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    La participation des jeunes : une situation inquiétante

    4 août 2012 |François Gélineau - Titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires, professeur de science politique, Université Laval | Québec

    Une étude menée au lendemain de l’élection de 2008 indiquait que le taux de participation des 18-24 ans lors de cette élection générale était de 41,20 %. Déjà, il s’agissait d’une statistique inquiétante. Or une toute nouvelle étude suggère une situation encore plus grave.


    Il semble donc que la première étude sous-estimait l’ampleur du problème. Selon la nouvelle étude, le taux de participation des 18-24 ans en 2008 était de 36,15 %. C’est donc seulement un jeune sur trois qui a voté lors de la dernière élection générale.


    La première statistique se base sur les données d’un sondage d’opinion publique administré au lendemain de l’élection. La deuxième est issue d’une nouvelle étude que nous avons produite en collaboration avec le Directeur général des élections du Québec (DGE) qui a été publiée le 1er août 2012. Nous y avons dressé un portrait plus exhaustif de l’évolution de la participation électorale au Québec depuis 1985.


    Cette nouvelle étude repose sur l’utilisation d’une banque de données unique en son genre, composée d’un d’échantillon de plus de 250 000 électeurs québécois et provenant de sept élections générales. Puisque les données colligées sont issues des listes électorales annotées conservées en archives par le DGE, les statistiques de participation y sont beaucoup plus précises que dans le cadre d’un sondage.


    Un déclin qui s’accentue


    Le portrait de l’électeur que nous dressons dans cette nouvelle étude est encore plus alarmant que le constat posé par la première étude. La situation est d’autant plus préoccupante que ce déclin ne date pas d’hier. Alors qu’il est vrai que les jeunes électeurs ont toujours affiché un taux de participation inférieur aux groupes plus âgés, on remarque également que, depuis 1985, le déclin observé a été plus important dans ce groupe, comme l’indique notre tableau. S’ajoute à cela la réalité démographique qui a contribué à maintenir le taux de participation relativement élevé en dépit du déclin observé chez les plus jeunes électeurs.


    En 1985, les baby-boomers se retrouvaient dans les groupes des électeurs âgés de 24 à 44 ans. À eux seuls, ils représentaient environ 45 % de l’électorat. Si l’on ajoute les 18-24 ans, les électeurs âgés de moins de 45 ans formaient 61,42 % de l’électorat en 1985. Pour cette même année, les électeurs au sommet du cycle de vie de l’électeur (ceux âgés de plus de 45 ans) ne représentaient que 38,58 % de l’électorat.


    En 2008, les baby-boomers sont parmi les électeurs qui votent dans la plus forte proportion. Ils ont maintenant entre 45 et 64 ans et représentent à eux seuls presque 40 % de l’électorat. En 2008, les électeurs âgés de plus de 45 ans représentent 57,20 % de l’électorat. En contrepartie, les électeurs de moins de 45 ans ne constituent désormais que 42,80 % des électeurs.


    Ce qui est inquiétant dans cette transformation démographique, c’est que la chute de la participation chez les 45 ans et plus est beaucoup plus limitée que chez les plus jeunes électeurs. On peut donc présumer que le poids démographique des électeurs plus âgés contribue en quelque sorte à maintenir le taux général de participation à un niveau relativement plus élevé. Il est donc prévisible que, si la tendance se maintient, le plancher historique de 2008 soit de nouveau rabaissé.

    ***

    François Gélineau - Titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires, professeur de science politique, Université Laval













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