Face-à-face à TVA - Rude affrontement Charest-Marois

Élections Québec 2012 -
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Le chef libéral s’en est aussi pris à l’option souverainiste de Pauline Marois, l’accusant de « jouer au casino » avec la possibilité de référendum.
Le premier face-à-face organisé par TVA s’est ouvert sur une solide empoignade entre Pauline Marois et Jean Charest autour du thème de la gouvernance, où les questions de corruption ont été abordées de front. Très combatif, voire agressif, M. Charest a lancé autant de coups, sinon plus, qu’il en a reçu dans cette ouverture.
La formule était conçue pour favoriser les échanges - les deux chefs assis face à face autour d’une table -, le rôle de l’animateur Pierre Bruneau se limitant à poser une question d’ouverture et une relance à mi-chemin du segment de 15 minutes. Les échanges furent pour le moins vigoureux, parfois cacophoniques.
Le quatrième thème consacré à la « question nationale et l’identité » n’a pas fait exception. Ce segment du débat a été marqué par des échanges musclés sur la question du référendum. Lorsque l’animateur Pierre Bruneau lui a demandé s’il y aurait un référendum si elle devenait première ministre, Mme Marois a répondu qu’elle n’en déclencherait un qu’une fois qu’elle aurait l’« assurance de le gagner ». Cela a conduit M. Charest à l’accuser de manquer de franchise à l’égard des Québécois. À ses yeux, Mme Marois ferait planer une « épée de Démoclès » (sic) au-dessus de leur tête. Durcissant son attaque, il lui a reproché de « jouer au casino » sur l’avenir du Québec.
Les deux politiciens se sont affrontés sur la question linguistique. Le chef libéral a affirmé que le français « continue à avancer » au Québec. Mme Marois a fait remarquer que les francophones ne pouvaient plus se faire servir en français dans certains commerces de Montréal. Elle a recommandé à M. Charest de se promener un peu au centre-ville.
Attaquant tous azimuts, M. Charest a aussi qualifié de discriminatoire le projet de loi sur la Citoyenneté que Pauline Marois compte faire adopter, lequel rendrait inéligible un candidat qui ne parlerait pas français. Il s’agit au sens du chef libéral d’une manière de « materner » les citoyens.
Pauline Marois a défendu son projet d’adopter une charte de la laïcité, reprochant à son adversaire d’avoir « laissé traîner » la question. De son côté, M. Charest a promis de reprendre le projet de loi 94 sur les services de l’État à visage découvert.
Dans le volet du débat sur la gouvernance, Jean Charest est apparu agressif, martelant à plusieurs reprises que les accusations du Parti québécois n’étaient qu’« insinuations » et « salissage ». Comme il l’avait fait la veille, il a déterré le rapport Moisan de 2006, la seule fois où un cas de financement illégal d’un parti politique a été prouvé, a-t-il soutenu.
« Ce n’est pas vous qui allez me donner des leçons d’intégrité », a réagi Mme Marois en rappelant certains dossiers ayant embarrassé le gouvernement libéral dans les dernières années : déjeuner d’un ministre avec un membre de la mafia (Line Beauchamp), octroi de permis de garderies à des financiers du Parti libéral (Tony Tomassi), contrats d’asphalte à une compagnie appartenant au ministre David Whissell (rapport du vérificateur général)… «Ce serait pour moi tolérance zéro », a dit Mme Marois.
Or, Jean Charest n’a rien concédé : tout n’est qu’allégations, a-t-il dit. Et il a relancé la bataille en tentant de mettre Mme Marois dans l’embarras concernant le financement de sa course au leadership en 2005 (2500 $ versés par une adolescente), ou en rappelant le rapport Marton (qui soulignait les liens entre le PQ et Tony Accurso : un contrat de 110 millions accordé à M. Accurso et son associé collecteur de fonds du PQ pour la construction de 12 centres hospitaliers de soins de longue durée).
« Ça, ça a été prouvé, a dit M. Charest. Je n’accepterai jamais, comme premier ministre, que vous remettiez en doute mon intégrité et celle de mon gouvernement. […] Votre campagne de salissage a fait mal à toute la classe politique ».
« C’est pour ça que deux ministres ont démissionné », a rétorqué Mme Marois en parlant de M. Whissel et de M. Tomassi.
Divergence sur la crise étudiante
Dans le bloc sur les politiques sociales, la santé et la crise ont accaparé les échanges. Les deux chefs ont défendu avec énergie des positions diamétralement opposées.
Jean Charest a répété son message : Pauline Marois, c’est la rue. « Vous avez manqué à vos responsabilités, vous avez abdiqué », a accusé le chef libéral. « Vous avez accepté l’intimidation et la violence. Comme premier ministre, je dois me tenir debout. » Il a répété que les étudiants qui refusent le boycottage ont un « droit fondamental » d’assister à leurs cours.
Pour Pauline Marois, le chef libéral a divisé les Québécois alors que c’est le rôle d’un premier ministre de les rassembler. Les étudiants ont exprimé « une opposition raisonnable » à la hausse des droits de scolarité. « Moi, j’ai choisi le dialogue. Vous avez affronté notre jeunesse, vous les avez laissés dans la rue », a-t-elle dénoncé. « J’ai une admiration incroyable envers ces jeunes », a-t-elle dit.
En matière de santé, Jean Charest a défendu son bilan, soulignant que les délais d’attente pour les chirurgies avaient considérablement diminué.
L’animateur a dû rappeler à l’ordre le chef libéral pour qu’il parle du véritable problème : l’engorgement des urgences. « Vous n’êtes jamais responsable de rien », a lancé, sur un ton excédé, Pauline Marois. Elle a insisté sur l’importance de déployer des services à domicile pour les personnes âgées pour les garder le plus possible à la maison. « Il n’y a pas de recette magique », a-t-elle dit, une référence aux positions défendues par François Legault.
Guerre de chiffres
Interrogés sur leur intention respective de faire augmenter les impôts dans un prochain mandat, les deux chefs ont affirmé que ce n’était pas dans leur intention, mais se sont tous deux fait reprocher le contraire par leur adversaire.
« Vous avez augmenté les taxes et impôts de 6 milliards pendant votre dernier mandat, vous vous préparez à augmenter les tarifs d’Hydro-Québec et vous dites que vous ne voulez pas augmenter les impôts ! », s’est insurgée Pauline Marois. Jean Charest l’a alors accusée de faire du « racolage politique », car ces augmentations de tarifs sont connues depuis deux ans.
Pauline Marois a répété qu’elle voulait annuler la « taxe de santé injuste ». Jean Charest s’est pour sa part vanté d’avoir réduit la pauvreté, « un des beaux succès de notre gouvernement ».
Les deux chefs de parti se sont lancés dans un long débat cacophonique sur qui avait fait pire en matière de dette.
Interrogée sur le Plan Nord, Pauline Marois a soutenu qu’elle allait « respecter les engagements pris », mais qu’elle allait ajouter des obligations pour ne pas laisser « quelques minières s’enrichir sur le dos des Québécois ». Pour Jean Charest, cette proposition est « une bonne formule pour faire perdre des emplois ».
Le deuxième face-à-face, mardi soir, mettra aux prises François Legault et Jean Charest.
Avec la collaboration de Jessica Nadeau








