Trois-Rivières, circonscription baromètre - Prière de s’occuper d’emploi
La polémique au sujet du crucifix a jeté de l’ombre sur des enjeux plus immédiats, comme la diversification économique
La principale intéressée ne s’en inquiète pas. « Je pense que les gens sont capables de faire la part des choses. Je suis restée digne dans ces attaques-là. J’ai dit que je ne commenterais pas par respect pour la population parce que je ne souhaitais pas que cette campagne prenne une tournure personnelle, ce qui n’est pas du tout l’objet de ma candidature », a répondu Mme Benhabib lors du passage du Devoir à Trois-Rivières au lendemain de l’entrevue qu’a accordée mercredi au 98,5 FM le maire de Saguenay, Jean Tremblay. Celui-ci a alors attaqué la candidate péquiste pour sa position en faveur du retrait du crucifix à l’Assemblée nationale, tandis que Mme Benhabib s’est défendue en affirmant que cette prise de position était déjà connue et qu’elle avait de toute façon décidé de se rallier aux idées prônées par son parti.
Dans une circonscription où chaque vote compte - la députée sortante Danielle St-Amand ne l’a emporté que par 960 voix en 2008 -, les deux principaux adversaires de Mme Benhabib se sont sans surprise emparés de la controverse. « Je n’ai pas d’agenda caché, pas de cause particulière à défendre. Ma cause, je n’en ai qu’une seule, c’est d’être au service des citoyens de Trois-Rivières et de les représenter le mieux possible, a commenté Mme St-Amand. Ce n’est pas parce qu’on porte une petite croix dans le cou que la neutralité de l’État est remise en question. »
« Ce n’est pas le crucifix qui préoccupe les gens. Ce sont plutôt les emplois et les investissements privés pour créer de la richesse qui leur tiennent à coeur », a de son côté répliqué le candidat de la Coalition avenir Québec (CAQ), Andrew D’Amours, âgé de 22 ans.
Dans un centre d’achat de Trois-Rivières, plusieurs personnes rencontrées sont également de cet avis. « On aime conserver nos traditions. Ça ne nuit pas à personne, un crucifix. Qu’est-ce qu’il va arriver si un jour on commence à tout nous enlever ? », se demande Loraine lorsqu’on évoque le nom de Djemila Benhabib. Plus loin, d’autres passants avouent que le battage médiatique des derniers jours pourrait compromettre leur appui au PQ, mais tous ne sont pas du même avis. Parmi les nombreuses lettres d’opinion - à la fois positives et négatives - publiées au sujet de la candidate dans le journal local Le Nouvelliste, Gilbert Mercure est élogieux. « Trois-Rivières mérite mieux qu’un député sans voix. Nous méritons d’être représentés par une personne dont les connaissances et l’expérience de vie l’amèneront à jouer un rôle clé au sein d’un gouvernement. Nous méritons d’être représentés par une personne d’idées et de convictions. Nous méritons Djemila », écrit-il.
Circonscription baromètre
Cette controverse entourant l’opinion de Mme Benhabib au sujet du crucifix à l’Assemblée nationale se répercute sur une circonscription qui a fait élire pendant 32 années consécutives celui qui est responsable de sa présence sur le mur du Salon bleu : Maurice Duplessis. Depuis la fin de son long règne, les Trifluviens ont toujours été représentés par un ou une député du parti au pouvoir, à l’exception des 10 années qui ont suivi la mort du « Chef » en 1959 et de l’élection de l’adéquiste Sébastien Proulx en 2007.
Qu’indiquera donc le cadran de cette circonscription baromètre cette année ? Les victoires obtenues récemment par de très faibles majorités rendent difficiles les prédictions, mais une lutte à trois semble se dessiner.
Rencontrée à son local électoral du centre-ville de Trois-Rivières, la candidate du Parti libéral et députée sortante, Danielle St-Amand, se décrit comme une « femme de terrain » qui est « imprégnée dans la communauté depuis plus de 30 ans ». « Pour nous, un citoyen, c’est un client, et on en prend soin. On travaille avec ses impôts et on s’assure de le représenter le mieux possible pour qu’il ait le plus de retombées et qu’il ait les meilleurs services », lance-t-elle. Sans dévoiler de chiffres précis, elle dit vouloir créer de nouveaux emplois et stimuler l’entrepreneuriat dans une région qui a toujours beaucoup misé sur l’industrie des pâtes et papiers et qui est durement affectée par son ralentissement.
« Le bilan économique n’est pas terrible parce qu’il n’y a pas eu de vision », note quant à elle la candidate du Parti québécois Djemila Benhabib, croisée lors d’un tournoi de golf. Cette auteure et militante anti-islamiste d’origine algérienne bien connue pour son passage dans le monde des médias partage toutefois la volonté de diversifier l’économie en favorisant les PME locales. Elle priorise par ailleurs la santé et l’éducation en répétant vouloir défendre les préoccupations de ses concitoyens. Et l’accueil des Trifluviens ? « Les gens sont chaleureux, ouverts. Ils sont même reconnaissants que je me sois présentée à Trois-Rivières parce que ça donne une certaine visibilité à la ville », juge-t-elle.
Andrew D’Amours, lui, espère brouiller les cartes. « J’avais un bon emploi et je n’aurais pas mis ma face sur un poteau si je ne pensais pas que j’avais des chances de l’emporter », affirme le jeune candidat de la CAQ, qui a étudié en administration des affaires et qui était jusqu’à tout récemment consultant en gestion dans un CLSC du coin. Il croit même que la véritable lutte lors de la prochaine élection opposera son parti au PQ, « parce que les gens veulent du changement ». M. D’Amours veut lui aussi appuyer l’économie trifluvienne et reprend la proposition phare du candidat Gaétan Barrette en promettant un médecin de famille pour tous.
Deux autres noms apparaîtront également sur le bulletin de vote à Trois-Rivières le jour du scrutin : ceux du syndicaliste et organisateur communautaire Jean-Claude Landry, candidat pour Québec solidaire, et du diplômé de l’UQAM et du cégep de Jonquière Charles-Hugo Normand, candidat pour Option nationale.


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Djemila Benhabib, candidate du PQ: «[Les gens] sont même reconnaissants que je me sois présentée à Trois-Rivières parce que ça donne une certaine visibilité à la ville.»</div>
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Djemila Benhabib, candidate du PQ: «[Les gens] sont même reconnaissants que je me sois présentée à Trois-Rivières parce que ça donne une certaine visibilité à la ville.»</div>](http://media1.ledevoir.com/images_galerie/c_124700_96856/image.jpg)








