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    Jean Charest ouvre la porte de la CAQ à Duchesneau

    C’est en apprenant que le premier ministre s’attribuait une note de 8 sur 10 dans la lutte contre la corruption que l’ex-policier a décidé de faire le saut

    4 août 2012 |Kathleen Lévesque | Québec
    Jacques Duchesneau a été un témoin vedette lors des audiences publiques de la commission Charbonneau, dénonçant les «combines» et la «culture éhontée et généralisée du pot-de-vin et de corruption».
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Jacques Duchesneau a été un témoin vedette lors des audiences publiques de la commission Charbonneau, dénonçant les «combines» et la «culture éhontée et généralisée du pot-de-vin et de corruption».
    Jean Charest a servi de bougie d’allumage pour faire sauter Jacques Duchesneau dans l’arène politique. En s’attribuant une note de 8 sur 10 dans la lutte contre la corruption, le chef du Parti libéral a ouvert la porte et Jacques Duchesneau l’a franchie avec la Coalition avenir Québec (CAQ).


    Comme l’a appris Le Devoir, la décision de l’ex-chef de l’Unité anticollusion au sein du ministère des Transports (MTQ) de revêtir des habits de politicien aux côtés de François Legault a été prise jeudi soir. L’annonce officielle de sa candidature dans la circonscription de Saint-Jérôme sera faite demain.
     
    La « réaction désinvolte » du chef libéral devant la promesse de son adversaire caquiste de faire le grand ménage a provoqué un virage à 180 degrés, a-t-on raconté au Devoir. Jeudi matin, le chef caquiste tentait de se positionner comme le champion de la lutte contre la corruption. Un gouvernement Legault adopterait la loi 1, une loi omnibus concernant l’intégrité de la vie publique. Du coup, le mandat du vérificateur général serait élargi à toutes les sociétés d’État, comme Hydro-Québec, les règles encadrant le lobbyisme seraient resserrées et l’expertise professionnelle au sein du MTQ serait renforcée, a promis François Legault.
     
    Peu après, Jean Charest réagissait, visiblement peu impressionné. « On se donne une bonne note, 8 sur 10. Allez faire l’inventaire des lois et des mesures qu’on a fait passer. Difficile d’en venir à la conclusion qu’on n’a pas fait tous les efforts pour y arriver. Et on ne se fera pas donner de leçons par les autres », a lancé le chef libéral.
     
    Dans les coulisses de la CAQ, on soutient que « c’est la goutte qui a fait déborder le vase ». François Legault n’avait pas réussi jusque-là à convaincre Jacques Duchesneau de se joindre à son équipe. Celui qui répétait sur tous les tons qu’il ne voulait pas faire de politique venait d’accepter l’offre de François Legault.
     
    La CAQ fait durer le suspens

    C’est le quotidien The Globe and Mail qui a annoncé hier midi que M. Duchesneau portera les couleurs de la CAQ dans Saint-Jérôme. La nouvelle a immédiatement eu l’effet d’une bombe. Jacques Duchesneau jouit d’une aura d’incorruptible. Son rapport a secoué tout le Québec l’automne dernier alors qu’il décrivait « un univers clandestin et bien enraciné d’une ampleur insoupçonnée ».
     
    C’est ce rapport qui a forcé la main au gouvernement pour mettre en place la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (commission Charbonneau). M. Duchesneau a été un témoin vedette lors des audiences publiques de juin, dénonçant les « combines » et la « culture éhontée et généralisée du pot-de-vin et de corruption ».
     
    Habitué à provoquer des ondes de choc, il a affirmé que 70 % du financement des partis politiques était occulte. M. Duchesneau s’appuyait, a-t-il dit, sur les témoignages d’organisateurs politiques et de collecteurs de fonds.
     
    François Legault a refusé hier de confirmer l’arrivée de M. Duchesneau dans ses rangs. Mais il ne l’a pas niée. « Je n’ai rien à annoncer aujourd’hui », a-t-il répété inlassablement.
     
    Mais le chef de la CAQ avait peine à cacher sa joie, arborant le large sourire du vainqueur. Il sait très bien que l’annonce d’une telle candidature aurait une incidence majeure sur le reste de la campagne, lui qui a débuté troisième dans les intentions de vote, dans ce long marathon jusqu’au 4 septembre. « Si j’ai quelque chose à annoncer, je l’annoncerai, mais aujourd’hui, je n’ai rien à annoncer concernant Jacques Duchesneau. »
     
    Lorsque des journalistes lui ont demandé si Jacques Duchesneau ferait un bon candidat, François Legault a répondu en riant que c’était une « personne intègre […] qui s’est intéressée à tout le problème de la corruption au Québec et puis… c’est ça. »
     
    Sur l’intérêt que suscite M. Duchesneau dans la population, François Legault a soutenu que « les gens savent très bien qu’il y a un grand ménage à faire au Québec ». Il a rappelé que ce n’était une surprise pour personne que les élections se tiennent en plein milieu de l’été, juste avant la commission Charbonneau qui risque d’éclabousser le Parti libéral.

    La démission de l’agent officiel

    Selon ce qu’a appris Le Devoir, les discussions entre MM. Legault et Duchesneau ont débuté samedi dernier. Les deux hommes semblaient s’entendre sur la nécessité de « faire le ménage » mais il y avait une pierre d’achoppement, a-t-on confié au Devoir : l’agent officiel de la CAQ, Marc Deschamps.
     
    Or, hier matin, le départ de M. Deschamps a été annoncé pour ne pas nuire à la campagne de M. Legault. Dans sa lettre de démission transmise par la CAQ, M. Deschamps souligne que « les perceptions jouent en notre défaveur » puisque « des allégations insidieuses et fausses entourant le rôle que j’aurais joué dans le dossier controversé du Faubourg Contrecœur à Montréal ont refait surface en après-midi [jeudi]».
     
    En effet, Le Devoir a contacté la CAQ jeudi après-midi et a soulevé des questions sur la présence de M. Deschamps au parti compte tenu du thème de la lutte anticorruption mis de l’avant par François Legault. En janvier dernier, Le Devoir avait révélé que M. Deschamps a été mis en cause dans le scandale du Faubourg Contrecœur, qui a entraîné l’arrestation de neuf personnes en mai dernier pour abus de confiance.
     
    Marc Deschamps a siégé au comité de sélection créé par la Société de développement et d’habitation de Montréal (SHDM) qui a examiné les soumissions des promoteurs désireux de développer le projet immobilier de Faubourg Contrecœur. L’entreprise Construction Frank Catania a été choisie ; elle fait face à des accusations tout comme deux de ses dirigeants, Paolo Catania et André Fortin.
     
    La participation de M. Deschamps dans le processus d’octroi d’un important contrat de nature municipale avait embarrassé l’administration du maire Gérald Tremblay puisqu’il occupait, à cette époque, une double fonction. En effet, il était un officiel au sein du parti du maire, Union Montréal, et travaillait pour la firme Raymond Chabot Grant Thornton, qui avait été impliquée dans la transformation de la SHDM contre l’avis des avocats de la Ville de Montréal.
     
    Marc Deschamps se dit « attristé », d’autant plus qu’il affirme n’avoir rien à se reprocher. « Je ne veux pas devenir un objet de distraction et faire dévier le débat sur des allusions non fondées » qui n’ont rien à voir avec la CAQ et son chef, écrit-il.
     
    M. Deschamps a donc quitté toutes ses fonctions : agent officiel, secrétaire-trésorier et membre de l’exécutif national de la CAQ. Nicole Savard a pris la relève de M. Deschamps à titre d’agent officiel. Ce rôle est central lors d’une campagne électorale. C’est l’agent officiel qui autorise toutes les dépenses effectuées par un parti politique.
     
    Le remplacement de M. Deschamps a permis de faire place nette pour accueillir Jacques Duchesneau.
     
    Réactions

    De passage à Laval, Jean Charest a refusé de commenter. Dans son entourage, on avance toutefois que cette candidature nuira davantage aux péquistes qu’aux libéraux puisque le PQ n’aura plus le quasi-monopole de la question de la corruption. Si la CAQ gagne des points, ce sera au détriment du PQ. Les libéraux sont sur la défensive sur cet enjeu : que les attaques proviennent des caquistes plutôt que des péquistes ne changera pas grand-chose, selon eux.
     
    À La Praire, Pauline Marois a réagi. « M. Duchesneau avait dit qu’il ne souhaitait pas revenir dans l’arène politique, donc ça m’a un peu étonnée. Mais s’il y a des gens qui sont inquiets aujourd’hui, c’est le Parti libéral du Québec », a-t-elle indiqué, refusant de dire ce que signifiera l’arrivée de M. Duchesneau dans la joute politique.
     
    Il n’a pas été possible de joindre Jacques Duchesneau. « Je n’aurai pas accès à mes messages vocaux et mes courriels d’ici au 3 septembre », peut-on entendre sur son répondeur téléphonique.

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    Avec Jessica Nadeau
    Alexandre Shields
    Robert Dutrisac












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