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    Pas de vacances pour les carrés rouges

    Des milliers de marcheurs défilent contre le néolibéralisme

    23 juillet 2012 |Valérian Mazataud | Québec
    Les participants étaient nombreux, hier, à Montréal, à l’occasion de la 160e journée de contestation sociale et de la 5e manifestation nationale du 22 du mois.
    Photo: François Pesant Le Devoir Les participants étaient nombreux, hier, à Montréal, à l’occasion de la 160e journée de contestation sociale et de la 5e manifestation nationale du 22 du mois.
    « Moins fort, mais plus large ». En réunissant des milliers de personnes au centre-ville de Montréal en plein coeur des vacances de la construction, la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) espère planter les germes d’une contestation durable à la veille de possibles élections provinciales.

    Pour cette 160e journée de contestation sociale, les marcheurs se sont retrouvés hier en début d’après-midi, place Émilie-Gamelin. Bien que la manifestation nocturne de la veille ait à peine réuni plus de trente personnes, cette cinquième manifestation nationale du 22 du mois a réuni de 15000 personnes, selon l’AFP, à 80 000 personnes, selon la CLASSE, dans les rues de Montréal. La coalition étudiante avait invité les participants à se réunir via sa page Facebook avec pour objectif de « mettre les néolibéraux dehors ».


    Au coeur des vacances, et par une belle journée d’été, la forte participation à la manifestation d’hier a surpris manifestants et organisateurs eux-mêmes. Pour Gabriel Nadeau-Dubois, coporte-parole de la CLASSE, cet événement s’inscrit dans la continuité de la publication du manifeste de la coalition, Nous sommes avenir, le 12 juillet dernier. « C’est la preuve que nos idées ne sont pas marginales, mais rassembleuses. […] Il ne faut pas penser que parce qu’il y a moins de gens qu’au printemps, c’est la fin. Ce qui était un fleuve est en train de devenir un delta, moins fort, mais plus large. »


    De leur côté, les représentants de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) ont souhaité se concentrer sur la contestation de la hausse des droits de scolarité et la loi 78, sans toutefois contredire le mandat élargi de la CLASSE. « Le gouvernement met effectivement en place une politique néolibérale de type utilisateur-payeur, et la hausse des droits de scolarité en est un exemple », a reconnu Yanick Grégoire, vice-président exécutif de la FEUQ.


    Les manifestants, de leur côté, semblaient se reconnaître dans cette vision élargie du conflit étudiant. Pour Frédéric Dollard, étudiant au doctorat à l’UQAM, « les manifestations ont servi à prouver qu’on existe, mais il est temps de transformer la contestation en dialogue et d’élargir le débat ». Pierre-Yves Girard, un manifestant traînant un char informatif sur l’exploitation pétrolière à Anticosti, a estimé pour sa part que le débat sur les droits de scolarité n’était que la pointe de l’iceberg. « C’est comme en peinture, le sujet n’est qu’un prétexte, mais c’est l’ensemble de la démarche qui est importante. » Dans un esprit similaire, un étudiant en biochimie avait fabriqué 94 pancartes pour chacune des « aberrations » du Parti libéral, dénoncé sur le site liberaux.net, du Plan Nord à la Caisse de dépôts, en passant par le scandale de la corruption.

     

    Pendus


    Choisissant d’abord de remonter vers le nord, les marcheurs ont défilé sous un groupe de mannequins pendus au viaduc de la rue Sherbrooke, alors qu’une banderole « Québec suicidaire » était déroulée au sol. L’action était signée par le groupe Hors-d’Oeuvre, qui se définit comme une organisation de révolutionnaires critiques. « Le noeud coulant de l’électoralisme enserre déjà nos gorges […] De “Bloquons la hausse”, nous sommes passés à “Dehors les néolibéraux”, et l’idée ne vient plus à personne d’y voir un danger de récupération […] Tout est en place pour une tranquille sortie de crise électorale », pouvait-on lire sur des tracts lâchés du haut du viaduc.


    La majeure partie de la marche s’est effectuée dans la partie ouest de la ville, sous un soleil de plomb. Faute de trajet prévu, la manifestation a été déclarée illégale avant même son départ. Un homme d’une trentaine d’années, soupçonné d’avoir lancé un projectile vers les policiers, a été arrêté en début d’après-midi, mais aucun autre incident n’a été déploré durant le reste de la journée.


    Défilant au sein d’un petit groupe de candidats et de membres de Québec solidaire, le député Amir Khadir a expliqué se sentir à la fois en vacances, mais déjà en élections. « Mes vacances en famille prévues pour le mois d’août, en revanche, sont tombées à l’eau », a-t-il avoué. Se déclarant « attentif et ouvert » aux propositions et décisions des groupes étudiants, le député a cependant rappelé que chacun avait un rôle distinct à jouer. « Nous n’avons conclu aucune entente avec eux, mais les étudiants savent que l’origine de la hausse des droits, c’est le néolibéralisme, et que la seule alternative valable pour s’y opposer à long terme, c’est Québec solidaire. »

     

    Élections


    Aucune des trois associations étudiantes n’a souhaité apporter son soutien à un parti en particulier. En revanche, toutes estiment avoir un rôle à jouer en matière d’information auprès des jeunes et ont entamé des tournées estivales dans ce sens. La FEUQ et la FECQ ont ciblé dix circonscriptions dans lesquelles elles s’emploient à récolter des engagements à ne pas voter pour le Parti libéral. « Nos objectifs sont de faire ressortir le vote des jeunes, mais également d’imposer les enjeux des jeunes sur la plateforme de la campagne électorale et, au final, d’avoir un gouvernement qui représente la jeunesse québécoise », a expliqué Éliane Laberge, présidente de la FECQ.


    De son côté, la CLASSE a entamé une tournée de vingt villes à travers la province, avec pour objectif de défendre ses idées en matière d’éducation, mais également de féminisme ou d’écologie. « Notre grève a un objectif, faire reculer les libéraux sur la hausse des droits de scolarité, mais on se permet de soulever d’autres questions et de profiter du climat d’ébullition sociale et politique pour essayer de remettre en question la direction que prend le Québec », a expliqué M. Nadeau-Dubois.


    Alors que les marcheurs progressaient vers l’ouest, le long de la rue Sainte-Catherine, de nombreux spectateurs s’étaient installés sur les trottoirs avec leurs chaises de jardin, en prévision de la traditionnelle parade des jumeaux du festival Juste pour rire. « Je suis venu voir les jumeaux, mais aussi la manifestation », a reconnu Carole Charon, une spectatrice, qui a cependant avoué ne pas avoir vu de jumeaux manifester.


    Peu avant 17 heures, Gabriel Nadeau-Dubois a pris la parole, haranguant la foule du haut d’un cube rouge géant installé devant l’Université McGill. Le poing levé, il a remercié les participants, les invitant à repartir chez eux, « la tête pleine d’idées, et les tripes pleines de rage contre les libéraux ». À la suite du discours, une partie de la foule a repris sa route vers l’est, le long du boulevard René-Lévesque, avant de s’achever aux alentours de 18 heures.


    D’autres événements à travers le Québec, notamment à Trois-Rivières et à Québec, ont réuni plusieurs centaines de personnes.













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