait le plus à gagner de ce débat. Pourtant, note le politologue, l’effectif du parti ne semble pas augmenter de façon significative. « C’est comme s’il y avait une difficulté de traduire un mouvement social dans son incarnation politique ».


    Le politologue s’interroge également sur les conséquences d’une victoire de Léo Bureau-Blouin, qui se présente pour le PQ dans la circonscription de Laval-des-Rapides. « Si Léo Bureau-Blouin l’emporte, ce sera une autre continuation du mouvement. […] Pour les jeunes, ça va représenter une victoire. Ça va être un beau pont entre une société civile et la représentation politique plus traditionnelle. »


    Mais si Jean Charest revient au pouvoir, cela pourrait entraîner une forme de « dépression » politique chez les jeunes, qui ont réussi à mobiliser des centaines de milliers de personnes.


    « Si cela devait se produire, à moins que les sondages ne se trompent radicalement, ça voudrait dire que les libéraux l’emporteraient avec 35 % du vote. Ça pourrait relancer les jeunes vers des changements plus fondamentaux en saisissant la portée du système institutionnel et ses effets parfois renversants. »

    Manifestation étudiante en mai dernier. « La jeunesse, à nouveau, apparaît », dit Jean-Herman Guay. Jean-Herman Guay












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