Dans l'oeil du citoyen - L’art de gouverner
En élection, les candidats ont tous le même réflexe. Faire la preuve qu’ils savent décider. Qu’ils mènent leurs troupes avec fermeté. Qu’ils agissent avec conviction. Qu’une fois au pouvoir, ils sauront trancher dans le vif. D’autant qu’ils savent où ils s’en vont, leurs programmes en témoignent.
Les choses ne sont pas si simples, heureusement. Le choix des électeurs est infiniment plus subtil. Si l’on cherche des leaders capables d’imprimer une direction et de porter des valeurs qui nous sont chères, nous voulons aussi d’un gouvernement capable de naviguer dans l’incertitude et la diversité qui caractérisent notre époque.
Cette capacité, c’est l’art de gouverner. Or gouverner aujourd’hui ne peut plus se faire d’en haut. L’État est en dialogue permanent avec la société. L’habileté à animer ce dialogue, à mobiliser les forces vives de la société et à forger des consensus est sans doute la qualité la plus recherchée des leaders contemporains.
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Un cas de figure très intéressant viendra dominer les prochains jours de la campagne. Ces jours-ci, les associations étudiantes réunissent leurs membres pour réexaminer leurs stratégies relatives à la hausse des droits de scolarité. La semaine prochaine, les cours reprennent dans les établissements qui ont vécu des grèves prolongées au printemps dernier, avec, en fond de scène, la loi 78. Cela ramènera à l’avant-plan de la campagne le conflit étudiant et tout ce que celui-ci a pu entraîner sur le plan social.
Certes, chacun des partis a pris position sur le fond de l’enjeu des droits de scolarité et ces positions seront prises en compte par les citoyens dans l’isoloir, le 4 septembre. Mais bien au-delà de la question du financement des universités, c’est ce qu’on appelle la gestion de cette crise dont jugera la population.
En d’autres termes, les électeurs jugeront de la manière dont chacun des partis réagit aux forces qui se déploient dans une société démocratique lorsqu’il est nécessaire de prendre une décision sur un sujet difficile.
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L’élection sert à désigner les gouvernants. Mais elle n’entraîne pas automatiquement l’approbation à l’avance des politiques qui seront mises en oeuvre par le gouvernement élu. Celui-ci obtient une majorité de sièges, sièges qui lui sont accordés par une minorité des électeurs. La légitimité que lui confèrent les urnes est donc imparfaite. Elle doit constamment être renforcée par d’autres mécanismes de consultation, de justification et de validation entre les élections.
Les candidats doivent donc nous montrer qu’ils ont le talent, les compétences et l’attitude requis pour animer cette délibération continue entre les scrutins. Bref, qu’ils sauront à la fois décider et susciter la formation de consensus suffisamment solides pour que les politiques adoptées puissent rapporter tous leurs fruits.
Cela vaut pour la question étudiante, mais aussi pour tout un ensemble d’enjeux, notamment ceux liés à l’exploitation des ressources naturelles et à l’occupation de notre territoire. Au cours des dernières années, le gouvernement a été confronté à des oppositions fortes à des projets qu’il chérissait : la privatisation du Parc du Mont-Orford, les gaz de schiste, la centrale du Suroît et maintenant l’exploration pétrolière et même certains volets du Plan Nord.
Cet art de gouverner dans la complexité est requis non seulement pour composer avec l’exigence d’acceptabilité sociale de projets de développement, il est essentiel pour mobiliser les forces vives de la société. Un exemple parmi d’autres : toute réforme du système de santé va requérir, bien au-delà d’une volonté politique, une capacité de mobiliser les acteurs du système, dont les intérêts sont souvent divergents. La fermeté ne suffira pas, ni les incitatifs financiers.
Enfin, l’État ne peut pas tout faire. L’art de gouverner est aussi celui de mettre en mouvement des hommes et des femmes, des associations et des groupes, pour qu’ils prennent en main leur destinée, contribuent d’eux-mêmes à l’effort non seulement en payant leurs impôts, mais en menant des projets à terme. Donner le goût à ses concitoyens d’entreprendre et de se mettre au service de la collectivité.








