Parole de François Legault, le «9 à 5» commencera dès le secondaire
François Legault propose d’ajouter cinq heures d’activités parascolaires par semaine au secondaire pour favoriser la réussite des adolescents et faciliter la conciliation famille-travail.
Dans la cour de l’école Lucille-Teasdale à Blainville, où François Legault tient son point de presse quotidien, trois jeunes flânent sur leurs vélos. Ils regardent d’un air distrait l’agitation autour du chef caquiste. Passer plus d’heures à l’école ? Ils sont loin d’être convaincus. « Ça dépend de ce qu’on va faire, répond une jeune fille. Si c’est du travail, c’est non. » Elle hésite quelques secondes. « Et pas le vendredi ! », renchérit-elle sur un ton impérieux.
Ce que propose la Coalition avenir Québec, c’est que les jeunes fassent du « 9 à 5 » à l’école. Mais pas question d’augmenter les heures de cours. On veut rendre l’école « le fun » et donner un sentiment d’appartenance aux jeunes avec des activités sportives et culturelles, tout en aidant les parents avec de l’aide aux devoirs.
« Continuellement, sur le terrain, les gens me disent que l’horaire n’est pas adapté à la réalité d’aujourd’hui. Les deux parents travaillent [et] les enfants passent du temps entre le moment où ils arrivent de l’école et le souper à jouer au Nintendo ou à “ vegger ”, comme ils disent. »
Selon la Coalition avenir Québec, l’école secondaire est une « étape cruciale » dans l’éducation des enfants. Et la réalité du décrochage scolaire, qui rattrape un garçon sur quatre au secondaire, est un « drame humain » qu’il faut combattre.
Plutôt que d’attendre qu’ils décrochent pour les rattraper, mieux vaut « les accrocher dès le départ avec des activités qui les intéressent » et un horaire qui est « plus adapté au cycle de sommeil des adolescents », estime Chantal Longpré, ex-présidente de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE) et candidate de la CAQ dans Repentigny.
Pas de « mur à mur »
Cette mesure, qui s’inspire du privé, s’inscrit dans la continuité des aménagements de conciliation famille-travail annoncés par François Legault depuis mercredi.
La CAQ, qui veut abolir les commissions scolaires, laisserait toute l’autonomie aux écoles pour gérer leurs horaires. Pas question, donc, d’imposer du « mur à mur ».
Cette mesure coûterait à un gouvernement caquiste 290 millions à terme et nécessiterait l’embauche de nouveau personnel. La CAQ estime que 10 000 enseignants seraient prêts à assumer ces nouvelles tâches - avec un salaire adapté - et qu’il faudrait engager quelque 10 000 autres professionnels pour encadrer les enfants dans leurs activités parascolaires.
Comment tout cela sera-t-il financé ? Encore une fois, François Legault demande de lui faire confiance en attendant le dépôt de son cadre financier. Mais il répète que « ça va balancer ».
« Si je suis revenu en politique, c’est à cause de l’éducation », a-t-il soutenu hier. Pourtant, il y a quelques jours à peine, François Legault affirmait dans les mêmes mots : « Si je suis revenu en politique, c’est pour faire le grand ménage au Québec. »
Le chef caquiste ne voit pas d’incohérence dans ce changement de message ponctuel. « Ce n’est pas une fin en soi de lutter contre la corruption. Mais c’est une étape préalable pour être capable de relancer le Québec […] Et pour relancer le Québec, la priorité absolue, ça doit être l’éducation. »
Rencontre citoyenne
Plus tôt hier, François Legault est allé prendre un café avec un citoyen de Mascouche. Carl Bastien, 41 ans, est désabusé de la politique, car il n’arrive jamais à obtenir « les vraies réponses ». Il fait partie « d’une génération que le radar ne capte jamais ».
Il a profité d’une invitation à poser ses questions sur la page Facebook de François Legault. Il a choisi la CAQ, car c’est la seule organisation politique qui lui offrait cette possibilité, explique-t-il. Carl Bastien a été sélectionné pour représenter les questions du public. Mais il avait ses propres questions, qu’il n’a pas fournies au chef au préalable. Un fait de plus en plus rare en politique.
Pendant une demi-heure, il a discuté et partagé son ras-le-bol généralisé avec le chef caquiste qui tentait de lui insuffler un peu de son rêve politique. Carl Bastien a posé des questions : sur l’évaluation des travailleurs de la fonction publique et les contrats de performance, l’agriculture, l’éducation, les baisses d’impôt et la dette du Québec.
À la fin de l’entretien, Carl Bastien ne savait toujours pas pour qui voter. Mais pour une fois, il avait l’impression d’avoir rencontré un homme qui lui répondait franchement. Et ça, c’était rassurant pour son idéal de démocratie.










