CAQ: des positions ambigües sur l’environnement
Laval - Pour sa journée sur l’environnement, François Legault s’est lancé dans une série de mesures toutes plus ambigües les unes que les autres. Moratoire sur les gaz de schiste, sauf pour quelques expérimentations, interdiction de l’exportation de l’amiante tout en honorant le prêt de 58 millions accordé à la mine Jeffrey, flous artistiques entourant le rapatriement des compétences fédérales en matière d’environnement… Le chef caquiste avait un discours empreint de contradictions en ce onzième jour de campagne.
Le rapatriement de la météo au provincial a été l’objet de plusieurs blagues tout au long de la journée dans la caravane de la CAQ. Et pour cause. En matinée, François Legault s’est avancé de façon très claire sur le rapatriement de toutes les compétences environnementales au provincial. Comme l’environnement n’est «pas la tasse de thé» du gouvernement Harper, a résumé Legault, aussi bien, rapatrier toutes les compétences. Toutes? «Toutes». Même la météo? Rires. «Je ne sais pas si on ira jusqu’à la météo…»
Mais Legault croit qu’il y aura une ouverture du côté du fédéral sur ce sujet: «Je pense que c’est raisonnable de croire, compte tenu des positions de M. Harper et de ce qu’il a déjà fait pour abolir et modifier certaines lois, qu’on aura une acceptation du côté du gouvernement fédéral.»
François Legault s’est avancé bien plus qu’il ne le devait. Il avait prévu annoncer seulement le rapatriement des évaluations environnementales. Suite à ce faux pas, ses stratèges se sont ramenés dans l’autobus des médias pour préciser que cela était «un idéal», et non un engagement formel.
En point de presse à Laval en après-midi, le chef caquiste a fait une blague sur la météo qui était belle et qui demeurerait donc de compétence fédérale, avant de nuancer lui-même sur ses engagements du matin. «Dans un monde idéal — on veut quand même faire deux mandats —, on aimerait récupérer tous les pouvoirs en matière d’environnement. Mais à court terme, les discussions vont d’abord porter sur les évaluations environnementales. C’est important, d’abord, d’avoir un guichet unique à Québec et que les projets soient bien étudiés, mais plus rapidement.»
La relance de Jeffrey compromise
Il est revenu également sur l’amiante, un sujet qu’il avait abordé la veille. Cette fois-ci, il a annoncé qu’un gouvernement caquiste interdirait définitivement l’exportation de l’amiante, un «produit dangereux» qui n’est «plus de notre époque». Selon lui, il est «moralement et scientifiquement indéfendable» de continuer à exporter l’amiante à l’étranger et cela n’est «pas conforme aux valeurs des Québécois».
Pourtant, la veille, il avait déjà répondu qu’il honorerait, s’il était élu, le prêt de 58 millions que le gouvernement libéral a accordés à mine Jeffrey pour la relance de la mine d’Asbestos, un prêt controversé qu’il dénonce, certes, mais qu’il honorerait néanmoins, car «on n’est pas dans une république de bananes». Or, le minerai extrait de la mine Jeffrey est principalement destiné à l’exportation, en Inde et en Thaïlande notamment. Comment peut-il donc honorer un prêt de 58 millions pour relancer la mine et en interdire l’exportation?
«Le prêt est fait. On va respecter le prêt, mais on va interdire l’exportation de l’amiante. Donc, effectivement, ça risque de créer un problème à l’entreprise […] Il va falloir trouver un arrangement spécial avec l’entreprise — et je ne veux pas commencer la négociation ici en public —, mais je suis très conscient que l’entreprise va se retrouver dans une situation difficile.»
Aux travailleurs, il promet de s’occuper lui-même de la «reconversion industrielle dans la région de l’amiante» pour créer de nouveaux emplois «qui respectent nos valeurs». Mais au-delà de ces paroles, François Legault n’a pas été capable de présenter un réel plan de reconversion avec des propositions précises.
Selon lui, c’est une «décision qui n’est pas facile à prendre», mais il estime qu’il ne faut pas faire des compromis par «opportunisme politique», ce dont il accuse Pauline Marois depuis plusieurs jours. «Mme Marois est opportuniste, comme avec les étudiants […] Elle continue d’être dans le flou concernant l’amiante. Nous sommes le seul parti avec une position claire.»
Un moratoire «sauf que»
Sur les gaz de schiste, François Legault s’est fait ambigu en annonçant tout d’abord qu’il était pour un «moratoire ferme», tant sur l’exploration que l’exploitation. Mais après quelques questions, il a ouvert la porte aux explorations expérimentales sous supervision pour aller chercher une expertise.
«C’est un vrai moratoire où il y a zéro exploration, zéro exploitation… sauf quelques projets pilotes où le ministère de l’Environnement est là pour surveiller les travaux, accepter les travaux avant qu’ils ne soient faits.»
Pour un homme qui dénonçait le «flou artistique» du gouvernement libéral qui n’avait «pas eu le courage de décréter un vrai moratoire» comme la population lui demandait, la position de Legault ne s’en éloigne pas tant. En effet, sa vision du moratoire ressemble étrangement au «moratoire technique» qui a été mis en place par le gouvernement libéral suite au rapport du BAPE qui recommandait une Étude Environnementale Stratégique (ÉES). Aucune compagnie n’a le droit, présentement, de faire de la fracturation hydraulique sans l’autorisation de ce comité qui est chargé de suivre ces activités pour étudier les effets.
En après-midi, il est revenu pour préciser qu’il n’autoriserait qu’un ou deux projets pilotes s’il réussissait à obtenir des ententes visant un encadrement rigoureux. Mais dans la réalité, aucune industrie n’accepterait de s’engager dans une telle expérimentation puisqu’il faut une masse critique de puits pour qu’un investissement en vaille la peine, le prix du gaz étant présentement assez bas.
Et le pétrole de schiste?
François Legault dit vouloir écouter la grogne populaire contre les gaz de schiste, pour lesquels il existe encore trop de risques de contamination de la nappe phréatique. Mais pour le pétrole, c’est une autre histoire, malgré la contestation et les risques environnementaux qui ne sont pas négligeables non plus.
«Avec les données que nous avons, je pense qu’il est possible d’exploiter le pétrole d’une façon sécuritaire et en respectant l’environnement», a-t-il soutenu.
Il avance que d’une façon ou d’une autre, Terre-Neuve va exploiter la moitié du gisement. «Ça va donc nous affecter autant s’il y a un problème». Quant au pétrole de schiste, François Legault convient qu’il y a une possibilité que les compagnies s’engagent dans cette option, mais il affirme que «l’exploitation du pétrole de schiste est moins risquée que celle du gaz de schiste». Il veut lancer l’exploitation à fond la caisse – tout en respectant l’environnement – pour payer la dette du Québec.
Cette position ne tient pas la route, selon André Bélisle de l’AQLPA. «C’est anachronique d’aller vers le pétrole, tout le monde convient qu’il faut sortir du pétrole dans le cadre du réchauffement planétaire. Il y a des économistes aveugles qui voient des gros signes de piastre, mais au bout du compte, ça va nous coûter plus cher en dommages». Plusieurs spécialistes et environnementalistes répètent depuis des années qu’une fuite de pétrole – aussi minime soit-elle – dans le golfe St-Laurent aurait des conséquences catastrophiques sur les écosystèmes de même que sur les industries touristiques et de la pêche.
Quant à la question des gaz de schiste, André Bélisle dit qu’un moratoire qui n’exclut pas absolument toute exploration «ne vaut rien». Il se dit néanmoins heureux de voir que les trois partis s’entendent pour dire qu’il faut arrêter l’exploitation, ne serait-ce que par un simulacre de moratoire.
Les péquistes et libéraux ont également émis certaines réserves sur les annonces du chef caquiste, l’accusant d’improvisation. «Il est sorti aujourd’hui pour dire des choses qui, franchement, n’ont aucun sens, a soutenu Jean Charest dans un point de presse à Victoriaville. De toute évidence, il n’y comprend rien — comment on gère le dossier de l’environnement tant du côté du gouvernement du Québec que du gouvernement fédéral et dans les relations entre les deux — rien.»
Après avoir parlé d’«amateurisme» de la part Legault, Pauline Marois s’est néanmoins dit «fondamentalement d’accord» avec le principe du rapatriement des compétences fédérales en environnement.
«Plus nous serons responsables de tout ce qui concerne l'environnement, plus nous pourrons être efficaces et plus nous pourrons être cohérents. L'exemple de Kyoto illustre bien mon propos quant à la capacité que nous aurions de prendre nos décisions, a-t-elle soutenu à la Cité des sports de Terrebonne. Il y aurait une seule agence qui ferait toutes les évaluations. Ça fait partie de notre plan de match.»
À Ottawa, ni les conservateurs ni le NPD n’ont voulu commenter, se gardant bien de s’ingérer dans une élection provinciale.
Avec Antoine Robitaille et Robert Dutrisac
Le rapatriement de la météo au provincial a été l’objet de plusieurs blagues tout au long de la journée dans la caravane de la CAQ. Et pour cause. En matinée, François Legault s’est avancé de façon très claire sur le rapatriement de toutes les compétences environnementales au provincial. Comme l’environnement n’est «pas la tasse de thé» du gouvernement Harper, a résumé Legault, aussi bien, rapatrier toutes les compétences. Toutes? «Toutes». Même la météo? Rires. «Je ne sais pas si on ira jusqu’à la météo…»
Mais Legault croit qu’il y aura une ouverture du côté du fédéral sur ce sujet: «Je pense que c’est raisonnable de croire, compte tenu des positions de M. Harper et de ce qu’il a déjà fait pour abolir et modifier certaines lois, qu’on aura une acceptation du côté du gouvernement fédéral.»
François Legault s’est avancé bien plus qu’il ne le devait. Il avait prévu annoncer seulement le rapatriement des évaluations environnementales. Suite à ce faux pas, ses stratèges se sont ramenés dans l’autobus des médias pour préciser que cela était «un idéal», et non un engagement formel.
En point de presse à Laval en après-midi, le chef caquiste a fait une blague sur la météo qui était belle et qui demeurerait donc de compétence fédérale, avant de nuancer lui-même sur ses engagements du matin. «Dans un monde idéal — on veut quand même faire deux mandats —, on aimerait récupérer tous les pouvoirs en matière d’environnement. Mais à court terme, les discussions vont d’abord porter sur les évaluations environnementales. C’est important, d’abord, d’avoir un guichet unique à Québec et que les projets soient bien étudiés, mais plus rapidement.»
La relance de Jeffrey compromise
Il est revenu également sur l’amiante, un sujet qu’il avait abordé la veille. Cette fois-ci, il a annoncé qu’un gouvernement caquiste interdirait définitivement l’exportation de l’amiante, un «produit dangereux» qui n’est «plus de notre époque». Selon lui, il est «moralement et scientifiquement indéfendable» de continuer à exporter l’amiante à l’étranger et cela n’est «pas conforme aux valeurs des Québécois».
Pourtant, la veille, il avait déjà répondu qu’il honorerait, s’il était élu, le prêt de 58 millions que le gouvernement libéral a accordés à mine Jeffrey pour la relance de la mine d’Asbestos, un prêt controversé qu’il dénonce, certes, mais qu’il honorerait néanmoins, car «on n’est pas dans une république de bananes». Or, le minerai extrait de la mine Jeffrey est principalement destiné à l’exportation, en Inde et en Thaïlande notamment. Comment peut-il donc honorer un prêt de 58 millions pour relancer la mine et en interdire l’exportation?
«Le prêt est fait. On va respecter le prêt, mais on va interdire l’exportation de l’amiante. Donc, effectivement, ça risque de créer un problème à l’entreprise […] Il va falloir trouver un arrangement spécial avec l’entreprise — et je ne veux pas commencer la négociation ici en public —, mais je suis très conscient que l’entreprise va se retrouver dans une situation difficile.»
Aux travailleurs, il promet de s’occuper lui-même de la «reconversion industrielle dans la région de l’amiante» pour créer de nouveaux emplois «qui respectent nos valeurs». Mais au-delà de ces paroles, François Legault n’a pas été capable de présenter un réel plan de reconversion avec des propositions précises.
Selon lui, c’est une «décision qui n’est pas facile à prendre», mais il estime qu’il ne faut pas faire des compromis par «opportunisme politique», ce dont il accuse Pauline Marois depuis plusieurs jours. «Mme Marois est opportuniste, comme avec les étudiants […] Elle continue d’être dans le flou concernant l’amiante. Nous sommes le seul parti avec une position claire.»
Un moratoire «sauf que»
Sur les gaz de schiste, François Legault s’est fait ambigu en annonçant tout d’abord qu’il était pour un «moratoire ferme», tant sur l’exploration que l’exploitation. Mais après quelques questions, il a ouvert la porte aux explorations expérimentales sous supervision pour aller chercher une expertise.
«C’est un vrai moratoire où il y a zéro exploration, zéro exploitation… sauf quelques projets pilotes où le ministère de l’Environnement est là pour surveiller les travaux, accepter les travaux avant qu’ils ne soient faits.»
Pour un homme qui dénonçait le «flou artistique» du gouvernement libéral qui n’avait «pas eu le courage de décréter un vrai moratoire» comme la population lui demandait, la position de Legault ne s’en éloigne pas tant. En effet, sa vision du moratoire ressemble étrangement au «moratoire technique» qui a été mis en place par le gouvernement libéral suite au rapport du BAPE qui recommandait une Étude Environnementale Stratégique (ÉES). Aucune compagnie n’a le droit, présentement, de faire de la fracturation hydraulique sans l’autorisation de ce comité qui est chargé de suivre ces activités pour étudier les effets.
En après-midi, il est revenu pour préciser qu’il n’autoriserait qu’un ou deux projets pilotes s’il réussissait à obtenir des ententes visant un encadrement rigoureux. Mais dans la réalité, aucune industrie n’accepterait de s’engager dans une telle expérimentation puisqu’il faut une masse critique de puits pour qu’un investissement en vaille la peine, le prix du gaz étant présentement assez bas.
Et le pétrole de schiste?
François Legault dit vouloir écouter la grogne populaire contre les gaz de schiste, pour lesquels il existe encore trop de risques de contamination de la nappe phréatique. Mais pour le pétrole, c’est une autre histoire, malgré la contestation et les risques environnementaux qui ne sont pas négligeables non plus.
«Avec les données que nous avons, je pense qu’il est possible d’exploiter le pétrole d’une façon sécuritaire et en respectant l’environnement», a-t-il soutenu.
Il avance que d’une façon ou d’une autre, Terre-Neuve va exploiter la moitié du gisement. «Ça va donc nous affecter autant s’il y a un problème». Quant au pétrole de schiste, François Legault convient qu’il y a une possibilité que les compagnies s’engagent dans cette option, mais il affirme que «l’exploitation du pétrole de schiste est moins risquée que celle du gaz de schiste». Il veut lancer l’exploitation à fond la caisse – tout en respectant l’environnement – pour payer la dette du Québec.
Cette position ne tient pas la route, selon André Bélisle de l’AQLPA. «C’est anachronique d’aller vers le pétrole, tout le monde convient qu’il faut sortir du pétrole dans le cadre du réchauffement planétaire. Il y a des économistes aveugles qui voient des gros signes de piastre, mais au bout du compte, ça va nous coûter plus cher en dommages». Plusieurs spécialistes et environnementalistes répètent depuis des années qu’une fuite de pétrole – aussi minime soit-elle – dans le golfe St-Laurent aurait des conséquences catastrophiques sur les écosystèmes de même que sur les industries touristiques et de la pêche.
Quant à la question des gaz de schiste, André Bélisle dit qu’un moratoire qui n’exclut pas absolument toute exploration «ne vaut rien». Il se dit néanmoins heureux de voir que les trois partis s’entendent pour dire qu’il faut arrêter l’exploitation, ne serait-ce que par un simulacre de moratoire.
Les péquistes et libéraux ont également émis certaines réserves sur les annonces du chef caquiste, l’accusant d’improvisation. «Il est sorti aujourd’hui pour dire des choses qui, franchement, n’ont aucun sens, a soutenu Jean Charest dans un point de presse à Victoriaville. De toute évidence, il n’y comprend rien — comment on gère le dossier de l’environnement tant du côté du gouvernement du Québec que du gouvernement fédéral et dans les relations entre les deux — rien.»
Après avoir parlé d’«amateurisme» de la part Legault, Pauline Marois s’est néanmoins dit «fondamentalement d’accord» avec le principe du rapatriement des compétences fédérales en environnement.
«Plus nous serons responsables de tout ce qui concerne l'environnement, plus nous pourrons être efficaces et plus nous pourrons être cohérents. L'exemple de Kyoto illustre bien mon propos quant à la capacité que nous aurions de prendre nos décisions, a-t-elle soutenu à la Cité des sports de Terrebonne. Il y aurait une seule agence qui ferait toutes les évaluations. Ça fait partie de notre plan de match.»
À Ottawa, ni les conservateurs ni le NPD n’ont voulu commenter, se gardant bien de s’ingérer dans une élection provinciale.
Avec Antoine Robitaille et Robert Dutrisac








