Étonnante Françoise
Françoise David était peut-être la seule qui n’avait rien à perdre à participer au débat d’hier soir, mais elle pouvait aussi beaucoup gagner. Personne ne peut maintenant douter que sa présence à l’Assemblée nationale serait très utile. Soit, elle n’avait pas de bilan à défendre et elle n’a pas à prouver qu’elle est prête à gouverner. N’importe. S’il faut trouver une gagnante, c’est elle.
Elle ne s’est pas contentée de réciter comme une litanie les grandes lignes du programme de Québec solidaire. Détendue et pertinente, elle a été une véritable actrice dans le débat.
Personne n’avait encore aussi bien illustré l’ambiguïté du discours de Pauline Marois sur l’exploitation pétrolière. Après l’enthousiasme qu’elle avait manifesté au retour d’un voyage en Norvège, les préoccupations grandissantes pour l’environnement laissent perplexe.
L’indécision est précisément ce que l’on reproche souvent à la chef péquiste. Elle en a donné une autre illustration quand François Legault lui a demandé si elle pouvait s’engager à interdire l’exportation de l’amiante. Sa réponse a été tout simplement incompréhensible.
Mme David a déploré que le débat se transforme occasionnellement en combat de coqs, mais elle s’est elle-même montrée très habile à tendre des pièges. Le premier ministre Charest n’a pas dû en croire ses propres oreilles en s’entendant dire que le Plan Nord permettrait de créer d’innombrables emplois pour les femmes.
En principe, l’économie est le point fort de M. Charest, mais tous ces chiffres qu’il maîtrise à la perfection ne constituent pas une réponse satisfaisante à la question que lui a posée François Legault : comment expliquer qu’après neuf ans de gouvernement libéral, le Québec soit passé du quatrième au neuvième rang des provinces canadiennes au chapitre du revenu disponible par habitant ? « Pendant qu’on marche, les autres courent », a lancé le chef de la CAQ.
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Une soirée pleine de surprises. La chef péquiste ne croyait certainement pas se retrouver à ce point sur la défensive dans le dossier de l’intégrité, qui est le talon d’Achille des libéraux depuis trois ans. Mme Marois a pu constater à quel point il est difficile d’enterrer le passé, quand le premier ministre Charest a dépoussiéré le rapport Moisan. M. Charest a promis qu’il serait bientôt disponible sur le site Internet du PLQ afin que tous puissent constater que le PQ n’a pas toujours été aussi respectueux de la loi sur le financement des partis politiques que le prétend sa chef.
Le rapport est en effet très clair : « Par l’entremise de dons ou d’achat de billets par ses employés, Groupaction a versé des contributions au Parti québécois à hauteur de 96 400 $. Le parti connaissait cette situation et il fermait les yeux. »
Le lien entre ces contributions et l’obtention de contrats est explicite. « Il est facile de comprendre que la remise des contributions de main à main aux gens du parti était essentielle pour démontrer que Goupaction manifestait son intérêt pour les objectifs du parti, sinon sa reconnaissance pour les faveurs obtenues ou à venir. »
En début de journée, Jacques Duchesneau disait s’attendre à ce que les adversaires de la CAQ sortent « toutes sortes de lapins » de leur chapeau pour mieux attaquer son chef, qui est l’étoile montante de la campagne, mais il est encore plus facile de relever les contradictions que François Legault ne cesse de multiplier.
Mme Marois a été littéralement médusée de l’entendre assurer de façon catégorique qu’un gouvernement caquiste n’augmenterait pas les tarifs d’Hydro-Québec. Déjà, en mars dernier, le dégel du « bloc patrimonial », qui entraînera une hausse spectaculaire des tarifs à compter de 2014, était une des rares mesures du budget Bachand qui trouvaient grâce à ses yeux. Un « rattrapage » nécessaire, disait-il. Il l’a donc inscrite dans son propre cadre financier.
M. Legault avait également oublié qu’il répète depuis des mois son intention de cesser les chicanes avec Ottawa, malgré tous les pouvoirs qu’il promet de rapatrier. C’était à qui, de Jean Charest et de Pauline Marois, allait lui reprocher avec le plus de sarcasme son « cheminement » sur la question nationale. Il n’a pas fini d’en entendre parler.
Curieusement, personne ne semblait désireux de parler de la crise étudiante. À entendre M. Charest au premier jour de la campagne, la loi, les institutions et la démocratie elle-même étaient en péril. Se pourrait-il qu’il nous ait raconté n’importe quoi ?
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Aucun des participants n’a pris le débat à quatre comme un simple échauffement en attendant les trois face-à-face des prochains jours. Les échanges ont été aussi incisifs qu’instructifs, mais le cours de la campagne n’en sera pas modifié. À moins d’un rarissime K.-O., les débats télévisés permettent la plupart du temps à chacun des participants de consolider son vote.
Ceux qui s’affronteront en face-à-face au cours des trois prochains jours se réjouiront sans doute secrètement que Françoise David n’y soit pas, mais celui qui sera le plus soulagé de cette absence est sûrement son adversaire péquiste dans Gouin, Nicolas Girard.








