Lutte anticorruption - Le PQ veut reprendre l’initiative
Trois députés envoyés au front pour contrer la déferlante Duchesneau
Bernard Drainville, Nicolas Girard et Bertrand St-Arnaud ont jeté en pâture aux journalistes une histoire remontant à 2008 dont ils se sont bornés à dessiner les contours. La démonstration a pris la forme d’une équation : PLQ + Catania (l’entreprise et deux de ses dirigeants sont accusés de fraude dans un autre dossier) + financement politique = corruption. Pour les nuances, les trois députés ont invité la presse à faire des vérifications.
Il y a cinq ans, la commission scolaire Riverside a vendu 600 000 $ un terrain destiné à la construction d’un centre communautaire. L’acheteur, la Fondation F. Catania, s’engageait à investir 1,9 million pour ce projet tandis que la ministre des Affaires municipales d’alors, Nathalie Normandeau, promettait une subvention de 3,8 millions. Le centre communautaire n’a jamais vu le jour et la subvention n’a jamais été versée, puisque l’équipe des élus municipaux nouvellement en place aurait révisé les priorités de l’ancienne administration. La responsabilité du développement urbain d’une ville échoit aux conseillers municipaux en fonction.
Comme il était prévu au contrat de vente, la Commission scolaire avait un droit de premier refus. Elle ne l’a pas exercé. Du coup, Catania était libre de revendre l’immeuble. Il l’a cédé à un promoteur pour 1,6 million afin d’y construire des condos.
Selon le PQ, ces transactions ont permis à Catania d’empocher un profit de 1 million sur le dos des contribuables. « Dans cette histoire, l’influence de l’argent est partout. En 2008, les dirigeants de Construction Frank Catania ont donné au moins 40 000 $ au Parti libéral du Québec. Le rendement de Catania sur cet investissement aura donc été de 2400 % », a estimé Bernard Drainville. « Comment ça se fait que c’est encore un chum du parti qui fait le cash plutôt que le monde qui a besoin de services ? » a-t-il ajouté.
Le député de Marie-Victorin et ses collègues soutiennent que le gouvernement aurait dû récupérer le terrain. Or, il appartenait à la commission scolaire, qui est autonome par rapport au gouvernement. Pour Nicolas Girard, il s’agit là d’un cas flagrant de « laxisme ». M. Drainville a renchéri : « Dites-moi pas qu’ils [les ministres libéraux] n’étaient pas au courant. Là, joual vert, c’est sûr qu’ils étaient. C’était un des principaux engagements électoraux de la députée [Fatima Houda-Pepin] en 2008. »
Depuis Chandler, en Gaspésie où elle faisait campagne, la chef péquiste Pauline Marois a affirmé que s’il n’y avait « rien d’illégal » dans ce que les Catania ont fait, la transaction dont ce promoteur immobilier a profité avait « quelque chose d’un peu questionnable », a-t-elle indiqué en fin de journée. « Il y a des règles à respecter quant aux appels d’offres et quant au fait que, par exemple, si une entreprise se voit octroyer un terrain ou céder un terrain, qu’elle en change la vocation, à ce moment-là, elle doit revenir à celui qui lui a cédé le terrain », a ajouté Mme Marois.
Salissage
À Montréal, les trois députés se sont défendus d’être en mission pour contrer la déferlante Duchesneau. Force est toutefois de constater que Jacques Duchesneau a occupé l’avant-scène médiatique depuis vendredi, lui qui bénéficie d’une certaine aura dans la population parce qu’il a notamment forcé la main du gouvernement Charest pour mettre sur pied une enquête publique sur la construction (commission Charbonneau).
Pour la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, qui est celle qui a autorisé la commission scolaire Riverside à se départir de gré à gré du terrain, à l’époque, il est clair que les « allégations » du PQ ne servent qu’un objectif : faire concurrence à la Coalition avenir Québec (CAQ). « C’est un pétard mouillé », a jugé Mme Courchesne, qui ne brigue pas les suffrages.
« Je m’attends à ce qu’un parti qui veut gouverner se base sur des faits. […] Qu’ils arrêtent de salir des réputations, qu’ils arrêtent de faire constamment des sous-entendus sans donner tous les faits », a lancé Mme Courchesne avant d’ajouter sur un ton enflammé : « Il y a des limites à détruire et à dire n’importe quoi. »
Pour ce qui est du profit réalisé par la Fondation F. Catania, Mme Courchesne a rappelé qu’elle avait l’obligation de réinvestir dans la communauté comme l’y oblige la loi compte tenu de son statut « d’organisme de charité ». « Le PQ sait très bien qu’une fondation ne peut servir à l’enrichissement d’un individu », a-t-elle souligné.
Mais le PQ n’en démord pas : il y a lieu de soulever des questions et une campagne électorale, c’est fait pour ça. Les députés ont d’ailleurs indiqué hier que l’équipe de recherchistes du parti poursuivait ses fouilles « avec rigueur ».
« On cherche le pattern », a reconnu Bernard Drainville. « Le dénominateur commun de tous ces dossiers, c’est la caisse électorale du Parti libéral, a précisé le député Bertrand St-Arnaud en se référant par exemple au scandale des garderies et à celui des FIER. Quand on regarde de près, l’intérêt des petits amis du Parti libéral semble primer l’intérêt public dans bien des dossiers. »
Par ailleurs, Nicolas Girard a insisté sur l’expérience collective de l’équipe du PQ pour éradiquer la corruption. « Les libéraux ont laissé s’installer la corruption partout. Un homme seul, fût-il Eliot Ness, ne suffit pas », reprenant le commentaire de sa chef sur l’arrivée de Jacques Duchesneau à la CAQ.
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Avec Antoine Robitaille








