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Entente politique entre les Cris et Québec - Un coup de pouce au Plan Nord

25 juillet 2012 | Kathleen Lévesque | Québec
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	Le premier ministre Jean Charest et, à sa gauche, le grand chef du Grand Conseil des Cris, Matthew Coon Come, après la signature d’une importante entente conclue entre les Cris et Québec, hier.</div>
Photo : La Presse canadienne (photo) Clément Allard
Le premier ministre Jean Charest et, à sa gauche, le grand chef du Grand Conseil des Cris, Matthew Coon Come, après la signature d’une importante entente conclue entre les Cris et Québec, hier.
Le premier ministre Jean Charest vient de donner un nouvel élan au Plan Nord, pièce maîtresse de sa prochaine campagne électorale, en faisant de la nation crie son partenaire de planification et de développement du Nord québécois.


Afin d’éviter les écueils d’une négociation projet par projet avec les neuf communautés cries, le gouvernement du Québec et le Grand Conseil des Cris ont signé hier l’Entente sur la gouvernance dans le territoire d’Eeyou Istchee–Baie-James. Du coup, la nation crie acquiert des pouvoirs semblables à ceux conférés à une municipalité, une MRC, une conférence des élus et une commission régionale des ressources et du territoire.
 
En clair, les Cris partageront à parts égales avec les autres Québécois habitant la région de la Jamésie (Jamésiens) les pouvoirs d’un gouvernement régional. Cette nouvelle structure remplacera l’actuelle municipalité de Baie-James, qui regroupe les maires et présidents de localités de la région. Ensemble, Cris et Jamésiens pourront définir les besoins de la région et planifier son développement, balisant ainsi l’accès aux ressources du Nord québécois en accord avec les volontés gouvernementales.
 
« La mise en œuvre du Plan Nord ne peut se faire sans l’appui et la collaboration de la nation crie et des Jamésiens », ont dit d’un même souffle le gouvernement et les Cris.
 
Le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le grand chef du Grand Conseil des Cris, Matthew Coon Come, ont paraphé l’entente de nation à nation au cours d’une cérémonie tenue au Salon rouge de l’Assemblée nationale. « Nous allons jouer une partie importante de l’histoire du Québec », a lancé M. Charest, qui a dit être convaincu que « les leaders des Premières Nations du Canada vont regarder de près cette entente» avec les Cris.

Plus tard, au cours d’une rencontre avec la presse, le premier ministre a fait valoir le lien entre le Plan Nord, dont il fait la promotion, et cette entente avec les Cris. « Oui, c’est un fruit du Plan Nord. Les Cris le reconnaissent eux-mêmes et les Jamésiens le reconnaissent aussi. C’est donc la démonstration que le Plan Nord va donner des résultats très importants dans la vie des gens. »
 
Il a décrit l’entente comme une action qui vient corriger une division qui n’aurait pas dû être maintenue entre ceux qui sont autochtones et ceux qui ne le sont pas et qui partagent pourtant le même territoire. « C’est vraiment un changement très radical dans la vision de la relation que nous avons avec les Premières Nations », a-t-il résumé, rappelant la création des réserves indiennes et le fait que les autochtones ont été des fiduciaires du gouvernement fédéral.
 
De son côté, le grand chef du Grand Conseil des Cris, Matthew Coon Come, a lui aussi parlé d’une « journée très spéciale » tant pour les Cris que pour « nos voisins sur le territoire de la baie James ».
 
Cette entente apparaît comme la suite de la « Paix des braves » (Entente concernant une nouvelle relation entre le gouvernement du Québec et les Cris du Québec), qui a permis de renforcer les relations avec Québec et surtout, d’assurer une plus grande autonomie de la nation crie. La Paix des braves fut signée en février 2002 par l’ancien premier ministre Bernard Landry. Un an plus tard, M. Landry déclenchait des élections générales en brandissant cette entente historique comme élément positif du bilan du gouvernement péquiste. Deux semaines avant le scrutin, le grand chef du Grand Conseil des Cris d’alors, Ted Moses, avait même donné son appui au Parti québécois.
 
Neuf ans plus tard, Jean Charest emprunte la voie du consensus avec les Cris à quelques jours d’un possible déclenchement électoral. Le premier ministre a soutenu qu’il ne fallait toutefois pas tirer de conclusions de cet ordre concernant l’entente.
 
Pour Tina Petawabano, directrice des relations avec le Québec pour le Grand Conseil des Cris, « l’entente élargit, par rapport à la Paix des braves, notre responsabilité de gouvernance ». « Cela démontre aux autres Premières Nations que les choses sont possibles », a ajouté Mme Petawabano.
 
Les pourparlers ont débuté en février 2010. M. Coon Come croyait en la nécessité d’un « changement fondamental » dans l’approche de la gouvernance dans le Nord. « La solution ne pouvait pas passer par des modifications mineures aux structures existantes », a expliqué M. Coon Come. Un accord-cadre a donc été signé l’an dernier, puis l’entente finale, hier.
 
Le leader cri a décrit l’entente comme le troisième chapitre des relations entre Québec et les Cris, après la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, puis la Paix des braves.
 
Pouvoirs de gestion municipale

Cette entente vise le « développement harmonieux » du territoire visé, tant sur le plan économique, comme la gestion des ressources naturelles, que de la gouvernance, et ce, sur un vaste territoire de plus de 330 000 kilomètres carrés, a souligné le premier ministre Charest.
 
Plus précisément, l’entente prévoit l’octroi aux Cris de pouvoirs exclusifs de gestion en matière municipale, foncière et de ressources naturelles pour les terres dites de catégorie 2, soit sur 56 000 kilomètres carrés. Ces terres correspondent aux pourtours des communautés cries. Il s’agit d’un territoire appartenant à l’État québécois, mais sur lequel les Cris bénéficient de droits exclusifs de chasse, de pêche et de piégeage. Ces terres sont subdivisées en territoires de trappes, chacun d’eux étant occupé pour les activités traditionnelles par un maître de trappe et sa famille.
 
L’entente prévoit également la création d’un gouvernement régional afin de gérer les terres dites de catégorie 3, soit 277 000 kilomètres carrés. Ce territoire correspond à la deuxième couronne autour de chacune des réserves cries comme Waswanipi et Mistissini.
 
Les Cris auront également l’exclusivité du développement des projets hydroélectriques de 50 MW et moins, ainsi que des projets éoliens.
 
Le premier ministre a précisé que pour parvenir à cette entente de gouvernance, les parties avaient dû « innover », car il n’existait aucun précédent au Québec ni au Canada et « pas de précédent ailleurs dans le monde non plus ».
 
Afin d’assumer ses nouvelles fonctions, la nation crie obtient une aide financière de 25 millions de dollars sur une période de cinq ans. Une seconde entente précise le maintien des services municipaux et le transfert des employés de la municipalité de Baie-James au gouvernement régional.

Réactions favorables

Deux groupes, l’Initiative boréale canadienne et le Pew Environment Group, ont favorablement réagi à l’annonce de l’entente.
 
« Cet accord est la démonstration d’un modèle de mise en œuvre des principes enchâssés dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, qui reconnaît aux autochtones le droit de participer pleinement à la vie politique, économique, sociale et culturelle de l’État, ainsi que le droit de maintenir et de renforcer leurs liens avec les terres, territoires et autres ressources qu’ils possèdent ou occupent. Cet accord démontre que la mise en œuvre de ces principes est non seulement souhaitable, mais aussi essentielle », a souligné l’Initiative boréale canadienne dans un communiqué.
 
Le Pew Environment Group a écrit une lettre au premier ministre Charest, dans laquelle il indique que « depuis longtemps, nous affirmons que la vision enchâssée dans le Plan Nord visant à établir un équilibre entre la croissance économique et la conservation en partenariat avec les collectivités autochtones pourrait créer un nouveau modèle mondial en matière de développement durable. L’accord conclu représente une étape clé dans la mise en œuvre de cette vision ».
 
***

Avec La Presse canadienne
 
 
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