Santé - Qui peut soigner le malade?
À peine quatre jours après le début de la campagne électorale, les promesses pleuvent sur les vacanciers engourdis par la chaleur. En tête de liste des sujets qui retiennent l’attention dans les sondages, il y a la santé. Même si tous les partis ne se sont pas prononcés, il faut souligner l’entrée en scène du Dr Gaétan Barrette, qui promet de fournir un médecin à chaque Québécois dès la première année d’un gouvernement Legault.
Si la santé n’accapare plus la une des journaux quotidiennement comme il y a dix ans, ce n’est pas parce que les problèmes sont réglés, mais à cause d’une certaine lassitude, comme pour la question constitutionnelle. Il faut dire qu’avec l’amélioration de l’état des finances publiques entre 2003 et 2010, le gouvernement Charest a pu faire taire bien des acteurs. Les médecins, par exemple, sont sortis grands gagnants toutes catégories en arrachant une augmentation globale de 60 % du budget consacré à leur rémunération, qui est passé de 3 à 5 milliards de dollars en cinq ans.
Malheureusement, cette explosion a peu contribué à l’accès aux soins. Tous les cabinets privés qui ont accepté de devenir des Groupes de médecine familiale (GMF) ont eu droit à des primes et du personnel supplémentaires sans qu’on les oblige à accepter beaucoup plus de patients ni à allonger la plage horaire de façon importante.
Du côté des hôpitaux, l’attente pour une intervention chirurgicale a été réduite dans quelques spécialités jugées prioritaires, comme le traitement des cataractes. En revanche, elle est toujours aussi fastidieuse en cardiologie et pour le traitement de cancers possiblement mortels.
Même constat d’échec dans les urgences, où l’attente est inhumaine, les soins à domicile, ce parent pauvre du système, et l’admission en centre d’hébergement où le nombre de places insuffisant force encore les hôpitaux à garder des patients dans des lits de courte durée.
Depuis le temps que le mal a été diagnostiqué, on se demande pourquoi le gouvernement Charest, qui avait promis des solutions radicales à l’intérieur d’un premier mandat, a plutôt choisi de répondre aux demandes salariales des médecins ? Pourquoi, sinon pour faire taire les fédérations et leurs présidents combatifs, dont le Dr Gaétan Barrette qui se présente aujourd’hui pour le parti de François Legault.
Parmi les mesures que propose M. Barrette, la plus importante consiste à inscrire tous les Québécois auprès d’un médecin de famille dès la première année d’un gouvernement de la CAQ. Puisque le Québec n’aura pas plus de médecins au lendemain des élections, il faudra nécessairement forcer tous les médecins à accepter entre 1000 et 1600 patients au lieu de la moyenne actuelle de 700. Et comme les omnipraticiens refuseront de se faire dire comment gérer leurs affaires, surtout par le Dr Barrette, celui-ci leur promet de nouvelles augmentations et l’embauche d’infirmières en cabinets privés. Coût de l’opération : au moins 600 millions de dollars, selon la CAQ.
En somme, pas question de suivre l’exemple de l’Ontario qui veut réduire la rémunération du corps médical pour ralentir les coûts du système.
Quant à l’inscription obligatoire d’un nombre minimum de patients par omnipraticien, il y a longtemps qu’on aurait dû l’imposer aux 8000 médecins qui s’arrogent le droit d’accepter le nombre qui leur convient. Mais sérieusement, cela réduira-t-il le temps d’attente déjà excessif partout dans le réseau ?
Le Dr Barrette est un très bon président de syndicat. Il a obtenu des centaines de millions de plus par année pour ses membres. Serait-il aussi doué et efficace pour réformer le régime dans un contexte de compressions financières ?








