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Jean de La Fontaine revisité - Le grenouillage, maladie sociale ou santé électorale?

31 juillet 2012 | Serge Anctil - Granby | Québec

Les libéraux malades de magouille,

Un mal qui répand le dégoût,

Mal que le gouvernement, en grand manitou,

Inventa pour plaire aux amis.


Le grenouillage, s’il faut lui donner un nom,

Capable d’enrichir en un jour le larron,

Faisait aux citoyens affront et avarie.

Ils n’y gagnaient pas tous, mais tous étaient alliés,


On n’en voyait point d’occupés

À se battre pour corriger cette infamie ;

Nulle moralité n’excitait leur envie.

Ni critiques, ni griefs ne déstabilisaient

La complaisance des élus.

Les enquêtes qu’on exigeait

N’avaient d’écho que dans la rue.


Le premier ministre tint conseil et dit :

« Chers amis, le jour des élections approche

Et notre popularité s’effiloche.

Notre gestion souffre de grandes lacunes.

Cherchons donc les coupables de notre infortune

Et punissons-les pour la cause commune,

Car bientôt le peuple ira aux urnes.

Il faut sacrifier les plus fautifs filous

Aux traits de nos puissants courroux. »

 

L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents,

On fait de pareils châtiments ;

Et l’on doit souhaiter selon toute justice

Que la cour et les lois agissent.

« Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence

L’état de notre conscience.

Pour moi, n’obéissant qu’à la condescendance,

Je n’ai pour le peuple que de l’indifférence.


Je suis au service des grandes sociétés,

Mais je manque d’argent pour les soins de santé.

Nous voyageons tous à grands frais

Et nos notes de frais sentent mauvais.

Essayons désormais de beurrer moins épais,

Nos abus doivent être un peu plus discrets.

Je me dévouerai donc, s’il le faut, car je pense

Qu’on doit instaurer un climat de confiance. »

 

« Sire, dit un ministre, vous êtes trop bon !

Vos scrupules font voir trop de circonspection.

Ignorer ouvrier, paysan, sotte espèce,

C’est faire preuve de noblesse ;

Et quant aux grandes sociétés,

Est-ce un péché de nourrir des amitiés ?

Non, non, c’est savoir gouverner,

En les aidant, nos arrières sont protégés,

Et ces dépenses auxquelles vous faites allusion,

C’est le secret d’une profitable gestion. »

 

Le premier ministre, sur un ton plus sévère,

Affirma qu’on ne pouvait quand même pas taire

Les scandales qui règnent dans la construction.

Il demanda qu’on crée une Commission

Pour contrer les allégations de corruption

Qui se propagent et nuisent à sa réputation.

 

L’histoire nous apprend qu’en de telles occasions

On fait de pareilles ruses,

Pour calmer les protestations

Et provoquer une ambiance plus confuse.

 

Un autre ministre intervint en disant :

« Ce que l’on paie en trop, pour les dépassements

Sur les contrats en construction,

Revient en gratifications

Dans notre caisse électorale.

Un retour d’ascenseur, c’est tout à fait normal. »

Ainsi parlèrent les conseillers libéraux,

Et chacun fut exonéré de tous les maux.

 

Flatteurs d’applaudir, on n’osa approfondir,

Ni des pots de vin, ni des fraudes, ni du pire ;

Tous les tricheurs jusqu’aux simples gredins,

Au dire de chacun étaient de petits saints.

 

La ministre en éducation prit la parole

Et expliqua que, sur un ton de casserole,

On manifestait tous les soirs

Dans la rue et sur les trottoirs,

Contre le dégel des droits de scolarité.

Elle y voyait une affreuse calamité !

À ces mots on cria haro sur le baudet.

Un ministre savant prouva par sa harangue

Qu’il fallait sanctionner ces jeunes farfadets,

Ces abrutis, ces enfoirés, ces maudits cancres.

Leur peccadille fut jugée un cas très grave,

Puisqu’à l’ordre et la paix, ils faisaient grosse entrave.

Marcher, quel crime abominable !

Seule une loi était capable,

De contrer leur forfait et on leur fit bien voir ;

La loi soixante-dix-huit vint comme un éteignoir.

 

C’était l’occasion en or,

Pour faire oublier tous les torts.

Chez les citoyens bien-pensants,

L’ordre, c’est bien plus important

Que morale ou honnêteté.

Et la paix, c’est le lit de la majorité.

Selon que vous serez puissant ou étudiant,

Les jugements de cour vous rendront noir ou blanc.

Jean de la Fontaine est encore de son temps,

La vérité est au service de l’argent.

 

Les libéraux remporteront les élections,

Car ils ont fait preuve d’habiles diversions.

Les étudiants furent l’antidote idéal

Pour cacher les manifestations de leur mal.

***

Serge Anctil - Granby

 
 
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