Les jeunes Québécois pensent trop à la «belle vie», croit Legault
Là-bas, a soutenu M. Legault, « les parents veulent [que leurs enfants] deviennent tous ingénieurs ; ils sont obligés de les arrêter d’étudier le soir ; ils se rendent presque malades ! Moi, je me dis, à long terme, il y a un danger. Si les Asiatiques sont très travaillants et que, nous, on dit qu’on veut juste faire la belle vie, on va mal se réveiller un jour ! »
Lors d’un point de presse à la sortie de la demeure de M. Bilodeau, M. Legault a poursuivi sa critique. Il a rappelé que, l’an dernier, il était allé échanger avec des jeunes qui participaient à l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde : « J’essayais de leur expliquer comment créer de la richesse au Québec. La plupart des questions, c’était : “ Pourquoi ? Pourquoi créer de la richesse ? Moi, ce que je veux dans la vie, c’est de ne pas avoir de stress, être chez nous à 4 heures ! ” À un moment donné, on va mal se réveiller. Il va falloir comprendre qu’au Québec, si on veut être capable de garder les mêmes programmes sociaux qu’on a actuellement, va falloir améliorer notre productivité. Va falloir faire des efforts. Va falloir qu’il y ait moins de jeunes qui décrochent ; qu’ils soient mieux formés. Il va vraiment devoir en faire une priorité. Je trouve ça inquiétant. »
Comme Lucien Bouchard ?
M. Legault a martelé que la productivité québécoise doit impérativement être améliorée. Cela ne rejoint-il pas les propos de l’ancien premier ministre Lucien Bouchard ? Ce dernier avait déclaré, en 2006, un an après la parution du Manifeste des lucides : « On ne travaille pas assez. On travaille moins que les Ontariens, infiniment moins que les Américains ! Il faut qu’on travaille plus. »
François Legault, qui a été invité à plonger en politique par M. Bouchard en 1998 et qui fut un ministre de son gouvernement, a d’abord répondu par un éclat de rire. Puis il a déclaré : « Il faut “ mieux ” travailler. Il ne faut pas nécessairement travailler plus d’heures, mais on a un sérieux problème de productivité au Québec. Tout ce que j’ai pu lire sur le développement économique depuis 20 ans au Québec m’inquiète », a-t-il opiné.
Ce déficit de productivité explique l’écart de richesse important entre le Québec et le reste de l’Amérique du Nord. Pour combler cet écart, selon lui, le Québec a besoin de se donner des « universités de qualité », d’augmenter la productivité des entreprises et d’améliorer la formation des travailleurs. « Et quand je vois les Asiatiques mettre autant l’accent entre autres dans des secteurs comme l’ingénierie… C’est une clé ça, dans l’avenir. » Et nous pourrions nous en inspirer, croit-il. Il estime que davantage de jeunes doivent s’inscrire à Polytechnique et à l’ETS, entre autres.
L’ADN de l’ADQ éliminé ?
Par ailleurs, le chef caquiste a confirmé hier qu’il abandonnait la promesse historique de l’Action démocratique du Québec (ADQ), de 2007, de verser 100 $ par enfant gardé à la maison plutôt qu’en garderie à 7 $. Les finances publiques du Québec ne le permettraient pas, a expliqué M. Legault, et c’est pour cette raison qu’elle ne se trouve pas dans la liste des 94 engagements de la CAQ présentée hier. L’évaluation de la mesure faisait partie de l’entente de fusion entre la CAQ et l’ADQ.
Selon Jean Charest, François Legault «“flushe” » totalement l’ADQ et les anciens députés de l’ADQ. C’est une vraie humiliation », a insisté le premier ministre. Quant au privé en santé, « M. Barrette a réglé ça en un temps deux mouvements [sic]. » M. Charest réagissait aux dernières nouvelles au sujet de la CAQ en marge d’une annonce à Portneuf : « Le gars qui devait faire le ménage […] et qui disait très directement qu’il ne fallait pas qu’il s’éparpille, le même gars a 94 engagements, 94 ! », s’est-il exclamé. Le chef libéral a dénoncé, du reste, le fait que pratiquement aucun engagement - sauf un - de la CAQ ne vise la région de la Capitale nationale. Pourtant, les anciens adéquistes y détiennent des sièges. Seule exception : tenir une rencontre sur le tourisme - alors qu’un sommet sur cet enjeu a eu lieu en avril dernier, a dénoncé le chef libéral.
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Guillaume Bourgault-Côté
Avec la collaboration de Robert Dutrisac








