Duchesneau confirme son entrée à la CAQ: «Je me lève pour le Québec»

Jacques Duchesneau se dit donc prêt pour pour une autre bataille sur le thème de la corruption. Mais il a prévenu François Legault que ce ne serait que pour un mandat. «Je ne veux pas faire de politique. Mais pour régler le problème, je n’ai pas le choix», croit-il.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Jacques Duchesneau se dit donc prêt pour pour une autre bataille sur le thème de la corruption. Mais il a prévenu François Legault que ce ne serait que pour un mandat. «Je ne veux pas faire de politique. Mais pour régler le problème, je n’ai pas le choix», croit-il.

Après avoir analysé et dénoncé la corruption, voilà que Jacques Duchesneau fait son entrée officielle ce matin en politique pour la traquer dans les plus hautes sphères du gouvernement. Son but en se joignant à la Coalition avenir Québec (CAQ) est de déloger Jean Charest qui, sinon, va continuer à «servir ses petits amis».

En entrevue au Devoir, Jacques Duchesneau est catégorique: les centaines de témoignages recueillis lors de son travail d’investigation à l’Unité anticollusion du ministère des Transports, puis les récents face-à-face qu’il a eu avec des organisateurs politiques et des collecteurs de fonds concernant le financement occulte des vieux partis, l’ont condamné à l’action. Se tenir au-dessus de la mêlée ne lui suffisait plus.

Ce n’est toutefois que jeudi, prétend-il, que la voie politique est devenue inévitable. C’est à ce moment que Jean Charest a affirmé qu’il n’accepterait pas qu’on lui fasse la leçon en matière de lutte à la corruption.

«Quand j’ai entendu Jean Charest se donner 8 sur 10 sur les questions de probité et d’intégrité, je suis tombé en bas de ma chaise. [...] Sa réélection ne changera rien au problème. Il va se conforter dans ce qu’il a fait depuis toujours, c’est-à-dire servir ses petits amis», a affirmé M. Duchesneau.

En ce qui concerne les lois et les règlements adoptés par le gouvernement Charest au cours des dernières années, Jacques Duchesneau les associe surtout à du marketing politique. Paraphrasant un juge italien impliqué dans une série d’enquêtes connues sous le nom d’«opération «Mains propres» (mani pulite), M. Duchesneau soutient que «plus un État est corrompu, plus il fait des lois parce que ça donne l’impression qu’il fait quelque chose».

Autre cible: le Plan Nord

Jacques Duchesneau pointe en direction du Plan nord. Il affirme que le «Québec Inc.» en général se bouscule aux portes du projet, mais cible tout particulièrement le réseau libéral, en prenant soin de ne nommer personne. Il assure toutefois que les procureurs de la commission Charbonneau ont «tout en main».

Le Plan nord nécessite pour le moment des investissements de 80 milliards de dollars étalés sur 25 ans. À elle seule, la société d’État Hydro-Québec prévoit développer des projets pour 47 milliards. S’ajoutent 33 milliards, notamment en infrastructures (routes, ports, aéroports, voies ferrées). «Faites le calcul seulement pour les services professionnels et vous comprendrez les intérêts en jeu: 10% de 80 milliards», lance-t-il.

Pas de deuxième rapport

Du même souffle, Jacques Duchesneau assure qu’il ne brandira pas son deuxième rapport. Ce dernier lui a permis d’affirmer que les pots-de-vin et les combines étaient choses courantes et que les partis provinciaux et municipaux engrangraient de l’argent sale (jusqu’à 70 % de leur caisse électorale). «Je n’utiliserai par ces informations privilégiées contre mes adversaires; ça concerne les péquistes et les libéraux. Je ne veux surtout pas nuire aux travaux de la commission Charbonneau», affirme-t-il tout en sachant qu’il sera la cible de tirs groupés. Il prédit même «un merdier».

«Il suffit de voir tout ce qui a été fait pour me faire taire», affirme M. Duchesneau. Il rappelle, comme il l’avait fait devant la commission Charbonneau lors de son témoignage de juin, le processus qui a mené à sa nomination à la tête de l’Unité anticollusion et les «bâtons dans les roues» qu’il a eu pour remplir son mandat. Par la suite, il s’est retrouvé sous le contrôle de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Selon lui, rien ne relève du «hasard». «Il y a quelqu’un qui s’est dit: on va le tasser, il va s’essouffler. On pensait que [Robert] Lafrenière [directeur de l’UPAC] réussirait à me faire taire. C’est ça qui m’amène là», raconte Jacques Duchesneau.

Celui qui bénéficie dans la population d’une certaine aura, assure que son choix de plonger en politique ne remet pas en question le bien-fondé de la commission Charbonneau. Il n’a toutefois jamais caché son désaccord avec une approche policière. Selon lui, la commission Charbonneau demeure nécessaire mais «on ne peut pas attendre son rapport pour agir».

Saint-Jérôme

Il briguera donc les suffrages dans la circonscription de Saint-Jérôme, ayant sa résidence dans les Laurentides. «Je trouve les gens bien corrects», dit-il. «On ne pourra pas me qualifier d’opportuniste: les derniers sondages placent la CAQ en troisième place. Je vais au moins faire valoir mes idées»

Jacques Duchesneau se dit donc prêt pour pour une autre bataille sur le thème de la corruption. Mais il a prévenu François Legault que ce ne serait que pour un mandat. «Je ne veux pas faire de politique. Mais pour régler le problème, je n’ai pas le choix. [...] Il n’y a aucune volonté, ni de la part de Charest, ni de la part de Marois, de changer les choses», croit-il. « Alors la course à relais se poursuit», laisse tomber Jacques Duchesneau avant d’ajouter: «Je me lève pour le Québec».
62 commentaires
  • Danielle Drouin - Inscrite 5 août 2012 00 h 29

    C'est quoi son mandat à M. Duchesneau? Démontrer que le gouvernement Charest est corrompu (on le savait déjà) et par la même occasion, éclabousser le PQ afin de permettre à Legault d'affirmer haut et fort qu'il est le seul parti intègre? Ensuite, quitter la politique?
    J'espère qu'il aura l'honnêteté de ne pas comparer le PQ et le PLQ en matière de corruption!

    • Richard Coulombe - Inscrit 5 août 2012 08 h 15

      Pourquoi le PQ aurait l'immunité? Marois et sa patronne Stafford ont fait partie du cabinet PQ lorsque que ce dernier était au pouvoir. Si des éléments de corruption sont démontrés, elles ne pourront pas plaider l'ignorance. Idem pour Legault. D'ailleurs, les attaques exagérées du PQ contre Duchesneau en commission laisse entrevoir une certaine crainte de leur part. La corruption mérite une intransigeance absolue, peut importe la personne et le parti.

    • Guy Desjardins - Inscrit 5 août 2012 09 h 44

      Il veut tout simplement travailler pour vous, nous et tous les Québécois quelque soit les allégeances. Je n'ai rien contre.

    • Claude Smith - Abonné 5 août 2012 09 h 52

      Comparer le PLQ et le PQ au niveau de la corruption est réellement exagéré. Tant en n'admettant que le PQ n'est pas blanc comme neige, il ne faut pas oublier que ce dernier récolte le même montant quand il est dans l'opposition et au pouvoir tandis que le PLQ récolte le double quand il est au pouvoir. Quant-à la CAQ, je doute qu'elle soit aussi blanc comme neige comme elle le prétend.

      En second lieu, il est intéressant de prendre connaissance des propositions du PQ au sujet du financement des partis politique.

      Claude Smith.

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 5 août 2012 10 h 20

      D.Drouin,il accuse déjà le P.Q. et son chef Lego par affiliation,cet ancien péquiste d'occasions.
      R.Coulombe,je dirais plutôt, un interrogatoire pointu pour démontrer les contradictions.À la question de Maître E.Tremblay(Avez-vous des dossiers concernant ces contrats,couvrant la période 1996à2003..Sa réponse ,je ne crois pas, je ne pense pas ,non il n'y a aucun dossier) Transcription de C.C. à la date du 20 juin,parties 2-3-4.)Il serait très instructif et fort pertinent de ré-entendre ce témoignage..

    • Claude Champagne - Inscrit 5 août 2012 10 h 44

      D'accord M. Gilbert, il y a seulement moi qui aie compris et vous aussi, lors d'une des audiences au mois de juin l'assistant procureur au procureur en chef maître M. Lussier, a répété à deux occasions à l'avocate du Parti Québécois il n'y avait pas de dossier remis à la commission couvrant la période 1995-2003, vu et entendu de mes propres yeux-oreilles.

  • Catherine Paquet - Abonnée 5 août 2012 05 h 53

    Le Chevalier blanc...

    Après un échec cuisant en politique municipale, il se lance en politique provinciale, et sans peurs et sans reproches, le Grand Enquêteur promet de ne révéler aucun nom, de ne prononcer aucune accusation précise, mais d'accuser de tous les torts ceux qui lui ont permis de revenir sur la scène publique et de retrouver ses ambitions politiques.

    • Sébastien Tanguay - Inscrit 5 août 2012 18 h 19

      C'est qu'elles sont édifitantes, vos opinions...
      Vous égrainez les inepties comme d'autres les chapelets; d'ailleurs, prenez garde de ne pas être accusé d'infiltrer Le Devoir pour le compte des Libéraux, ce parti qui a élevé les inepties au rang de stratégie.

    • Catherine Paquet - Abonnée 5 août 2012 19 h 03

      Sébastien Tanguay,
      Votre foi aveugle dans ce que Jacques Duchesneau affirme sans preuve, vous fait plus naïf qu'autre chose, mais ne vous donne aucunement le droit d'insulter ceux qui ne penset pas comme vous.
      Si vous aviez lu le Rapport Duchesneau, je vous demanderais si vous avez évalué quelle proportion de ce rapport consiste en des extraits de journaux et de citations de journalistes.

  • Elisabeth Williams - Inscrit 5 août 2012 06 h 08

    Ce sera effectivement un merdier

    Je suis d'accord avec M.Duchesneau que la campagne va vraiment devenir un merdier.

    Pour le moment, le PQ et le PLQ perdent le débat sur l'intégrité et la corruption et la seule façon pour eux de s'en sortir sera d'attaquer Duchesneau de tous les bords et tous les côtés et ce de toutes les façons.

    Leur position est toutefois comprenable, ils ne veulent surtout pas avoir Duchesneau qui regarde dans leurs affaires comme le Plan Nord, Anticosti et al.

    De plus, les attaques ne risquent pas seulement de venir du PQ et du PLQ mais également des magouilleurs qui ont de l'argent et des municipalités qui ont beaucoup à craindre de la venue de Duchesneau en politique. Pensez-vous vraiment que Tremblay, Vaillancourt et al. ont le goût de voir Duchesneau regarder leurs petites magouilles?

    Bref, la campagne vient de commencer et elle sera intéressante. Tous ceux qui ont quelque chose à se reprocher seront unis ... contre Duchesneau.

    • Louka Paradis - Inscrit 5 août 2012 22 h 29

      M. Duchesneau ne se serait pas allié au PQ de toute façon, car il est fédéraliste et proche de C.Sirois. La balloune a le temps de se dégonfler... Évidemment, on tentera de la maintenir par une série de sondages dont le premier paraîtra dans quelques jours : évidemment, la CAQ y sera en avance sur les autres partis et tout le monde médiatique fera semblant d'y croire et de s'extasier. Tout était scripté depuis longtemps : je ne crois pas du tout que Duchesneau se soit décidé seulement jeudi soir, ne soyons pas si naïfs... mais continuons le vrai combat contre la corruption sans oublier celui contre la droite néo-libérale qui prône la privatisation tout azimut. N'oublions pas le joueur caché : Charles Sirois.

      Louka Paradis, Gatineau

  • Michel Drysdale - Inscrit 5 août 2012 06 h 19

    Voilà ce qui se passe quand Charest nous prends pour des valises!

    Entendre Jean Charest se donner 8 sur 10, après avoir fait traîner pendant 3 ans la venue d'une enquête publique, après l'avoir créée en "patente à gosse" qui n'avait aucun bon sens. Après avoir plier en se disant que de toutes façons il mettrait dans la gorge aux Qcois des élections en été avant la dite commission. Ce même Charest qui essaie de détourner les enjeux de la campagne sur le conflit étudiant qu'il a lui même laisser se détoriorer car cela faisait bien son affaire.
    Que Jacques Duchesneau et tous les autres femmes et hommes d'honneurs se lèvent et dénoncent ce cynisme, ce stratagème ignoble digne de Machiavel. Duchesneau n'en pouvait plus, il décide que Charest en mets trop... et saute en politique. BRAVO!

  • Hermil LeBel - Inscrit 5 août 2012 08 h 08

    S'attaquer au chancre mou de la scène politique

    Cette nouvelle est tombée vendredi dernier, au même moment de l'annonce de la démission de l'agent officiel du parti de Legault, mis en cause dans une enquête portant sur le scandale du Faubourg Contrecœur. À cet égard, Marc Deschamps est placé depuis janvier dernier sur la sellette alors que nous étions informé du fait qu'il avait siégé au comité de sélection chargé d'examiner les soumissions des promoteurs du projet le Faubourg Contrecœur, ce vaste projet résidentiel de l'est de Montréal. Or des enquêtes ont révélé que ce dossier, mené par la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM), était truffé d'irrégularités.

    Dans les circonstances, il semble saugrenu que M. Duchesneau veuille compromettre son image d'intégrité en se plaçant sous l'ombrelle d'un François Legault qui a fait preuve d'un flagrant manque de jugement en s'adjoignant un agent officiel qui transige avec la mafia. Si M. Duchesneau est sérieux lorsqu'il affirme vouloir lutter contre le crime organisé et l'influence délétère qu'il exerce sur la politique, qu'il joigne plutôt les rangs de la Coalition pour la Constituante, le seul parti qui présente un programme réaliste afin d'enrayer ce chancre mou de la scène politique et de la société. http://www.sansparti.org

    • Pierre Schneider - Abonné 5 août 2012 09 h 16

      Je crois que vous avez tout à fait raison, car on peut aussi se poser des questions sur le financement de la CAQ à la lumière de ce que certain candidat écarté a récemment révélé.
      Quiconque aspire à un véritable changement des toutes nos institutions sclérosées ne peut que se tourner vers la solution de la Coalition pour la constituante, que les grands médias ignorent, mais dont le journal Voir disait récemment que c'était le parti rêvé.

    • Pierre Schneider - Abonné 5 août 2012 09 h 16

      Je crois que vous avez tout à fait raison, car on peut aussi se poser des questions sur le financement de la CAQ à la lumière de ce que certain candidat écarté a récemment révélé.
      Quiconque aspire à un véritable changement des toutes nos institutions sclérosées ne peut que se tourner vers la solution de la Coalition pour la constituante, que les grands médias ignorent, mais dont le journal Voir disait récemment que c'était le parti rêvé.