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    Libre opinion - Pour qui voter?

    24 juillet 2012 |Sylvie Bergeron - Auteure de La conscience du génie québécois | Québec

    La crise étudiante vient de susciter non pas un éveil du peuple, mais un réveil de sa léthargie habituelle. Il est temps de sortir du vivre et laisser vivre québécois.



    En ces temps préélectoraux, chacun cherche le meilleur véhicule pour représenter sa voix. Pour qui devons-nous voter ?

    Il faut être réaliste. Nous sommes aux balbutiements d’une mutation profonde face à l’engagement politique. Aucun parti actuel, même nouveau, n’est apte à représenter nos aspirations, car nous ne les avons pas encore nommées ni définies. Plusieurs encore ne s’aperçoivent pas qu’il n’est plus indiqué de laisser notre destin collectif entre les mains de nos chefs d’État, tous soumis aux diktats des prédateurs de nos ressources, de nos forces vives, à travers une vision du monde douteuse. Plusieurs se laissent encore séduire par des discours sans profondeur, par manque d’éducation ou d’ouverture.


    Non, la prise en compte de ce réveil printanier n’a pas eu pour objectif la fondation d’un parti capable de représenter cette mouvance du peuple, par définition antinéolibérale. Ce réveil est tout au plus un signal de départ : nous avons un véhicule nouveau à construire, des institutions à refaire. Et le peuple doit s’asseoir autour de la table parlementaire.


    Mais il y a des élections et nous devons voter - au moins pour réduire à néant l’esprit néolibéral qui règne au Parti libéral du Québec. Le mot néolibéralisme n’est ni à droite ni à gauche, il est né pour confondre les électeurs devant une impression de société progressiste dont le coeur est le discours d’une économie pour tous, mais seulement en apparence. Car derrière ce vocabulaire se cachent des forces de prédation drainant les avoirs et les êtres (99 %) vers une poignée de personnes (1 %) condamnant le peuple à une piètre qualité de vie à perpétuité.


    Les banques centrales - au service de ces puissants - n’ont qu’à jouer avec les taux pour parvenir à saper nos richesses. L’endettement public fut la principale politique de ces prédateurs aussi appelés les « maîtres du monde ». Cette stratégie antipeuple fut appliquée chez nous pour la première fois sous le règne de Pierre Elliott Trudeau. Simultanément, René Lévesque nous conduisait vers notre premier éveil : nous pouvions être fiers d’être un peuple, le peuple québécois.


    Le Parti libéral actuel se cache à peine d’être à la solde des maîtres du monde. Il n’a jamais daigné négocier avec le peuple. Le Parti québécois a beaucoup déçu en la personne de Lucien Bouchard, qui a appuyé sur l’accélérateur du courant néolibéral, profitant de la confiance aveugle que lui vouait le peuple. Cet homme a terni le véhicule de René Lévesque.


    Alors, pour qui voter, maintenant que nous sommes trahis de toutes parts ? Et que nous n’avons pas le temps de créer un parti qui reflétera notre réalité du XXI
    e siècle ? Il presse de saborder le Plan Nord avant que Jean Charest ne « donne nos terres » à ceux à qui il les a déjà promises - sans nous consulter.


    En dépit de la trahison, le Parti québécois demeure le plus pertinent véhicule pour évincer le gouvernement Charest. Mais ce parti doit savoir que le peuple ne veut plus se complaire dans une démocratie représentative et qu’il exigera une démocratie participative. Il doit savoir que, sous la vigile aiguë du peuple, nous exigerons moratoires et référendums sur nos ressources, nos institutions, nos universités afin de tout remettre en question et nous repositionner pour l’avenir.

     

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    Nous devons collectivement - avec un parti qui se doit d’être ouvert aux demandes du peuple - nous asseoir, discuter et définir ensemble ce que nous voulons. Nous devons réfléchir aux manières de ne plus servir les intérêts des pétrolières sans retour. Aucun parti ne sera épargné par cette mouvance du peuple sans précédent et dont la vague ne s’échouera plus.


    Nous, le peuple, nous apercevons qu’aucun élu n’a réussi à ce jour à porter au-delà de la parole la vision d’un monde où le respect des écosystèmes rime avec la qualité de vie socioéconomique des citoyens, et non du seul 1 %. Le gouvernement Charest n’a jamais eu l’intention de servir les intérêts du peuple, mais il va toujours tout faire pour en avoir l’air. Et sa recette fonctionne encore ! La candeur des citoyens n’a plus sa place. À moins que nous ne soyons pas allés assez loin dans l’usurpation et la crédulité ?


    Nous ne vivons pas une crise sociale, mais une crise d’évolution. Nous devons sortir de nos déceptions et de nos attentes et devenir individuellement responsables du bien commun, de nos ressources, de la Terre. Nous occuper de nos affaires, de nos institutions. Nous devons sortir individuellement de notre assujettissement face aux puissants. Ces derniers ne reculeront devant rien pour la poursuite d’intérêts pétroliers au service du 1 %.


    Pour sortir de cette domination, chacun de nous doit établir une vigilance dans sa propre vie et la souder à ce collectif, nouvellement conscient qu’il se passe des choses viles qui dépassent parfois l’entendement. Chacun est responsable pour lui-même de ne pas se faire récupérer par la propagande, la peur et le doute.


    À l’automne 2012, le parti qui prétendra vouloir écouter le peuple devra réellement agir en conséquence, car le peuple réagira vivement. Notre parlement doit être sous haute surveillance. Nos intérêts collectifs en dépendent. Le parti qui prendra le pouvoir devra faire table rase des vieux acquis pour s’ouvrir à un monde mieux adapté à la réalité du XXIe siècle, chemin que la jeunesse étudiante nous a pointé du doigt avec grandeur et élégance.

    ***

    Sylvie Bergeron - Auteure de La conscience du génie québécois













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