Pour rétablir la santé
Les promesses sont nombreuses, mais manquent de vision globale
Accès à un médecin de famille pour tous dans un délai d’un à quatre ans. Abolition - ou non - de la taxe santé. Soins dentaires pour les jeunes d’un côté, crédits d’impôt pour leurs activités sportives de l’autre. Des CLSC ouverts 24 heures sur 24. Comment des observateurs du réseau de la santé notent-ils ces promesses ? La Coalition avenir Québec et le Parti libéral coulent l’examen des chercheurs Astrid Brousselle, Damien Contandriopoulos et André-Pierre Contandriopoulos, alors que le Parti québécois et Québec solidaire récoltent la note de passage.
« Personne n’est dans les A », précise Damien Contandriopoulos, professeur et chercheur à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal. Avec ses deux collègues et appuyé par des dizaines d’experts et observateurs du système de santé, il signait en février dernier un plan en dix points pour remettre le réseau, et surtout sa première ligne, sur pied. Clairement teintés en faveur d’une première ligne forte et publique, les trois experts se réjouissent que cette dernière soit « la saveur du mois » des partis politiques. Mais les réjouissances s’arrêtent à peu près là.
« Ce qui est rassurant, c’est que ce soit devenu main stream d’affirmer que la priorité doit aller à la première ligne. Ce qui est perturbant, c’est qu’on dit très peu sur le comment », résume Damien Contandriopoulos. C’est simple, tous craignent de se casser les dents, selon son collègue André-Pierre Contandriopoulos, qui est, lui, professeur au Département d’administration de la santé de l’Université de Montréal. « Personne n’aborde le comment, car c’est là que les pressions et les jeux de pouvoir se révèlent. Ce qui est proposé n’est absolument pas original. On disait la même chose il y a 42 ans. »
Bulletin des partis
Si aucun parti ne semble à même de faire changer de cap l’immense paquebot qu’est le système de santé québécois, certains risquent de l’envoyer sur des récifs, estiment les trois experts, tout de même satisfaits que le PQ, la CAQ et QS songent à abolir la « taxe santé » de 200 $ par personne.
Si on dresse une liste d’épicerie des engagements en santé évoqués depuis le début de la campagne, celle du PLQ est la plus courte. « Il faut se souvenir que Jean Charest a fait deux fois des élections sur le thème de la santé. Il ne peut pas le faire une troisième fois », selon André-Pierre Contandriopoulos. « Prétendre autre chose que tout va bien, que les problèmes sont anecdotiques, serait concéder avoir menti les deux dernière fois. » Il concède au PLQ deux bonnes idées, comme l’extension de la couverture dentaire publique aux 16 ans et moins et des mesures pour les infirmières.
Le Parti québécois ne soulève pas non plus un grand enthousiasme du côté d’Astrid Brousselle, car, malgré l’intention de régler les problèmes d’accessibilité, on explique peu la façon dont on compte y parvenir. La titulaire de la Chaire de recherche du Canada en évaluation et amélioration du système de santé à l’Université de Sherbrooke fonde tout de même certains espoirs en la personne du Dr Réjean Hébert, qui a été doyen de la Faculté de médecine de cette université. « On sait qu’il y a un véritable modèle derrière ses idées de prise en charge des aînés », dit-elle. Le PQ propose un guichet unique d’accès aux soins pour les aînés afin de leur donner les bons soins et services au bon moment, dans une perspective d’autonomie.
La CAQ, qui par sa nouveauté et son candidat-vedette, le Dr Gaétan Barrette, attisait sa curiosité, cause à Damien Contandriopoulos sa plus grande déception. Elle « propose de loin les idées les plus vides, les plus molles et les plus incohérentes, dit-il sans détour. Je m’attendais de la part du Dr Barrette à des propositions qui brassent la cage. » Pour lui, en santé, la CAQ est « la source la plus aride de bonnes idées ». De plus, l’idée d’un projet-pilote sur la mixité public-privé, héritée de la défunte ADQ, n’est selon André-Pierre Contandriopoulos qu’un moyen d’ouvrir la porte au privé, qu’il sera ensuite « impossible d’arrêter ». Le Dr Barrette, s’il est élu, ne semble toutefois aucunement pressé de le concrétiser, à moins que le public ait atteint sa « pleine capacité », a-t-il dit cette semaine.
Les médecins de famille, au coeur du plan du Dr Barrette qui en promet un à tous en un an, se sont tout de même montrés satisfaits au moment du dévoilement de la plateforme santé de la CAQ. Le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), se réjouissait que la première ligne soit au coeur des débats et espérait que cela se traduise par des actions concrètes au lendemain de l’élection, peu importe le gagnant.
Du côté de Québec solidaire, la bonne idée retenue par les trois experts, qui ont étudié les systèmes de santé des autres pays industrialisés, reste Pharma Québec, société d’État chargée du médicament. « Je ne crois pas comme eux que ça va faire pleuvoir les milliards, dit Damien Contandriopoulos, mais c’est une approche cohérente. » Option nationale propose également la création de Pharma Québec, ainsi que le paiement des médecins à salaire plutôt qu’à l’acte et l’intégration de la prévention en santé au cursus scolaire des jeunes.
Déception et scepticisme
Bref, la campagne déçoit. « Les élections, ça serait le moment de rêver à ce qu’on veut comme soins. On ne voit pas ça dans les plateformes », résume Astrid Brousselle.
La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), l’infirmière Régine Laurent, fait le même constat : « Je rêvais d’une campagne différente. Mais chacun arrive avec ses clips, une journée après l’autre. J’aurais voulu connaître la vision globale de chacun des partis. »
« Donnons le temps aux aspirants ministres de la Santé de donner leur vision », formule-t-elle comme souhait, à la veille du débat télévisé.
Mais ces promesses faites par les différents partis, les dirigeants des établissements de santé se demandent comment elles seront financées. Lise Denis, la directrice générale de l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), soulignait en conférence de presse cette semaine que non seulement le budget consacré à la santé ne permet pas de financer les diverses promesses des partis politiques en campagne, il ne permet même pas, selon elle, de maintenir les services actuels.








