Libre opinion - Le bruit de l’orage politique électoral
Bien qu’ils soient d’accord, à 56 % selon le dernier sondage, avec une hausse des droits de scolarité, les Québécois sont en désaccord à 70 % avec la façon méprisante (en particulier à l’égard de Gabriel Nadeau-Dubois) et malhabile (refus du dialogue, tentative de division des étudiants, offres au-dessus de leurs têtes en conférence de presse, etc.) avec laquelle le gouvernement a tenté de résoudre cette crise. Déjà, ils se sont exprimés tout au long de ce conflit, en particulier en participant aux manifestations de casseroles pour s’opposer à l’adoption de la loi 78, mais aussi plus discrètement dans les réunions de famille ou d’amis, souvent autour d’un barbecue. Même au dépanneur ou au salon de coiffure - où, d’après ma belle-soeur, coiffeuse, les madames en ont gros sur le coeur et s’expriment de façon lapidaire […].
Jamais les Québécois n’ont parlé autant de politique que dans les quatre derniers mois et beaucoup avec la rage au coeur, surtout concernant la corruption. Et ce n’est pas fini, au contraire !
Les forces en présence
Maintenant que les élections sont déclenchées, on sent effectivement une effervescence, un désir de débattre.
Lundi, en prenant un lunch dans un restaurant de la rue Monkland dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, fréquenté par une clientèle autant francophone qu’anglophone, j’entendis dans les deux langues des éclats de voix de nature politique, ce qui est plutôt rare en cet endroit, et en particulier les noms de Legault et de Duchesneau prononcés sur un ton d’enthousiasme.
Oui, les gens suivent la campagne et s’y intéressent. Tout le monde souhaite un changement, et qu’il soit majeur afin de sauver le Québec, d’abord de la dérive morale, puis de la dérive identitaire (neuf ans d’abandon par Jean Charest des intérêts nationaux au profit d’un fédéralisme de complaisance) et globalement de la dérive politique, parce que le bien commun n’est plus au coeur de la politique, il a été remplacé par le bien des profiteurs et des amis libéraux.
Cette volonté de changement a été stimulée par le réveil politique provoqué par ces « bêtes féroces de l’espoir » qu’ont été ces étudiants en grève qui s’opposent encore, après quatre mois, à la hausse des droits de scolarité parce que, scandent-ils dans leurs manifestations : « On veut étudier, on ne veut pas s’endetter. »
Jean Charest ne les a pas écoutés, il n’y a vu que du bruit. Maintenant, il doit faire face au bruit de l’orage politique électoral.
Il a devant lui une très forte opposition : François Legault (CAQ) comme solution de remplacement pour nettoyer la politique de la corruption ; Pauline Marois (PQ) comme solution de remplacement pour recréer une identité nationale forte ; et au moins 21 partis en lice qui proposent à leur façon des solutions pour améliorer le Québec.
Par contre, Jean Charest a quelques cartes maîtresses : la division incroyable de cette même opposition, son Plan Nord, ses promesses électorales et une très possible grève étudiante au moment de la rentrée.
Par contre, une nouvelle perturbation pourrait aussi se retourner contre lui puisque de nombreux Québécois pourraient en conclure qu’effectivement, non seulement ce gouvernement n’a pas réglé ce conflit étudiant, mais il serait, une fois élu, tout aussi incapable de le régler. Donc, il vaut mieux voter de façon à obtenir un nouvel interlocuteur gouvernemental.








