Charest et Legault sur les traces de Harper

La stratégie politique actuelle de Jean Charest et François Legault rappelle beaucoup celle utilisée par le Parti conservateur, pendant la campagne électorale fédérale de 2011.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La stratégie politique actuelle de Jean Charest et François Legault rappelle beaucoup celle utilisée par le Parti conservateur, pendant la campagne électorale fédérale de 2011.

Une somme de 100 $ pour des livres scolaires, quelques jours de congé ici, un médecin de famille pour tous, 3000 $ pour changer ses fenêtres… Depuis le début de la campagne électorale, Jean Charest et François Legault rivalisent d’annonces simples et concrètes, très ciblées. Une méthode qui rappelle aux observateurs celle employée avec succès par Stephen Harper lors des dernières campagnes fédérales.

C’est ce qu’on appelle les « micro-campagnes » : dévoiler tôt le matin (pour imposer le thème de la journée) une mesure limpide qui s’adresse à une portion précise de l’électorat. Au printemps 2011, M. Harper avait ainsi enchaîné les annonces de crédit d’impôt ciblées (activités sportives, leçons de piano, pompiers volontaires…) ou les reconductions de programmes. Toujours simples, toujours claires, toujours faciles à résumer en moins de 140 caractères. L’objectif ? Aller chercher des votes auprès d’un électorat identifié à l’avance au moyen d’études stratégiques détaillées - un art dans lequel les conservateurs sont passés maîtres.


Et ce qu’on voit des campagnes de Jean Charest et de François Legault depuis le 1er août ressemble beaucoup à ça, note Eric Montigny, politologue à l’Université Laval. «Mario Dumont avait utilisé un peu cette stratégie en 2007 et en 2008 [notamment avec les 100 $ par semaine pour les parents de jeunes enfants qui ne vont pas en garderie], mais c’est beaucoup plus marqué cette année, dit-il. On propose quelque chose de concret, de facile à comprendre. »


Les exemples abondent dans les caravanes libérales et caquistes. Chez les libéraux, Jean Charest a promis lundi 100 $ aux parents du primaire pour acheter du matériel scolaire. Mardi, c’étaient 3000 $ en crédit d’impôt aux propriétaires qui feront des « rénovations vertes » à leur maison. Mercredi, il a indiqué vouloir étendre la couverture dentaire gratuite à tous les jeunes de moins de 16 ans (la protection de la RAMQ s’arrête à 10 ans actuellement). À travers cela, quelques mesures plus larges, comme le maintien à l’emploi des travailleurs d’expérience ou l’aide aux jeunes prestataires d’aide sociale pour accéder au marché du travail.


Du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault a promis mardi la réduction du fardeau fiscal des familles de la classe moyenne de 1000 $ (200 $ par année). Mercredi, il promettait cinq jours de congé payés pour permettre aux parents de répondre à leurs obligations parentales. Jeudi, cinq heures de plus de cours par semaine à l’école secondaire. Il y a eu aussi les promesses pour garantir un médecin de famille à chaque Québécois, et les 50 millions pour permettre aux étudiants du primaire et du secondaire d’aller voir quatre spectacles artistiques par année. Du concret, du précis.


À l’inverse, le Parti québécois a pour le moment opté pour des engagements de plus grande ampleur, liés à une certaine affirmation nationale. Création d’un Fonds d’investissement stratégique de 10 milliards, rapatriement du régime d’assurance-emploi au Québec, création d’une Banque de développement économique du Québec, « changements révolutionnaires pour assurer de meilleurs soins aux aînés », nouveau régime de redevances minières. « On n’est pas dans le même registre que les deux autres », dit M. Montigny.


Vue d’ensemble


« Sur le plan communicationnel, la stratégie des annonces simples est très efficace, indique Frédéric Bastien, chercheur au Groupe de recherche en communication politique. Les gens aiment des engagements qui sont précis plutôt que de grandes annonces qui demeurent un peu vagues. » Mais… il y a un mais.


« J’y vois un revers en matière de gouvernance, dit M. Bastien. Un parti qui aspire au pouvoir aura à gérer un grand nombre de dossiers. On ne peut pas réduire un mandat à quelques points précis, comme les conservateurs l’ont fait en 2011 avec leur plan en cinq points. Un parti qui choisit - à la manière du PQ - de présenter un programme qui est davantage macro que micro a un plus grand défi en matière de communication, mais il fournit plus d’informations sur ce qu’il fera une fois au pouvoir. Ça peut être plus rassurant pour les électeurs. »


C’est là une approche plus « traditionnelle », mais qui a de fait ses vertus, ajoute Antonia Maioni, professeure de science politique à l’Université McGill. « Ça dépend de la perception qu’on a de l’électeur, dit-elle. Croit-on qu’il n’accrochera qu’à une promesse particulière ? Ou croit-on qu’il veut une vue d’ensemble du projet présenté pour être rassuré sur la capacité du futur gouvernement de bien gouverner dans tous les dossiers ? »


En concentrant leur message sur des mesures bien déterminées, François Legault et Jean Charest « ont l’avantage de diriger un peu plus la couverture médiatique et de contrôler le message », dit Mme Maioni. Mais elle rappelle que « faire une campagne sur des promesses pointues fait en sorte qu’on ne parle pas de tout ». En 2011, par exemple, Stephen Harper n’a jamais évoqué le recul de l’âge d’admission aux prestations de la Sécurité de la vieillesse de 65 à 67 ans. « Les promesses que l’on fait sont précises, mais le reste demeure très flou », dit Mme Maioni.


« Les électeurs doivent aussi sentir que les petites annonces s’inscrivent dans un vrai plan de campagne, ajoute Éric Montigny. Il ne faut pas que ça ait l’air d’un collage, ça prend une cohérence d’ensemble - et une cohérence budgétaire. Les gens doivent voir le fil conducteur. On verra plus tard dans la campagne si M. Charest et M. Legault ont réussi ça, ou si Mme Marois s’en est mieux tirée avec son approche. » Surtout, dit-il, que M. Charest « n’a pas réussi pour le moment à imposer le thème de la journée comme le réussissait généralement M. Harper. Or, sans cet élément, les promesses ciblées se perdent vite. »

53 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 11 août 2012 00 h 16

    Oui mais...

    Vous avez probablmement raison. Mais nous savonsmaintenant que das la grande majorité des cas, ce sont des promesses vides. En quoi celles de Charest et de Legault seraient-elles différentes ?

    Est-ce que les québécois dont les ancêtres il est vrai s'accaparaient des fourrures wr autres richesses contre des miroirs, seront assez naïfs pour accepter les babioles électorales de ces politiciens retors ?

    • Richard Lavoie - Inscrit 11 août 2012 19 h 52

      Le vide et le maquillage sont à la mode... ;-)

  • Pierre Sabourin - Inscrit 11 août 2012 00 h 26

    Juste a prendre les deux.

    S'il y a du bien dans les petites annonces et les annonces plus détaillées, ils n'ont qu'a prendre les deux et maximiser l'effet.

    Ce qui serait bien pour empêcher des politiciens de faire des choses qu'il n'ont pas dit en campagne serait de les obliger a faire seulement ce qu'ils disent durant la campagne. Toutes nouvelles lois seraient votées par référendum ou mesure parlementaire spéciale! Une idée en l'aire mais bon... j'ai le droit de rêver en couleurs!!!

    Pierre Sabourin

    • Maxime Lévesque - Inscrit 11 août 2012 13 h 10

      Excellente idée....

  • Pierre Brulotte - Inscrit 11 août 2012 00 h 57

    De l'argent, toujours de l'argent..

    Au lieu d'offrir des crédits d'impôts à ceux qui font des rénovations vertes, ils devraient changer la législation... En ce moment, il est posssible de cimenter son bord de l'eau à condition de payer une simple amende (salée certe, mais réalisable)! Ensuite, une mine peut acheter votre terrain d'importe quand, du moyen qu'elle peut payer une certaine compensation financière. Donner de l'argent aux familles au début de l'école n'est pas une mauvaise chose, mais l'action est mal ciblée. Certaines familles peines à nourrir des enfants, ce n'est pas 100 dollars qu'il leur faut, mais une banque alimentaire, des petits déjeuners à l'école... Certains enfants n'arrivent même pas à payer leur matériel scolaire. Ne serait-il pas possible d'acheter des crayons, des cahiers à rabais que les écoles pourraient amasser? D'ailleur certaines familles auront peut-être cet argent sans en avoir besoin. Finalement, je remarque aussi le support est centré sur les familles avec des enfants en bas âge, qu'en est-il des adolescents, des jeunes adultes? Les dépenses ne diminuent pas avec l'âge, elles augmentent généralement, surtout si on veut envoyer nos enfants au cégep et à l'université! Sinon, il faut leur couper les vivres..

    • François Robitaille - Inscrit 11 août 2012 16 h 38

      Comment ils pourraient ne pas parler d'argent, c'est leur tâche de la "dépenser".... Tout les projets et problèmes dont vous parlez sont bien et remplie de bon sens et de vertue. Par contre, ils ont un prix...encore une fois. Votre choix semble bien à gauche et les chefs de parti dont vous parlez sont de centre ou de centre-droit. Il est donc normal que ce gens ne vous parlent pas. Mais nous parlons de la même argent....toujours de l'argent...

  • François Ricard - Inscrit 11 août 2012 06 h 14

    Promesses qui ne seront non tenues

    Plutôt que de parler des vraies choses, on préfère endormir la population avec des promesses qui, bon nombre le sait, ne seront jamais tenues.
    Pourquoi ne pas avoir des débats en profondeur sur plusieurs questions qui nous préoccupent et et auxquelles il faut trouver la réponse pour gérer notre avenir:
    ---la gratuité scolaire est-elle possible, souhaitable, rentable
    ---les commissions scolaires sont-elles possibles d'amélioration, devraient-elles être remplacées par autre chose
    ---la centrale nucléaire de Genmtilly va demander plus de 2 milliards pour sa réfection: cette rénovation est-elle utile, rentable. Si cette réfection est à abandonner peut-être pourrions-nous investir l'argent économisé dans l'éducation, diminuer notre dette ou mettre de l'argent de côté pour la génération qui nous suit.
    ---l'amélioration de notre système démocratique: deux des plus importants partis en lisse, PLQ et CAQ, ne soufflent jamais un mot à ce sujet.
    Des promesses. Les gens sont vraiment tannés de ce type de politique. Depuis des années la population manifeste son besoin de changement, que l'on fasse de la politique autrement.
    Il y en a marre d'un premier ministre et d'un gouvernement, élus toujours par une minorité de la population, qui gèrent de façon dictatorial pendant tout un mandat.

    • Claude Smith - Abonné 11 août 2012 10 h 31

      Le gouvernement a commencé par acheter des votes en annonçant une pluie de subventions dans les quatre coins du Québec tout en affirmant que cela n'avait aucun rapport avec le lancement de la campagne électorale. Et maintenant, il fait la même chose tout en évitant de discuter des grands enjeux de notre société comme la gestion de nos ressources, l'environnement, l'indépendance énergétique, l'orientation que nous voulons donner à notre système de santé public versus privé,, l'examen approfondi du financement de l'éducation au niveau universitaire.

      Claude Smith

  • Guy Vanier - Inscrit 11 août 2012 06 h 38

    et harper nous as tous floué!

    votons stratégique! sortons charest et le PLQ avec le parti qui ns promet des choses sérieuses, le PQ et Pauline!
    surprenons charest, allons tous voter le 4 septembre.

    • Pierrette Boulianne - Inscrite 11 août 2012 10 h 38

      Bonne idée et nous serons en sécurité.
      Pierrette Boulianne,
      Alma, Lac St-Jean

    • Marc-André Loyer - Inscrit 11 août 2012 13 h 16

      La devise du Québec est "je me souviens", je crois que vous avez oublié les années ou mme Marois était ministre de l'éducation... Elle installé des toilettes silencieuses à 600 000$ dans son bureau.... Au même moment elle coupait les budgets des cegep. Le PQ n'est vraiment pas la solution que le Québec à besoin!

    • François Ricard - Inscrit 11 août 2012 13 h 45

      Quand on regarde la feuille de route du PQ de 1995 à 2003 ce n'est ghuère plus reluisant.
      Et son programme actuel n'est pas plus emballant.
      Il nous faut des chagements et c'est maintenant qu'il faut les enclancher.
      PLQ+PQ+CAQ
      IL vaut mieux voter selon sa conscience et selon ses convictions.

    • André Le Belge - Inscrit 11 août 2012 14 h 01

      Sortons Charest et le PLQ mais aussi la CAQ vu qu'eux aussi suivent les traces de Harper.

    • François Robitaille - Inscrit 11 août 2012 16 h 58

      Harper n'a floué personne, il a clairement annoncer la baisse de la tps, les projets de lois... etc.. Il a livré, mais probablement pas en fonction de vos valeurs.

    • Claude Champagne - Inscrit 12 août 2012 09 h 06

      Messieurs Ricard et Loyer! Moi je me souviens que J. Chrétien et le ministre des finances P. Martin se sont bombés le torse avec un déficit o, sur le dos de qui, les provinces..Voici trouvé sur intrnet En tout, de 1994-95 à 2002-03, le gouvernement du Québec aurait disposé de 10,1 milliards de dollars de plus pour financer la santé, l'éducation post-secondaire et ses programmes sociaux. Ce manque à gagner équivaut à 5 % des dépenses annuelles du programme du gouvernement du Québec. Faites vos recherches ce n'est pas du tout compliqué à trouver.