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    L’indépendance de la SQ mise en cause

    Charest nie être intervenu pour faire interrompre la filature d’un ex-dirigeant de la FTQ-Construction

    9 août 2012 |Kathleen Lévesque | Québec
    Courroucé, Jean Charest a réagi au reportage de Radio-Canada en affirmant que depuis qu’il est premier ministre, « jamais, jamais, jamais » il n’est intervenu dans une enquête policière ou en a été informé.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Courroucé, Jean Charest a réagi au reportage de Radio-Canada en affirmant que depuis qu’il est premier ministre, « jamais, jamais, jamais » il n’est intervenu dans une enquête policière ou en a été informé.
    Jean Charest peut compter sur le vote d’Eddy Brandone, un militant libéral et ex-dirigeant de la FTQ-Construction que Radio-Canada a lié hier au monde interlope.

    Joint en début de soirée par Le Devoir, M. Brandone a nié avoir contacté Jean Charest en mars 2009 dans le seul but de faire cesser une filature effectuée par la Sûreté du Québec (SQ). « J’ai jamais été filé par la SQ. J’ai jamais fait arrêter la filature en parlant à Jean Charest. Je comprends pas qu’ils disent des affaires de même. Je vais les actionner », a-t-il affirmé alors qu’il n’avait pas encore vu le reportage incriminant.


    La société d’État a rapporté hier que des agents de la SQ avaient reçu l’ordre d’interrompre la filature de M. Brandone après que ce dernier eut rencontré M. Charest dans un hôtel de Dorval, en marge d’une réunion du premier ministre avec la communauté inuite. L’incident aurait provoqué un malaise au sein de la SQ ; citant quatre sources policières, Radio-Canada indique que la décision d’interrompre la filature a pris les autorités de court. L’une de ces sources a expliqué que les enquêtes criminelles ne doivent pas donner l’impression de s’approcher trop près du premier ministre.


    Eddy Brandone a plutôt raconté au Devoir avoir salué le premier ministre lors d’une rencontre fortuite, car il est un militant libéral. Il a d’ailleurs souligné qu’il entend bien donner son appui à la candidate libérale dans sa circonscription de Mille-Isles, à Laval, le 4 septembre prochain. « J’étais pas là pour Jean. C’est les autochtones que j’allais voir », a dit cet ancien secrétaire-trésorier de la FTQ-Construction.


    Il a précisé ne pas avoir revu le chef libéral depuis cet événement. M. Brandone a connu M. Charest lorsque ce dernier était au Parti conservateur. Par la suite, les deux hommes se sont croisés à l’occasion de cocktails de financement, notamment pour l’ex-député Michel Bissonnette. « Je suivais plus la politique quand Michel était député. […] Une fois par année, il faisait un cocktail de financement et on m’appelait pour acheter un billet », affirme-t-il.


    Quant à ses possibles liens avec des personnes souvent associées au crime organisé, comme Rénald Desjardins, M. Brandone a tout rejeté du revers de la main. « Je ne le connais même pas. Je l’ai déjà entrevu, mais j’ai jamais mangé avec lui, j’ai jamais bu avec lui. J’ai même pas son téléphone », a-t-il soutenu.


    Le reportage de Radio-Canada a eu l’effet d’une bombe. Courroucé, Jean Charest a réagi au reportage en affirmant que depuis qu’il est premier ministre, « jamais, jamais, jamais » il n’est intervenu dans une enquête policière ou en a été informé.


    « De surcroît, je trouve ça insultant pour la Sûreté du Québec d’insinuer qu’une décision aurait été prise parce que cette personne-là m’aurait croisé cette journée-là », a-t-il dit dans un court point de presse en soirée hier, avant une assemblée partisane à Saint-Léonard-d’Aston.


    Cinglant, Jean Charest s’en est pris au travail des journalistes, qualifiant d’« épouvantable » le reportage de Radio-Canada. « On parle beaucoup d’éthique des politiciens, je pense qu’on devrait aussi parler d’éthique des journalistes de Radio-Canada », a-t-il laissé tombé.


    Le chef libéral a confirmé qu’il connaît Eddy Brandone depuis 1993 alors que ce dernier était un des donateurs pour sa course à la chefferie du Parti progressiste-conservateur. Militant au Parti libéral du Québec par la suite, M. Brandone a eu l’occasion de rencontrer le chef libéral à plusieurs reprises lors de manifestations partisanes. « C’est quelqu’un que je reconnais parce qu’il vient du milieu syndical, ce qui est rare chez nous [au Parti libéral] », a-t-il précisé.


    Ce n’est pas une de ses proches connaissances, a-t-il fait comprendre. « Il y a bien des gens qui m’appellent Jean. » C’est chose courante dans sa vie politique que les militants disent qu’ils le connaissent. « En 30 ans de carrière, nous rencontrons beaucoup de gens », a fait valoir Jean Charest.


    Jean Charest se souvient d’avoir « croisé » Eddy Brandone lors de cette rencontre avec les Inuits. « Je n’ai pas souvenir de la conversation et ce n’était pas des conversations de fond », a-t-il indiqué. Il ne lui a pas parlé de « dossiers ». « Quand je le vois, c’est des échanges cordials [sic] », a-t-il ajouté.


    Le reportage est « insinuation » qui tente d’établir un lien entre le fait qu’il ait croisé Eddy Brandone et l’arrêt de la filature, a critiqué le chef libéral.


    Le reportage tombe au moment où le thème de la corruption est ramené à l’avant-plan de la campagne électorale avec l’arrivée en scène de Jacques Duchesneau. « Comment se fait-il que ça sort aujourd’hui ? Très bonne question. Après une semaine de campagne électorale, pour une affaire qui s’est passée en 2009, soudainement, c’est aujourd’hui dans les nouvelles », s’est plaint Jean Charest.


    Le branle-bas de combat s’est également fait sentir du côté de la Sûreté du Québec, dont l’indépendance est ainsi remise en question. Le porte-parole Guy Lapointe a indiqué que la SQ « jouit d’une totale et complète indépendance en matière d’enquête ». Il a toutefois reconnu qu’il y a eu une filature en mars 2009. « Elle a été interrompue à la suite d’une décision opérationnelle. C’est aucunement dû à de l’ingérence politique », a-t-il assuré.


    La chef du Parti québécois a également réagi alors qu’elle faisait campagne sur la côte de Beaupré. « C’est très inquiétant », a déclaré Pauline Marois. « M. Charest doit absolument s’expliquer sur les liens qu’il a avec Eddy Brandone. Depuis combien de temps a-t-il ces liens […] ? Il est le premier ministre du Québec. Il a, je crois, le devoir de nous expliquer la nature de ces liens et de confirmer ou pas ce qu’on nous indique actuellement. » Aux yeux de la chef péquiste, il n’est « pas normal » qu’une filature soit stoppée comme ce fut le cas pour M. Brandone, et c’est pourquoi il est urgent que Jean Charest s’explique personnellement.


    Avec La Presse canadienne

    Avec Robert Dutrisac et Antoine Robitaille













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