Libre opinion - Confier le ministère de la Santé à un lobbyiste?
Tout d’abord, comment M. Barrette pourra-t-il être un ministre juste et neutre quand il a passé les dernières années à défendre bec et ongles la cause des médecins spécialistes ? Il s’est fait de solides ennemis dans le réseau de la santé. L’homme divise au lieu de rallier. Tout à coup, du jour au lendemain, il serait nommé à la tête du ministère de la Santé et n’aurait aucun préjugé favorable à l’égard de ses confrères. C’est un peu comme si on nommait la présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Louise Chabot, une infirmière, au même poste. Qui est M. Barrette sinon un syndicaliste des médecins spécialistes ?
Par ailleurs, M. Barrette est au coeur d’un litige actuellement en ce qui a trait à sa pratique. En effet, en juin dernier, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont demandait l’aide du Collège des médecins afin de trouver un expert capable de réévaluer les radiographies de 31 patients du Dr Barrette dans le but de déterminer s’il y avait lieu d’évaluer sa pratique médicale. Je ne dis pas que ce médecin a commis les erreurs qu’on lui attribue. M. Barrette estime d’ailleurs que cette situation est un « coup monté » lié à une situation problématique à l’hôpital en question. Simplement, sa situation actuelle risque de causer de sérieux maux de tête à ceux qui auront à juger sa pratique. Imaginez si on venait à la conclusion que le ministre de la Santé a fait preuve d’incompétence ou de négligence dans certains dossiers ? Une situation délicate.
Par ailleurs, M. Barrette, ainsi que le Dr Frédéric Desjardins, le président de l’Association des radiologistes du Québec (ARQ), seront cités en procès en septembre prochain pour lobbyisme illégal auprès du gouvernement. Les deux radiologistes auraient déjà reconnu les faits reprochés sous quatre chefs d’accusation, mais ils plaideront non coupables et entendent contester la loi stipulant qu’il faut s’enregistrer pour exercer du lobbyisme. Encore une situation délicate.
On pourra toujours rétorquer que d’éminents syndicalistes ont été élus et nommés ministres dans les différents gouvernements du Parti québécois, par exemple. De mémoire, ils n’ont jamais occupé de fonctions rattachées directement à leur passé syndical. Guy Chevrette, enseignant et premier vice-président de la CSQ, n’a jamais été ministre de l’Éducation. François Gendron a été militant syndical, sans plus. Monique Simard, anciennement de la CSN, n’a fait que passer.
Bref, la possible nomination de Gaétan Barrette au ministère de la Santé m’interpelle, surtout si on considère les deux situations soulevées ici. Cela en dit long sur le jugement de M. Legault, qui est prêt à accueillir dans ses rangs un candidat dont les actions soulèvent autant la tourmente.








