Des enseignants sanctionnés pour une lettre publiée dans Le Devoir

L’opposition à la loi spéciale a été dénoncée de toute part ce printemps.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir L’opposition à la loi spéciale a été dénoncée de toute part ce printemps.

Si les collaborateurs de la section « Idées » du Devoir sont « libres de penser », la direction du collège Lionel-Groulx ne l’entend pas de cette oreille. Après la publication de la lettre ouverte dans nos pages en mai, une réprimande écrite a été inscrite au dossier des onze signataires, qui sont menacés de congédiement s’ils devaient récidiver.

Dans une lettre « Libre opinion » intitulée « Violence à Lionel-Groulx : voici notre version », parue dans le 31 mai, onze enseignants dénoncaient le « rôle d’agent exécutif manipulé par l’autorité qu’a revendiqué la direction du collège ». Ils critiquaient la décision de Monique Laurin, la directrice de ce collège de Sainte-Thérèse, de faire respecter l’injonction. « La loi spéciale est une bombe entre les mains d’un tel agent exécutif », affirment-ils.


Cette lettre faisait référence aux événements du 15 mai, au troisième jour d’une injonction visant à libérer l’accès au collège d’une centaine de manifestants souhaitant faire respecter la grève générale illimitée. Les policiers de la Sûreté du Québec avaient alors dégagé l’entrée à coups de gaz irritants et arrêté plusieurs individus pour attroupement illégal.


Selon nos informations, une semaine après publication, les signataires ont été convoqués à une rencontre avec la direction des ressources humaines. Celle-çi exige alors une lettre faisant amende honorable pour manque de loyauté envers l’établissement. On leur explique qu’advenant un conflit entre la direction et les enseignants, toutes les démarches syndicales doivent être épuisées avant de recourir à une lettre ouverte aux journaux. Le groupe des onze refuse de s’excuser.


Lors d’une deuxième rencontre, Monique Laurin s’entretient pour la première fois avec les signataires et réitère la demande d’excuse écrite. « J’ai des impératifs économiques et juridiques », aurait alors déclaré la directrice selon une source anonyme. Selon celle-ci, les impératifs de Mme Laurin, candidate du Parti libéral du Québec aux élections de 2008, sont aussi « politiques et partisans ».


Les enseignants refusent une seconde fois de s’excuser considérant avoir défendu les valeurs de sécurité et de liberté d’expression du collège, et parce qu’une démarche syndicale aurait été trop lente pour être efficace en situation de crise. La direction réplique avec une réprimande inscrite à leur dossier. Une deuxième sanction entraînerait leur renvoi immédiat.


« C’est une façon de nous lier les mains, croit le signataire anonyme. Nous sommes véritablement en danger. Il y aune volonté de nous faire peur, de nous museler. »


Au lieu d’une lettre d’excuse, le groupe des onze réplique avec un paragraphe laconique, adressé à la direction et n’ayant pas été rendu public, qui affirme leur intention d’agir de la même manière advenant un nouveau conflit entre la direction et les enseignants et élèves.


La réprimande écrite est jugée injuste par plusieurs collègues des enseignants sanctionnés. Un collègue a d’ailleurs lancé samedi une pétition en ligne (www.avaaz.org ) en appui au groupe des onze qui a recueilli à ce jour plus de 3100 signatures.


Le retour en classe au collège Lionel-Groulx est prévu le 16 août. L’Association générale des étudiants et étudiantes du collège Lionel-Groulx, affiliée à la CLASSE, invite ses membres à se prononcer sur une reconduction de la grève le 14 août.


La direction du collège n’a pas rappelé Le Devoir hier.

11 commentaires
  • Serge Grenier - Inscrit 8 août 2012 13 h 14

    Manque de solidarité grave de la direction

    .
    Moi je pense que ce serait plutôt à la direction du Collège
    de présenter des excuses pour avoir laissé tomber
    les étudiants, les professeurs et les parents
    au lieu de faire front commun avec eux
    pour défendre l'Éducation
    contre les attaques
    du gouvernement
    .
    Serge Grenier

  • Roland Guerre - Inscrit 8 août 2012 15 h 20

    Un geste solidaire

    Le groupe des onze défend les libertés fondamentales, les franchies universitaires. Il peut s'appuyer sur les solidarités qui s'affirment. j'espère que la direction fera amende honorable et respectera les libertés universitaires et la liberté de conscience.

  • Marc Lacroix - Abonné 8 août 2012 15 h 26

    Un autoritarisme surprenant !

    Mettons les choses au clair, ordinairement je suis plutôt en défaveur face aux gens qui ne respectent pas les lois, dans ce cas, je crois qu'il y a abus de pouvoir ! Nous parlons ici de ce qui ne semble être qu'un délit d'opinion.

    Les professeurs qui ont fait l'objet de réprimandes n'ont pas saccagé le collège ni un véhicule des services d'urgence non, ils ont écrit une lettre au Devoir ! Plutôt que de discuter du problème avec les personnes en cause, Mme Laurin choisit de régler à coup de sanction.

    Mme Laurin, je présume que vous allez lire cet article, alors sachez que l'éthique ne consiste pas à faire respecter la lettre d'un quelconque code, mais bien d'en respecter l'esprit. Votre « J’ai des impératifs économiques et juridiques » a des relents d'un autoritarisme inutile... et partisan.

    Nous savons fort bien que depuis plusieurs semaines, le PLQ utilise la crise étudiante pour se faire du capital politique. En tant que représentante de la direction du collège, laquelle n'est pas directement impliquée dans cette crise, vous auriez dû conserver une attitude plus réservée, quitte à publier vous aussi, une réponse à vos professeurs et à aviser ces derniers qu'à l'avenir ils devaient rester eux-aussi neutres dans cette affaire. Au contraire, vous avez voulu jouer les "gros bras" et à l'éthique, vous avez substitué la partisanerie... Et après on se plaint que les jeunes ont une attitude plus ou moins respectueuse des lois !

    P.S.: Je ne suis pas professeur !

  • Marc Davignon - Abonné 8 août 2012 15 h 37

    GRRRRRRR!

    Quel triste constat d'abus de pouvoir! Un autre exemple que le système est corrompu. Elle devrait perdre son poste, cette dame qui ne sait pas faire la distinction entre ces intérêts est celle du public.

  • Jonathan Paquette - Abonné 8 août 2012 16 h 23

    Liberté académique - un petit rappel (UNESCO)

    [...] tout enseignant de l'enseignement
    supérieur a droit à la liberté de pensée,
    de conscience, de religion, d'expression, de
    réunion et d'association, ainsi qu'à la liberté et
    à la sécurité de sa personne, et à la liberté de
    circulation. Les enseignants devraient pouvoir
    exercer sans obstacle ni entrave les droits
    civils qui sont les leurs en tant que citoyens, y
    compris celui de contribuer au changement
    social par la libre expression de leur opinion
    sur les politiques de l'Etat et les orientations
    concernant l'enseignement supérieur. Ils ne
    devraient subir aucune sanction du seul fait
    de l'exercice de ces droits. (UNESCO, 1997, VI -26) Juste un extrait, mais lire les articles 25-30 des résolutions de l'UNESCO sur le sujet.