Plan de transport collectif du PQ: même argent, ambitieux programme
Le projet de lier Montréal à Mascouche par train sera réalisé coûte que coûte, dit-on
Si le PQ est élu et qu'il tient promesse, il y a aura en 2020, dans la région de Montréal, quelque 300 km de voies réservées de plus, on pourra visiter Anjou en métro et Mascouche par le train de l'Est... et l'électricité aura véritablement amorcé sa conquête du réseau de transport québécois. Tout ça pour presque rien.
C'est là l'ambitieux programme qu'a dévoilé mercredi matin Pauline Marois. Ce plan en matière de transport collectif reprend l'essentiel des mesures déjà prévues au programme du parti — en laissant tomber toutefois le projet d'un train à grande vitesse entre Québec et Montréal. Et selon Pauline Marois, il ne nécessitera pas beaucoup de nouveaux déboursés.
«Nous utiliserons les fonds disponibles en modifiant le plan québécois d'investissement dans les infrastructures», a-t-elle indiqué depuis les locaux du Centre national du transport avancé, à Saint-Jérôme — elle a plus tard pris un bain de foule à la gare de Blainville.
Actuellement, 16,5 milliards sont prévus annuellement par l'État pour le réseau routier, et 2,9 milliards pour le transport en commun (donc un peu moins de 15 % de la somme totale réservé au transport et aux routes). «Nous allons modifier cette modulation de telle sorte qu'on va diriger une partie importante des sommes du réseau routier vers le transport en commun, dit Mme Marois. Nous utiliserons l'argent différemment.»
De 15 %, la part du transport en commun pourrait passer à «25, 30, 35 %», selon la chef péquiste. Le chiffre de 30 % est celui demandé mardi par une coalition de huit groupes environnementaux. Mme Marois n'a pas exclu d'ajouter «quelques dizaines de millions à la marge» pour compléter certains projets, mais le PQ promet «de fonctionner avec les chiffres déjà prévus par le gouvernement, en établissant des priorités différentes».
Priorité ligne bleue
Priorité ligne bleue
La priorité absolue du PQ est le prolongement de la ligne bleue du métro jusqu'à Pie-IX dans un premier temps, et jusqu'à Anjou d'ici 2020. L'Agence métropolitaine de transport (AMT) étudie depuis 2009 les possibilités de prolongement des lignes verte, orange et bleue: des études ont été commandées et le projet entrera bientôt dans sa phase III (échéancier, coûts réels...).
Le PQ se basera sur ces études pour développer le projet, mais a déjà déterminé que la ligne bleue est prioritaire. Ajouter des stations jusqu'aux rues Viau, Pie-IX et Lacordaire permettrait d'ajouter 140 000 usagers par jour, estime-t-on.
Deuxième priorité: le train de l'Est entre Montréal et Mascouche, que le PQ promet d'ici la fin 2014. Cela coûte que coûte, même si Mme Marois a dit s'attendre à ce que le coût final du projet soit d'environ 700 millions. «Pour l'instant, c'est de cet ordre et j'espère que ça ne nous coûtera pas davantage, a-t-elle dit. Mais l'engagement est pris et nous allons le réaliser, quitte à ce qu'il y ait des coûts supplémentaires à encourir. Mais nous allons le faire.»
Contrôle des coûts
Contrôle des coûts
Annoncé en 2006, ce projet devait initialement coûter 300 millions et être terminé cette année. Or, on sait maintenant que la facture dépassera les 671 millions. Le gouvernement Charest a suspendu les travaux dans la controverse et le directeur de l'Agence métropolitaine de transport (AMT) a démissionné dans la foulée. Le PQ a déjà demandé au vérificateur général de se pencher sur le dossier.
Interrogée à savoir comment le PQ arrivera à bien contrôler ces coûts, Mme Marois a évoqué l'engagement à «redévelopper une expertise au sein du ministère des Transports pour éviter pareille catastrophe». Elle a aussi rappelé que les «expropriations sont faites, les tracés sont faits, le travail est fait, il n'est pas question de laisser tomber les gens de la région qui attendent le train.»
Le PQ veut par ailleurs «établir un ordre de priorité pour les travaux routiers» (en fonction de la sécurité), de manière à faciliter la fluidité de la circulation. «Ce n'est pas vrai que tout doit être fait en même temps», a indiqué Mme Marois. On promet aussi l'ajout de «300 kilomètres de voies réservées au transport collectif» d'ici 2020 et une attention pour que le projet du pont Champlain «fasse une place importante au transport en commun».
Le parti utiliserait finalement une partie du Fonds d'investissement de 10 milliards qu'il veut mettre sur pied à la Caisse de dépôt et placement pour investir dans les travaux d'électrification des transports — autos, trains, métros et autobus — et diminuer la dépendance au pétrole. Plus de la moitié du déficit commercial du Québec (24 milliards) «sert à acheter du pétrole étranger», a rappelé Mme Marois.
Musique aux oreilles
Le plan a été bien reçu par Équiterre, membre du collectif de huit groupes ayant exprimé des demandes électorales cette semaine. «C'est de la musique à nos oreilles», a commenté Steven Guilbeault. Nous n'arriverons pas à diminuer nos émissions de gaz à effet de serre sans réduire notre dépendance au pétrole. Et pour y arriver, il faut établir des priorités et faire des choix.»








