L’épreuve des faits - Cap sur l’emploi
La déclaration : Jean Charest a promis hier que le taux de chômage descendra à 6 % d’ici 2017 — du jamais vu depuis les années 60 — et s’est engagé à créer sur cette période 250 000 emplois, dont 50 000 qui seront des « emplois verts ». L’objectif, a-t-il ajouté, consiste à ce que le Québec atteigne le « plein emploi ».
Les faits : ces 250 000 nouveaux emplois représentent le double des prévisions récemment avancées par l’équipe d’économistes du Mouvement Desjardins. Sans vouloir prendre position et s’immiscer dans le débat politique, ceux-ci ont tout de même dirigé Le Devoir vers un document publié en juin dans lequel ils prévoient la création de 135 000 emplois du début 2012 à la fin de 2016. En ce qui concerne le chômage, qui se situe présentement à 7,7 %, le Mouvement Desjardins s’attend à ce qu’il descende à une moyenne de 6 % au cours de l’année 2016.
La promesse de Jean Charest rappelle celle de Robert Bourassa lors de la campagne électorale de 1970. Avec le slogan « Québec : au travail ! », ce dernier avait promis 100 000 emplois au cours d’un son premier mandat. Dans l’année qui suit, il avait annoncé les projets hydroélectriques de la baie James.
« Ce sont des promesses électorales, c’est basé sur quoi au juste ? », s’est demandé Daniel Parent, spécialiste en économie du travail à HEC Montréal et membre directeur du Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l’emploi (CIRPEE). « On s’attend à ce que l’emploi croisse de toute façon », a-t-il ajouté.
M. Parent a indiqué que du milieu de 2009 à aujourd’hui, l’économie canadienne a créé environ 760 000 emplois. « Ce n’est pas inimaginable de présumer que le Québec y ait contribué au prorata de son poids économique, disons quelque part autour de 150 000, peut-être plus. »
En janvier 2011, la ministre de l’Emploi, Julie Boulet, avait fait état de prévisions d’Emploi-Québec selon lesquelles 740 000 emplois seraient « disponibles » d’ici 2014. Sur ce nombre, 500 000 ne visaient qu’à remplacer les départs à la retraite, alors que le reste (240 000) consisterait à « répondre à la croissance ». Le gros des nouveaux emplois (87 %) viendrait du secteur des services, avait-elle mentionné.
Quant à l’expression « plein emploi », son usage ne date pas d’hier et sa définition varie au fil des années. « Ça fait référence à un taux de chômage qui n’entraîne pas de pression inflationniste, a dit M. Parent. C’est un concept un peu impressionniste. »








