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Le PQ veut faire payer les riches

25 août 2012 | Robert Dutrisac | Québec
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Photo : La Presse canadienne (photo)
Pauline Marois a présenté hier son cadre financier en compagnie de Nicolas Marceau.
S’il est élu, un gouvernement du Parti québécois, pour maintenir l’équilibre budgétaire, augmentera les impôts des mieux nantis et les redevances des compagnies minières afin de financer l’élimination de la taxe santé ainsi qu’une partie de l’annulation de la hausse des tarifs d’électricité.

Flanquée du député sortant de Rousseau, l’économiste Nicolas Marceau, Pauline Marois a dévoilé vendredi le cadre financier de son parti pour la campagne électorale. Tant Jean Charest que François Legault avaient dénoncé le PQ, seul parti à ne pas avoir présenté son cadre financier avant la tenue des débats.


Le coût des engagements du PQ s’élève à 992 millions pour la durée du mandat de cinq ans, soit un peu moins que le 1,2 milliard avancé par le Parti libéral et bien moins que les 3,5 milliards inscrits par la Coalition avenir Québec.


Mais à ce chiffre de 992 millions, il faut ajouter l’impasse financière de 875 millions déjà prévue dans le dernier budget de Raymond Bachand, une somme qu’il faut combler. Quant à l’annulation de la hausse graduelle de 20 % des tarifs d’Hydro-Québec, une perte de revenus de 1,6 milliard en cinq ans, elle sera « en partie » épongée par la majoration des redevances imposées aux compagnies minières.


Le PQ entend faire payer les riches - c’est-à-dire les 140 000 contribuables qui gagnent 130 000 $ et plus - en haussant leur taux marginal d’imposition. Le cadre financier prévoit aussi que l’exonération d’impôt sur les gains en capital sera réduite de moitié, passant de 50 à 25 % de leur valeur.


Mais cette ponction ne sera pas suffisante. Un gouvernement du PQ réduirait la croissance annuelle des dépenses de l’État de 3 %, fixée par le budget Bachand, à 2, 4 %. Rappelons que les libéraux, dans leur cadre financier, ont comprimé davantage la croissance des dépenses de l’État en la ramenant à 2 % par an.


« Le PQ est le parti du déficit zéro », a dit Pauline Marois en conférence de presse, ajoutant que le cadre financier de son parti était « le plus responsable et le plus raisonnable ».


« On ne garroche pas l’argent par les fenêtres et on n’invente pas de revenus », a dit Mme Marois, qui visait la CAQ. À l’instar du parti de François Legault, le cadre financier du PQ a été validé par une expertise indépendante fournie par les économistes Marcelin Joannis et Luc Savard.


Par ailleurs, un gouvernement péquiste abolirait le Fonds des générations pour verser la cagnotte de 5 milliards à la réduction de la dette, une opération blanc bonnet bonnet blanc. Tout ce qui alimentait ce fonds, essentiellement des redevances hydrauliques et une partie des redevances minières, servira à réduire la dette.


Jean Charest estime que le cadre financier du PQ, s’il était appliqué, menacerait la cote de crédit du Québec. « Ce qu’elle fait entre autres au niveau des droits de scolarité, au niveau de la dette, en annulant les augmentations des tarifs d’électricité du bloc patrimonial, ça met en péril la cote de crédit du Québec », a-t-il affirmé alors qu’il était de passage à Bécancour.


Jean Charest juge que Pauline Marois « fait un jeu comptable » avec le Fonds des générations. « Et le Fonds des générations, lorsque vous lisez les évaluations des maisons de crédit, est toujours relevé comme étant un élément de crédibilité dans le plan de réduction de la dette au Québec », a-t-il avancé.


À ses yeux, le cadre financier péquiste repose sur des hausses d’impôt. « On a toujours posé la question : qui va recevoir la facture de vos politiques ? Là, aujourd’hui, on le sait, les Québécois vont se faire refiler une facture d’impôt additionnelle », a-t-il dit, alors qu’il était de passage à Bécancour.


De son côté, François Legault a attaqué la crédibilité de ce cadre qui n’explique pas ce qu’il propose, selon le chef de la CAQ. « Mme Marois nous dit qu’elle va réduire la croissance des dépenses de 3 à 2,4 % par année. Sur cinq ans, ça voudra dire des dépenses de 70,5 milliards, au lieu de 72,5 milliards. C’est un écart de deux milliards. Nous, dans notre cadre, chaque réduction de dépenses est justifiée poste par poste, ministère par ministère. Mme Marois nous parle de deux milliards sans donner le début du commencement de comment y arriver. »


De même, selon M. Legault, le total des dépenses du programme du PQ ne donne pas 992 millions, mais bien le double. « Elle veut abolir la taxe santé qui coûte un milliard en plus des engagements de 992 millions », a-t-il rappelé. M. Legault a aussi critiqué la décision du PQ d’annuler les hausses de tarifs prévues à Hydro-Québec, une somme annuelle de 1,6 milliard qui ne sera pas versée au remboursement de la dette, a-t-il déploré de passage en Mauricie.


« Décevant. » C’est le terme employé par Françoise David pour décrire le cadre financier du PQ. Selon la coporte-parole de Québec solidaire, Pauline Marois donne l’« impression » d’avoir pris des engagements bien au-delà des moyens qu’elle se donne. « Pour un parti qui dit avoir à coeur l’électrification des transports, le développement écologique du Québec et le bien-être de la population, vraiment, il investit très très peu dans la santé, très peu dans l’éducation et pas un sou dans l’électrification des transports […] On ne peut pas, avec un budget comme celui-là, développer à la largeur du Québec les groupes de médecine familiale ou lutter contre le décrochage scolaire. »


Québec solidaire estime que Pauline Marois « montre aujourd’hui tout son manque de volonté, car aucun investissement n’est prévu pour tourner le dos aux énergies sales et développer les transports collectifs », et ce, malgré des engagements clairs en ce sens.


Françoise David se réjouit de voir que le PQ met « un peu d’argent dans le logement social », mais considère, encore une fois, que c’est beaucoup trop peu, d’autant qu’il s’agit de « la seule mesure de lutte à la pauvreté ».


Le budget péquiste annonce, selon elle, « cinq ans d’austérité », ce qui rappelle l’époque du déficit zéro. Elle note au passage que le PQ, contrairement QS, ne demande « aucun effort additionnel aux entreprises », à l’exception des minières qui devront payer des redevances. « Nous estimons que dans les grandes entreprises, et particulièrement celles qui sont dans le domaine de la finance, nous pouvons demander leur véritable juste part. »

 
 
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