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Qui sont les électeurs et électrices du Québec?

Le Devoir lance aujourd’hui l’essai interactif Le poids d’une voix : 30 électeurs pour raconter la démocratie, en collaboration avec l’ONF

Le réalisateur Jérémie Battaglia
Photo : Élizabeth Delage Le réalisateur Jérémie Battaglia
LE POIDS D'UNE VOIX
30 électeurs
pour raconter
la démocratie


Connaissons-nous vraiment le visage des électeurs et électrices du Québec ? À mesure que les listes électorales sont actualisées, on nous bombarde d’informations sur l’âge, la provenance et les allégeances de ceux et celles qui assureront la survie ou la chute du gouvernement Charest. Mais par-delà le brouillard des sondages et des statistiques, comment les citoyens éprouvent-ils la démocratie chaque jour de leur vie ?

Dévoilé aujourd’hui, l’essai interactif Le poids d’une voix : 30 électeurs pour raconter la démocratie répondra à cette question par une célébration de l’humanité de l’électorat québécois. À la manière d’un calendrier de l’avent, un nouveau portrait dévoilé chaque jour de la campagne s’ajoutera à une mosaïque bâtie sur la diversité des âges, des régions et des allégeances politiques.


Pendant que la caméra vagabonde dans l’intimité des trente personnes interviewées, sillonnant leur chez-soi et capturant au passage les reliques de milliers de souvenirs semés au cours d’une vie, le micro reste accroché aux lèvres de ces citoyens qui expriment leur vision d’une démocratie vécue non pas qu’une fois tous les quatre ans, mais à chaque jour de leur existence citoyenne.


Le poids d’une voix est avant tout la création du réalisateur Jérémie Battaglia, à qui l’on doit la vidéo virale Casseroles - Montréal, 24 mai 2012 vu à près d’un demi-million de reprises sur le Web. Né dans le sud de la France en 1983 et arrivé à Montréal en 2009, Jérémie Battaglia est l’un de ces jeunes artistes élevés au rang d’acteur phare par la crise sociale qui ébranle le Québec. « Le mouvement étudiant a été pour moi un déclencheur. Il permet de prendre conscience de ta voix, de ce que tu peux vraiment accomplir », confie-t-il.


Dans la foulée de sa vidéo devenue l’emblème des rassemblements pacifiques du printemps québécois, le caméraman et documentariste espère que sa création contribuera à apaiser les excès de cette lutte sociale. « Nous vivons une situation d’extrême tension, on sent une défiance entre les pro-étudiants et ceux qui sont contre. Chacun décrit l’autre comme un monstre sanguinaire. Je veux créer des connexions entre les gens et ouvrir un peu leurs idées. »

 

Confronter les préjugés


Ces flèches décochées vers ceux qui choisissent d’autres chemins politiques sifflent aux oreilles du réalisateur depuis son enfance. « J’ai grandi à Marignane, l’une des premières villes à avoir élu un maire du Front national (FN). Je comprenais mal la dichotomie entre ce que j’entendais à la maison et mes voisins qui votaient à l’extrême droite », se souvient celui dont l’éducation catholique et les parents de gauche le prédisposaient à se méfier du FN. « Mais ils n’étaient pas des monstres, c’était les parents de mes amis et ils m’accueillaient très bien. Ça m’a causé une sorte de trouble qui me suit encore aujourd’hui, puisque j’ai toujours conservé cette curiosité de comprendre l’Autre. »


De là est née une véritable méthode, une philosophie qui, lorsqu’appliquée aux campagnes électorales, a le potentiel de dissiper les instincts vicieux qui remontent même dans la rhétorique des chefs de partis. « Ça a été ça la démarche de ce projet : aller à la rencontre des citoyens, sans préjugé, en les mettant tous sur un pied d’égalité, et les laisser parler. J’aimerais que nos gouvernants aient la même approche, surtout venant d’un premier ministre dont le travail est avant tout d’unir les gens plutôt que de jouer sur les divisions. »


Pour mieux rectifier nos préjugés, le réalisateur nous force d’abord à les confronter. Avant d’avoir accès à un témoignage, l’internaute doit d’abord deviner à quel parti le témoin a voué allégeance. « Le résultat surprend souvent ! », lance Battaglia avec la candeur d’un créateur lui-même étonné par son oeuvre.

 

Expérience française


Pour les dernières présidentielles françaises, Battaglia avait appliqué sa méthode aux électeurs de l’Hexagone. Son webdocumentaire 20+12 : une partie de campagne, composé de 32 entrevues avec autant de Français de tous horizons politiques, est l’ancêtre sur lequel s’est érigé son émule québécois.


Le poids d’une voix s’inscrit dans la lignée des collaborations entre Le Devoir et l’ONF, qui avaient montré l’urbanité chevauchant le vide sur le mince fil du progrès dans Territoires, qui avaient fait jaillir les valeurs fondamentales de la culture country dans Saint-Tite, qui s’étaient plongés dans la réalité des immigrants asiatiques dans Ying Jia, dépanneur de la Petite Patrie et avaient fait briller les facettes de la féminité dans 24 poses féministes.


Tout le mois d’août, Jérémie Battaglia arpentera les quatre coins du Québec afin de bâtir son oeuvre au fil de la campagne électorale. Tous ceux et celles en droit de voter sont invités à écrire à 30electeurs@onf.ca pour partager leur vision de la démocratie et se prononcer sur ce qu’ils considèrent comme étant les enjeux primordiaux de la prochaine campagne électorale.   

Le réalisateur Jérémie Battaglia
 
 
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